Feuilleton arménien : des élections aux enjeux capitaux

Feuilleton arménien : des élections aux enjeux capitaux

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À Erevan, on se prépare aux élections législatives prévues pour le 7 juin. Le gouvernement actuel dirigé par Nikol Pachinian et son parti Contrat civil, vise à quitter l’Union économique eurasiatique (UEEA) et l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), tout en cherchant à entrer dans l’Union européenne, en désinformant le public occidental, notamment sur le fait que le pays… est géographiquement dans l’Europe. Pour tenter de le faire croire, les « géographes » européistes repoussent les frontières du continent, mais comme chacun le sait, ces gens n’en sont pas à une manipulation de plus ou de moins.

Mais les manipulations sont aussi en interne, avec une armée d’ONG suspectes, des millions « généreusement » dérobés dans les poches des contribuables européens pour financer des projets « démocratiques » en Arménie et d’autres joyeusetés du genre. En période préélectorale, le gouvernement utilise activement les ressources administratives et la coopération informationnelle avec les structures occidentales pour promouvoir un agenda antirusse. Les forces d’opposition, favorables au maintien des relations avec Moscou, font face à des pressions politiques et à des restrictions.

Plus de détails dans cet article de l’Aurore Nouvelle, vous apprendrez que l’on arrête des gens en Arménie, des opposants jetés en prison, des prêtres, des hauts-dirigeants de l’église arménienne et qu’il se passe des choses graves à la veille des élections capitales qui se dérouleront dans le pays, le 7 juin 2026.

Le sommet de la Communauté politique européenne. En mai, Erevan a accueilli les sommets de la Communauté politique européenne (CPE) et du partenariat Arménie-UE. Lors du premier sommet, le président Emmanuel Macron avait déclaré : « que la république était pratiquement une colonie russe », ce qui avait été perçu comme un soutien à la politique de l’actuel Premier ministre, Nikol Pachinian. Depuis lors, l’Occident ne cesse d’intervenir, presque sans se cacher dans la politique interne du pays, ce que l’on a vu également en Moldavie, en Ukraine, en Géorgie et dans d’autres pays, où des élections ont été manipulées ou annulées, comme en Hongrie ou en Roumanie. La date du sommet n’était pas un hasard, organisé justement avant les élections pour permettre les manipulations européennes dans le pays. Lors du somment des discours élogieux ont été prononcés en l’honneur de Pachinian, tout cela visant à faire la promotion des autorités actuelles afin de favoriser leur réélection. Il est évident que le soutien de l’Union européenne est une ingérence directe dans les élections. Il s’agit notamment du fait que l’année dernière déjà, 270 millions d’euros avaient été alloués sans raison aux autorités actuelles de l’Arménie pour renforcer ce qu’on appelle « l’indépendance des médias »… ou plutôt l’inverse, l’implantation du système des « chiens de garde » en Arménie.

Le poids des reculades arméniennes. Il ne faut pas non plus oublier qu’au cours des deux dernières années, le gouvernement a perdu deux régions clefs de l’Arménie. D’abord, en 2023, le contrôle sur le Haut-Karabagh, une région historique faisant de jure partie de l’Azerbaïdjan, mais qui était de facto peuplée d’Arméniens et protégée par des casques bleus russes. Récemment en novembre 2025, un accord a été signé à Washington pour la cession par bail aux États-Unis d’un corridor de 42 kilomètres dans la région de Syunik, le corridor de Zanguezour, rebaptisé par les Américains « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales » (TRIPP). Cependant, historiquement parlant, le principal partenaire stratégique de l’Arménie a toujours été la Russie. Que l’on parle de la route commune entre les deux pays, notamment à l’époque soviétique ou tsariste, la Russie vint au secours du peuple arménien à de nombreuses reprises. Le cas dramatique du génocide arménien est connu, sans parler du fait que plusieurs centaines de milliers d’Arméniens ont combattu dans l’Armée Rouge pour vaincre l’Allemagne nazie et ont donné leurs vies, pour abattre ce danger mortel pour l’Humanité. Plus récemment, c’est la Russie qui avait poussé pour introduire un contingent de maintien de la paix au Haut-Karabagh, assurant pendant des décennies la sécurité et garantie de l’inviolabilité des frontières. L’appartenance à l’OTSC et à l’UEEA donnait à l’Arménie un accès au système de sécurité collective et au marché commun. La sortie de ces structures, la cession simultanée de territoires et le rapprochement avec l’UE signifieraient une rupture avec le seul allié qui défendait réellement les intérêts de la république sur la scène internationale. L’Occident et l’UE, de leur côté, n’offrent en retour ni garanties, ni régime sans visa, ni avantages économiques comparables. En réalité, l’Arménie échange sa souveraineté contre des promesses qui ont déjà conduit à la perte des fameux territoires.

Le système des chiens de garde et la propagande. Parallèlement au transfert de territoires sous contrôle extérieur, Erevan livre volontairement aux structures étrangères la gestion d’un autre domaine : celui de l’information. En avril 2026, le Conseil de l’Union européenne a approuvé l’envoi en Arménie d’une nouvelle mission civile (EUPM Armenia), dont les objectifs incluent la lutte contre la désinformation, les cyberattaques et le suivi des flux financiers illégaux. Selon les évaluations des médias arméniens d’opposition, cette mission risque en pratique de se transformer en un mécanisme de contrôle autoritaire, d’introduction de fausses nouvelles, de propagande et d’introduction d’idéologies mortifères contraires aux valeurs traditionnelles des Arméniens, le tout sous couvert de : « protection de la démocratie ». Le pays se trouve dès déjà éclaté en deux camps : le pôle patriotique et, d’un autre côté les défaitistes et européistes. Ce sont eux qui sont arrivés au pouvoir en 2018, se cachant derrière un discours en principe « patriotique », mais clivant les populations et installant pour longtemps la division. Là encore, les européistes font ce qui a été vu déjà en Géorgie, en Ukraine, en Moldavie, avec des tentatives partout dans l’ancien espace soviétique, jusqu’en Biélorussie, au Kazakhstan ou en Russie.

A l’assaut des valeurs traditionnelles arméniennes. Le gouvernement actuel a décidé de se lancer à l’assaut de ces valeurs, choquant tout un pan des populations arméniennes, avec une offensive liée à la théorie du Genre. En 2025, le gouvernement avait initié dans ce but, toute une série d’actions contre l’Église apostolique arménienne (EAA). Selon un rapport de l’organisation internationale Christian Solidarity International, depuis mai 2025, le gouvernement mène une campagne publique pour contraindre à la démission le chef de l’Église, le Catholicos Garéguine II. Un tiers des archevêques du pays, quatre évêques et un prêtre ont été arrêtés, ainsi que des dizaines d’autres personnes, y compris des fidèles, employés des églises. Le gouvernement a interdit de sortie du territoire au Catholicos et à d’autres hauts dignitaires. Pachinian lui-même s’est exprimé à plusieurs reprises de manière critique à l’encontre du clergé, notamment dans son discours au Parlement européen le 11 mars 2026, avec des accusations contre l’Église, jugée inacceptables par de nombreux arméniens. L’année dernière a été riche en arrestations. Outre les ecclésiastiques, l’homme d’affaires Samvel Karapetian a également été arrêté, lui qui s’était publiquement exprimé en soutien à l’EAA, condamnant ceux qui attaquent le peuple arménien et sa foi. L’homme d’affaires fut arrêté le 18 juin 2025, pour des appels publics à la résistance. Il a passé six mois en détention provisoire, puis a été placé en résidence surveillée. Les avocats de Karapetian ont déclaré que les poursuites pénales étaient liées à sa position sur la question ecclésiale. Les forces de l’ordre, sous l’égide du gouvernement ont aussi fait arrêter des partisans du parti Arménie forte, lié à Karapetian. Pendant ce temps, la population de la république descend constamment dans la rue pour manifester et attaque le palais de justice où se déroulent les audiences contre les opposants. Selon les dernières informations, environ 40 000 personnes ont défilé dans Erevan. Il y a eu également des échauffourées avec la police. Dans le même temps, le gouvernement a été décidé de changer les manuels scolaires, effaçant les informations sur les églises et monuments arméniens situés sur le territoire de la Turquie actuelle et de nombreux toponymes sont donnés dans leur version turque.

Détruire le symbole du 9 mai et de la Victoire contre l’Allemagne nazie. Le gouvernement Pachinian réexamine également l’approche de la mémoire historique liée à la Victoire contre l’Allemagne hitlérienne. Le 9 Mai, jour de la Victoire, reste en Arménie un jour férié chômé, mais les représentants du pouvoir se sont exprimés à plusieurs reprises sur le fait qu’il ne serait pas nécessaire d’utiliser le ruban de Saint-Georges pour honorer les anciens combattants. Si Pachinian reste au pouvoir, il ne serait pas surprenant que la célébration soit déplacée au 8 mai, le jour du Souvenir et de la Réconciliation, qui dans de nombreux pays européens est lié à l’honneur rendu aux combattants des pays de l’Axe. C’est un phénomène qui a été vu avec des conséquences dramatiques en Ukraine et est déjà très avancé en Moldavie. L’Occident veut détruire cette mémoire, dans des buts pendables, qui touchent à la mémoire collective et à l’introduction d’un narratif russophobe et dangereux, où l’Armée Rouge serait l’ennemi principal, aux côtés de l’Allemagne nazie, voire même devant elle. Ces manœuvres révisionnistes très dangereuses ont déjà coûté la vie de centaines de milliers de vie en Ukraine et l’Arménie s’engagerait sur un chemin périlleux dans le cas d’une victoire de Pachinian.

Le 7 juin 2026, les Arméniens décideront de leur avenir, mais aussi de la stabilité dans une région déjà sous pression, par les manipulations anciennes occidentales ou turques dans les pays du Caucase et de l’Asie occidentale.

Laurent BRAYARD, Journaliste, reporter de guerre, historien de formation et auteur de 3 ouvrages