Corruption des politiques en France : l’affaire Claude-Roch Tabarot

Corruption des politiques en France : l’affaire Claude-Roch Tabarot

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Une rubrique sur la corruption des milieux et élites politiques, alors que depuis l’apparition des politiciens professionnels, cumulards de mandats, les affaires éclatent les unes après les autres sous la Ve République. Ces politiciens sont devenus une caste, à la manière de l’aristocratie sous l’Ancien Régime. Ils ne s’intéressent pas à l’intérêt général, ni de la France, ni du Peuple français, mais à des objectifs personnels, de carrière, d’enrichissement, de pouvoir. Ils sapent le tissu social, détruise la souveraineté de la France, pratiquent le clientélisme, vivent dans des milieux endogames et népotiques, ils viennent hélas de toutes les franges politiques et mon propos ne sera pas d’attaquer un ou plusieurs partis politiques, mais de les attaquer tous. Pour le faire une arme simple : la biographie. A travers l’étude des biographies, apparaît alors la vraie nature de ces politiciens corrompus, d’oligarques, de barons locaux et d’une faune cravatée.

C’est un mal qui ronge la République française de longue date. Mais on assiste à une accélération du phénomène. Les affaires furent plus nombreuses à partir de la présidence de Giscard d’Estaing et François Mitterrand, puis se multiplièrent jusqu’à celle d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée, le phénomène a pris une ampleur inquiétante. Nous assistons à une corruption massive des milieux politiques, le mauvais exemple étant donné au plus haut niveau de l’État. Mon propos sera de balayer un demi-siècle de corruption endémique, un état des lieux effrayant mais nécessaire.

Aujourd’hui je me propose d’aborder le cas de l’affaire de Claude-Roch Tabarot, surnommé Rocky Tabarot, un escroc international frère du Ministre des Transports Philippe Tabarot et de la politicienne Michèle Tabarot, ancienne maire du Cannet. Cette famille quasi mafieuse, mais une mafia en cravate et chaussures pointues, fraye dans les milieux cossus de la région cannoise. C’est un cas particulier, car si Philippe Tabarot est encore sous le coup d’une enquête judiciaire pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts, le frère fut mêlé aux financements occultes des campagnes politiques de la fratrie. Partons sur les plages d’Alicante… sur la Riviera espagnole, au milieu des paillettes, des petits fours, du champagne et des yachts… avec plus de 700 victimes, 72 millions de préjudices et… l’acquittement du criminel… La croisière Tabarot s’amuse toujours !

Mais qui est Claude-Roch Tabarot ? Il naquit à une date non précisée publiquement, mais sa sœur Michèle naquit en 1962 et son frère l’actuel Ministre des Transports en 1970. Il était le fils d’une famille de commerçants… un peu particulière. Son père Robert Tabarot était également un ancien champion de boxe. Son père fut un activiste de l’OAS, membre et fondateur du Front Algérie Française (1960), chef local de l’OAS à Oran (1961). Il fut expulsé et pris la fuite de l’Algérie et de la France pour s’installer dans l’Espagne franquiste (1962). Il ouvrit une pizzeria et bénéficia de la loi d’amnistie des anciens de l’OAS (juillet 1968). Il rentra alors en France et s’installa à Cannes (1969). Il devînt gérant d’une plage et fut bientôt élu conseiller municipal à Cannes (1977-1983). Il ouvrit une Maison du Pied-noir de France (1976) et resta une figure de l’extrême-droite locale jusqu’à sa mort (1928-2015).

L’escroc international et le financier des campagnes politiques familiales. Contrairement à sa sœur Michèle, engagée en politique, puis également l’exemple que suivit son frère Philippe, il ne suivit pas la même trajectoire restant dans l’ombre. Il retourna en Espagne, où son père notamment avait sans doute gardé d’importants contacts, du temps de son séjour en exil. Il s’installa sur la Costa Blanca espagnole, où il lança une activité immobilière de grande envergure, la société Riviera Invest, ou Riviera Coast Invest. Ses activités étaient illégales et mafieuses, mais il fut finalement rattrapé par la justice espagnole. Une enquête fut ouverte le visant ainsi que sa société, pour une énorme escroquerie immobilière estimée au minimum à 72 millions d’euros. Claude-Roch Tabarot vendait des appartements sur des terrains dont l’entreprise n’était pas propriétaire. Des investisseurs dans d’autres projets immobiliers se voyaient promettre un rendement financier de 6 %, notamment sur des résidences étudiantes, ou pour les seniors, gérées par une filiale du groupe. Certains programmes immobiliers ne furent jamais livrés et construits… et Claude-Roch Tabarot dépouilla environ 700 victimes, principalement de petits épargnants français et espagnols. Ce sont eux qui provoquèrent l’enquête et l’explosion du scandale.

Les millions disparus de l’escroc Claude-Roch Tabarot. Il fut arrêté avec toute une clique mafieuse, alors qu’il s’apprêtait à embarquer sur un jet privé, à l’aéroport d’El Altet, à Alicante, à destination du Maroc (septembre 2008). Il semble que la police espagnole craignait sa fuite, mais plus tard, larmoyant, Tabarot affirma : « que l’arrestation fut fatale pour l’entreprise et que le projet du Maroc devait justement .,servir à sauver les affaires en Espagne… ». Il ne fut évidemment pas cru, et l’enquête révéla les choses suivantes :

Des retraits massifs d’espèces totalement inexpliqués pour environ 13,5 millions d’euros,

Des virements vers l’étranger, vers des comptes suspects, au Maroc, au Mexique, aux États-Unis ou en France,

Des dépenses énormes et la vie de château de Tabarot, pour plus de 700 000 euros de véhicules de luxe, de clubs nautiques, d’hôtels, de restaurants, etc.,

La volonté avéré du criminel de cacher la destination de sommes importantes, qui de fait ne furent jamais retrouvées (rapport de 2009).

Tabarot n’était pas le seul coupable, 5 autres prévenus comparurent devant un juge espagnol (16 septembre 2008). Tabarot fut emprisonné provisoirement avec une libération sous condition et une caution de 60 000 euros. Son complice et conseiller, Francisco Fernandez, à la même peine, mais une caution de 40 000 euros. Quatre autres cadres furent libérés sous caution, les deux principaux prévenus eurent l’interdiction de quitter le territoire espagnol et l’obligation de se présenter tous les lundis au tribunal le plus proche de leur domicile.

Financements occultes des campagnes politiques de la famille. Lors de la longue enquête, les avocats des victimes affirmèrent que Claude-Roch Tabarot avait financé illégalement les campagnes des Tabarot. Une partie de l’argent selon eux avait été détourné vers Cannes, pour les diverses campagnes électorales. Un témoin et plaignant, Robert Garcia affirma avoir participé à une réunion à la fin de 2007, avec Claude-Roch Tabarot qui aurait déclaré :

« Je ne peux pas te rembourser tout de suite, je ne peux pas te faire de chèque, car la société est en liquidation et je suis contrôlé. Parole de Pied-noir, je te paierai en liquide avec l’argent que je fais passer en France en ce moment pour aider Philippe ».

L’un des avocats des victimes espagnoles fit ensuite remarquer que des retraits massifs d’argent liquidé coïncidaient avec la campagne des municipales 2008, où Philippe Tabarot fut un candidat malheureux au 2e tour, pour la ville de Cannes… Médiapart révéla également en 2013, que l’affaire était plus complexe, car Franck Mezzasoma, autre Pied-noir était un proche conseiller de Michèle Tabarot et le trésorier adjoint de la Fédération UMP, des Alpes-Maritimes, en plus d’être un actionnaire de la holding Riviera Coast Invest. La fratrie infernale du Cannet nia alors tout en bloc et affirmèrent qu’il s’agissait : « d’une campagne de dénigrement fallacieuse », ou « que la campagne électorale cannoise de Philippe Tabarot dérangeait beaucoup… ».

L’incroyable acquittement de Claude-Roch Tabarot. Après dix ans d’une guerre judiciaire, le procès Tabarot se tînt finalement en Espagne (octobre 2018). Il y avait plus de 500 victimes qui s’étaient portées partie civile et l’accusation demandait une très lourde peine de prison, pour escroquerie, l’appropriation indue de terrains immobiliers et l’organisation de son insolvabilité. Malgré l’accumulation des preuves, le préjudice considérable frappant des centaines de petits épargnants, la justice espagnole acquitta en première instance Tabarot pour « absence de délits ». L’incroyable jugement fut confirmé à l’unanimité par trois magistrats, qui affirmèrent : « que l’investisseur français n’avait pas eu l’intention de tromper les acheteurs, mais qu’il avait été victime de l’éclatement de la bulle immobilière et de la crise financière de 2008 ». Les vols de terrains, l’argent disparu… les campagnes occultes, tout fut oublié ! La défense de Tabarot trouva aussi des failles, en arguant du fait que les manquements aux affaires privées ne pouvaient être portés devant un tribunal pénal… circulez, il n’y a plus rien à voir ! Le siège de la société Riviera, soit 4 500 m² de bureaux, resté fermé pendant tout ce temps, fut finalement vendu par le service immobilier de la Banco Popular, pour 1,7 million d’euros (2019)… les banques d’abord, les petits épargnants quant à eux auront tout perdu.

Quant à Claude-Roch Tabarot, il a disparu complètement des radars médiatiques… littéralement envolé et son devenir est certainement un secret d’État, alors que son frère Philippe est devenu Ministre des Transports (2024), reconduit en octobre 2025. Il mène sans doute la vie de château avec les millions camouflés un peu partout et les incroyables sommes en liquide qu’il retira. Pour la justice… il est innocent à jamais.