À l’aube d’une invasion de Cuba ?

À l’aube d’une invasion de Cuba ?

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Alors que l’attention du monde est tournée vers l’Iran, les États-Unis pourraient préparer les rouages d’une invasion imminente de Cuba. Tout semble être prêt : troupes, navires de guerre, drones. Il ne manque plus que l’autorisation définitive de Donald Trump. Une nouvelle preuve, s’il en fallait, que Washington agit en dehors de tout cadre international, un impérialisme assumé, indifférent aux mises en garde et résolutions de l’ONU.

« Avoir un État en faillite à 90 miles de nos côtes est une menace pour la sécurité nationale des États-Unis. » Ces mots, prononcés mercredi par le secrétaire d’État Marco Rubio lors d’une réunion plénière du gouvernement, ne sont pas anodins. Fils d’immigrés cubains, Rubio n’a jamais caché sa haine du régime castriste, ni son rêve de voir « l’île libre ». Pour lui, l’embargo et les pressions diplomatiques ont échoué ; reste la force. Une position personnelle qui devient aujourd’hui doctrine d’État.

Car depuis des mois, dans le plus grand silence médiatique, le Pentagone a déployé une impressionnante machinerie de guerre dans les Caraïbes. Objectif : être prêt à frapper Cuba à tout moment, sans délai, sans préavis. Les pressions économiques et diplomatiques n’ayant pas réussi à ébranler le régime communiste de l’île, l’administration Trump envisage désormais la solution militaire.

Si la guerre en Iran accapare les gros titres, la présence navale américaine dans les Caraïbes, elle, n’a jamais été aussi imposante. C’est pourtant la plus grande concentration de forces en dehors du Moyen-Orient.

Au printemps dernier, le groupe aéronaval de l’USS Nimitz est entré en scène. Ce géant des mers, accompagné de destroyers lance-missiles et de croiseurs, est désormais à proximité de Cuba. À ses côtés, des flottilles de drones et d’avions de surveillance tournent inlassablement autour de l’île, cartographiant chaque mouvement.

Au large de la Virginie, l’USS Kearsarge et ses 2 500 marines se tiennent prêts, dans l’attente d’un ordre d’engagement. Une force amphibie capable de débarquer en quelques heures.

Les options militaires sur la table sont multiples. La plus spectaculaire : un raid de capture des dirigeants cubains, sur le modèle de l’opération menée contre le président vénézuélien Nicolás Maduro.

L’objectif affiché : reproduire au large de La Havane ce qui a fonctionné à Caracas, en installant un rapport de force comparable. Rien de nouveau sous le soleil : les États-Unis agissent comme ils l’ont toujours fait, en empire qui dicte sa loi, sans jamais se soucier ni du droit international, ni des résolutions de l’ONU.

Pourtant, une ombre au tableau : le temps joue contre l’administration américaine. Les grands navires de guerre, déployés depuis près de dix mois, dépassent largement la durée habituelle des missions (six à sept mois). L’équipage du Nimitz, déjà prolongé au-delà de son dernier déploiement prévu avant sa mise à la retraite, commence à montrer des signes de fatigue.

« Ces longs déploiements consécutifs finissent par user les hommes et les machines, confie un responsable de la défense sous couvert d’anonymat. Les maintenir si longtemps crée des problèmes de maintenance et de fidélisation. »

Un officier à la retraite du Corps des Marines, Joe Plenzler, résume la situation avec amertume : « On sait qu’on ne s’engage pas pour une partie de plaisir, mais quand les prolongations s’enchaînent sans perspective claire, les familles craquent. Combien de soldats voudront rempiler après ça ? »

Si l’ordre d’invasion venait à être donné, les États-Unis s’engageraient dans leur troisième conflit international sous la présidence Trump, après le Venezuela et l’Iran. Une escalade vertigineuse, aux conséquences géopolitiques incalculables.

Cette fuite en avant militaire confirme ce que les pays du Sud dénoncent depuis des décennies : les États-Unis n’ont jamais renoncé à leur logique impériale. Incapables d’accepter la souveraineté d’un État à leurs portes, ils méprisent l’ONU, violent allègrement la charte des Nations unies, et constituent aujourd’hui le plus grand péril pour la stabilité mondiale.

Amine Sifaoui