OTAN : l’« alliance » qui aurait déjà dû disparaître

OTAN : l’« alliance » qui aurait déjà dû disparaître

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Les tensions entre Washington et ses alliés européens, notamment l’Espagne, devrait servir d’électrochoc à ceux qui continuent de croire, au bienfait et bienfondé de l’OTAN. Elle n’est plus une alliance défensive depuis minimum deux décennies, mais un instrument de contrainte politique au service des priorités israélo-étasuniennes.

Créée en 1949 pour contenir l’Union soviétique, l’Alliance atlantique a perdu sa raison d’être avec la disparition du Pacte de Varsovie en 1991. À partir de ce moment, une question simple aurait dû s’imposer : pourquoi maintenir une organisation militaire conçue pour un monde qui n’existe plus ? Trente ans plus tard, non seulement l’OTAN n’a pas disparu, mais elle s’est étendue, militarisée et transformée.

L’épisode actuel en offre une illustration saisissante. Parce que Madrid refuse d’ouvrir ses bases à une opération américaine contre l’Iran, Washington envisage des mesures de rétorsion internes à l’Alliance. Autrement dit : un État souverain est sommé de s’aligner sur une stratégie militaire qu’il n’a ni décidée ni validée, sous peine de sanctions politiques. Où est encore la notion d’alliance entre égaux ?

Depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN s’est engagée dans des opérations qui dépassent largement le cadre défensif initial. Serbie (Kosovo), Afghanistan, Libye : autant d’ingérences dont les conséquences continuent de déstabiliser durablement des régions entières. Ces actions ont souvent été menées à la limite — voire en dehors — d’un consensus international clair, posant une question fondamentale : l’Alliance respecte-t-elle encore l’esprit du droit international, ou s’en affranchit-elle lorsqu’il devient contraignant ?

Car c’est bien là le cœur du problème. L’OTAN n’est pas une organisation neutre de sécurité collective. Elle est structurée, financée et dirigée de manière asymétrique, avec une prééminence américaine incontestable. Les décisions stratégiques y reflètent d’abord les priorités de Washington, et les partenaires européens sont régulièrement placés devant le fait accompli.

Ce déséquilibre nourrit une dérive : celle d’une alliance qui, sous couvert de sécurité, devient un levier d’intervention et de pression. Loin de stabiliser l’ordre international, elle contribue à en durcir les fractures, en alimentant les logiques de blocs, les tensions géopolitiques et les escalades militaires.

Dans ce contexte, continuer à défendre l’OTAN comme un pilier intangible de la sécurité européenne relève moins de la lucidité que de l’inertie stratégique. L’Europe dispose aujourd’hui des moyens politiques, économiques et militaires pour repenser sa propre architecture de défense, sans dépendance systématique vis-à-vis des États-Unis.

La crise actuelle devrait donc servir d’électrochoc. Elle montre que le problème n’est pas seulement le fonctionnement de l’Alliance, mais sa nature même. Réformer à la marge ne suffira pas.

Pour les États membres, la question n’est plus de savoir s’il faut quitter le commandement intégré, mais s’il faut rester dans l’OTAN tout court. Car une alliance qui impose, divise et entraîne ses membres dans des conflits qui ne sont pas les leurs n’est plus un garant de sécurité — elle devient un facteur de risque.

Amine Sifaoui