Perquisitions au QG socialiste espagnol : la tentaculaire affaire de corruption qui secoue Madrid

Perquisitions au QG socialiste espagnol : la tentaculaire affaire de corruption qui secoue Madrid

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La Garde civile a débarqué, mardi, au siège du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), rue de Ferraz à Madrid. Objectif : mettre la main sur des documents suspects dans une enquête qui menace déjà d’éclabousser l’ancien président du gouvernement, José Luis Rodríguez Zapatero.

Alors que le gouvernement de Pedro Sánchez tente de garder le cap, la justice frappe au cœur du pouvoir. L’Unité centrale opérationnelle (UCO) de la Garde civile, a investi le QG socialiste sur commission rogatoire. Et ce n’est pas une simple visite de courtoisie.

Les enquêteurs recherchent des preuves sur un possible financement illégal du parti : des versements déguisés, des factures fictives, une caisse noire pour financer des campagnes de désinformation visant des juges, des procureurs, voire des forces de l’ordre. Au centre du viseur : Leire Díez, ancienne cadre socialiste, mais aussi deux poids lourds du parti, Gaspar Zarrías et Santos Cerdán, ainsi que l’homme d’affaires Javier Pérez Dolset.

Tous sont soupçonnés d’un impressionnant cocktail de délits : corruption, trafic d’influence, révélation de secrets, faux témoignage, accusations mensongères, falsification de documents et appartenance à une organisation criminelle.

Pour l’instant, selon les sources proches du dossier citées par El País, aucune preuve directe de financement illégal n’a encore été trouvée au siège du parti. Mais les perquisitions se poursuivent, et les limiers de l’UCO ne lâchent rien.

Face à la tempête, la porte-parole du PSOE, Montse Mínguez, a joué la carte de la transparence : « Nous ne sommes pas comme le Parti populaire (PP, droite). Nous avons prouvé par le passé que nous coopérons. Nous fournirons tous les documents demandés. » Une pique à peine voilée à leurs adversaires conservateurs, pour tenter de tempérer la situation.

Mais l’opposition, elle, rugit. Alberto Núñez Feijóo, le chef du PP, a immédiatement réclamé la tenue de nouvelles élections législatives. « L’Espagne ne peut pas être gouvernée par un parti sous enquête judiciaire », a-t-il estimé.

Il y a tout juste sept jours, c’est un autre séisme judiciaire qui frappait les socialistes : José Luis Rodríguez Zapatero, ancien président du gouvernement (2004-2011), a été officiellement mis en examen.

Que lui reproche-t-on ? D’avoir, selon le juge d’instruction, « dirigé un réseau d’influences illicites ». L’enquête cherche à savoir si l’ex-chef de l’État a utilisé ses relations haut placées pour servir des intérêts privés, contre des avantages financiers. L’affaire tourne autour de la compagnie aérienne Plus Ultra, qui a reçu un sauvetage public de 53 millions d’euros pendant la pandémie de Covid-19. Les subventions étaient-elles légitimes, ou ont-elles été obtenues grâce à des pressions occultes ?

Zapatero a fermement nié les faits. Il sera entendu par la justice à la mi-juin. Mais son nom, jusque-là relativement épargné par les scandales, est désormais au cœur de l’enquête.

Ce n’est pas la seule épine dans le pied du PSOE. Le parti doit également faire face à un autre procès retentissant : celui de José Luis Ábalos, ancien ministre des Transports, jugé pour des contrats suspects de masques pendant la pandémie. Là encore, des pots-de-vin présumés, des commissions occultes, et un réseau d’intermédiaires. Parmi les coaccusés figure… Santos Cerdán, l’ex-secrétaire du PSOE, déjà perquisitionné cette semaine.

L’opinion publique espagnole, souvent désabusée par les affaires de corruption, observe avec fascination et colère la mise à nu progressive de ses élites.

Amine Sifaoui