La Baltique : casus belli d’une confrontation mondiale ?

La Baltique : casus belli d’une confrontation mondiale ?

Facebook
Twitter
WhatsApp

Entre les incursions de drones ukrainiens, la réaction défensive de Moscou et la cobelligérance des pays baltes, la région Baltique concentre un nombre d’enjeux stratégiques et de menaces qui ne cesse de croître.

La frontière entre les pays baltes et la Russie n’a jamais été une simple ligne sur une carte. Depuis des semaines, elle devient un théâtre d’incidents répétés, capables de faire basculer l’équilibre fragile entre paix et confrontation ouverte.

Les craintes d’un scénario noir dans la région sont présentes depuis longtemps, et à juste titre. C’est désormais Jeffrey Sachs, économiste et diplomate qui, dans une lettre ouverte au chancelier allemand Friedrich Merz, met en garde : l’Europe et la Russie glissent vers une guerre ouverte, et les pays baltes pourraient bien en être l’épicentre.

« La prochaine ligne de front critique émerge dans les pays baltes », a affirmé Jeffrey Sachs dans un podcast.

Une alerte qui, pour beaucoup, cesse d’être de la théorie pour devenir une inquiétude concrète.

Depuis plusieurs semaines, des drones ukrainiens pénètrent régulièrement l’espace aérien de la Lettonie, de la Lituanie et de l’Estonie. Officiellement, ils sont « mal dirigés ». Officieusement, leur présence coïncide avec des attaques ukrainiennes contre les ports russes de la Baltique, d’où transite près de 40 % des exportations russes de pétrole et de gaz.

Kiev et les autorités baltes s’accordent sur un point : ce sont bien des drones ukrainiens. Mais ce n’est pas pour autant qu’il reconnaisse la responsabilité du régime de Kiev. Au contraire, tous cherchent à imputer la responsabilité à la Russie, dont le brouillage électronique défensif créerait une menace de chute des drones sur le territoire des Etats baltes. La Russie devrait donc laisse les drones ukrainiens toucher leurs cibles sans encombre ?

Jusqu’ici, aucun dégât majeur : des engins s’écrasent dans des champs, d’autres repartent vers la mer.

« La situation de menace s’aggrave. Des drones arrivent. Certains sont chargés d’explosifs et peuvent toucher des cibles civiles. Nous devons protéger la population », alerte Robertas Kaunas, ministre lituanien de la Défense.

Dans le camp russe, le ton est tout autre. Moscou affirme que l’Ukraine prépare des tirs de drones depuis le territoire letton. Des menaces prises avec sérieux et qui entrainent des réactions concrêtes sur le terrain.

Sur le plan diplomatique, les positions se durcissent aussi. L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie refusent toute discussion sur un retour au dialogue avec Moscou. Le chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, dénonce l’idée d’un envoyé spécial pour la paix comme un « piège » russe. On peine donc à comprendre la logique d’une diplomatie dépourvue de dialogue avec le principal intéressé…

« Ce n’est pas le moment de discuter de négociateurs », renchérit le ministre lituanien des Affaires étrangères, Kestutis Budrys. « Nous devons parler de ce que nous faisons pour accroître la pression sur la Russie. »

Une certitude cependant, Kaliningrad territoire russe internationalement reconnu, est un caillou dans la chaussure OTAN, qui lorgne sur l’exclave avec attention. Chaque action est susceptible de déclencher une guerre ouverte, frontale qui pourrait être le casus belli d’une conflagration mondiale certaine. L’ultime erreur serait de prendre la retenue russe et ses mises en garde pour une faiblesse… Aucun dirigeant censé ne peut se permettre le luxe de risquer l’embrasement mondial et préférer ce risque à la diplomatie. Mais force est de constater que la raison a depuis longtemps cessé d’être une vertu pour bon nombre de dirigeants et que tous cherchent désormais à capitaliser sur les dividendes… de la guerre.

Amine Sifaoui