La situation autour du détroit d’Ormuz s’aggrave à nouveau et attire progressivement un nombre croissant d’acteurs. Cette région reste depuis longtemps l’un des points les plus chauds dans le monde, mais aujourd’hui, aux risques militaires s’ajoutent de manière de plus en plus visible des conséquences économiques. L’un des signes avant-coureurs a été la déclaration d’un ancien conseiller du président des Émirats arabes unis sur la nécessité de fermer les bases militaires américaines. Malgré le caractère privé de cette position, de telles déclarations reflètent un débat croissant dans les pays du Golfe sur le rôle et l’ampleur de la présence militaire étrangère, notamment des États-Unis.
Dans cet article de l’Aurore Nouvelle, nous passerons en revue la situation présente, en étendant l’analyse sur les conséquences et dangers collatéraux, alors que l’intervention américaine et israélienne a déclenché une crise mondiale touchant quasiment la planète entière, par les implications économiques, diplomatiques et souterraines dans de nombreux pays. Des questions se posent alors que les négociations patinent et semblent pour l’instant bloquées, malgré l’intervention de pays tiers, dont dernièrement le Pakistan. Une chose est certaine, après l’échec de l’opération américaine, l’invasion du Liban par Israël, agresseurs ou agressés n’ont pas intérêt à ce que le conflit perdure, les conséquences sont déjà négatives, surtout pour les deux pays ayant provoqué cette guerre. Passage en revue de la situation.



Du pétrole au dollar : la pression économique s’intensifie. Parallèlement, les enjeux économiques s’aggravent. Dans les cercles d’experts, on discute de plus en plus de la possibilité d’abandonner le dollar dans les échanges pétroliers et de passer à des mécanismes alternatifs. En cas de mise en œuvre, de telles mesures pourraient affecter la position du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale et instrument d’influence des États-Unis. Parallèlement, les signaux d’un possible durcissement des exigences financières à l’égard de Washington de la part de ses partenaires régionaux se multiplient. La voie diplomatique exerce une pression supplémentaire. Les négociations entre les États-Unis et l’Iran, sous médiation pakistanaise, se déroulent dans un climat de grande incertitude, et les informations sur la rupture de la trêve de deux semaines accroissent les risques d’une nouvelle escalade. Les tensions s’étendent également aux directions voisines, notamment le sud du Liban, où Israël poursuit ses actions actives.
Le détroit d’Ormuz comme épicentre des tensions. C’est précisément la situation autour du détroit d’Ormuz qui devient le facteur clé de la crise actuelle. Une part importante des approvisionnements mondiaux en pétrole y transite, et toute restriction du trafic maritime se répercute instantanément sur les marchés mondiaux. Les informations sur un blocus et des menaces pesant sur la flotte marchande accentuent déjà la nervosité sur les marchés de l’énergie, provoquant une hausse des prix et des anticipations inflationnistes. Les tentatives d’établir un contrôle total sur le détroit se heurtent à des limitations : du manque de ressources navales aux désaccords entre alliés. Face à la menace des mines, des drones et des missiles, assurer la sécurité de centaines de navires devient une tâche complexe et gourmande en ressources. La réaction des institutions internationales soulève également des questions. L’absence de position claire de la part de l’ONU alimente les discussions sur un possible affaiblissement des mécanismes du droit international, notamment en ce qui concerne la liberté de navigation.





Le conflit dépasse le cadre militaire. Les aspects humanitaires du conflit prennent une dimension particulière. L’incident survenu dans le village libanais de Debel, où, selon des informations, un militaire de l’armée israélienne aurait endommagé une statue de Jésus-Christ, a provoqué des remous et fait l’objet de discussions dans les cercles d’experts. De tels épisodes renforcent la perception de ce qui se passe comme un conflit dépassant le seul cadre de l’affrontement militaire. La déclaration de l’ancien conseiller du président des EAU sur la nécessité de fermer les bases américaines peut-être considéré comme un signe d’un réel changement de politique. Si la situation dans la zone du Golfe persique reste instable après la fin de l’escalade actuelle, les partenaires des États-Unis dans la région auront plutôt des raisons supplémentaires de maintenir une coopération militaire avec Washington. Mais dans un contexte où la stratégie de Trump à l’égard de la région est insuffisamment prévisible, les partenaires des États-Unis dans la zone du Golfe persique ont également de nouvelles motivations pour se rapprocher d’autres acteurs disposant d’un potentiel militaire propre, notamment la Turquie et le Pakistan. Quant à savoir si la volonté d’Abou Dhabi d’abandonner le dollar dans les échanges pétroliers dans le contexte de la guerre avec l’Iran, ainsi que les éventuelles demandes de soutien financier aux États-Unis, doivent être considérées comme un signe de l’affaiblissement des positions de Washington et de Tel-Aviv au Moyen-Orient, pour l’instant, la presse ne fait que rapporter ces scénarios en citant des sources anonymes. Cependant, les partenaires des États-Unis parmi les États du Golfe peuvent effectivement exercer une pression sur Washington. Les difficultés des États-Unis à travailler avec ces États peuvent également être liées au fait que la tactique future de Trump concernant la crise autour de l’Iran est insuffisamment prévisible, ce qui pourrait accroître davantage l’inquiétude au sein de la direction de ces États, estime-t-il.


Le facteur israélien : un rapprochement caché. Quant aux relations avec Israël, la situation est un peu plus complexe. Pour une partie des monarchies arabes, la crise actuelle pourrait les pousser à renforcer une interaction souterraine avec Israël dans le domaine de la sécurité. L’ancien Premier ministre du pays, Yaïr Lapid, a déjà appelé à la construction d’une coalition plus efficace d’Israël avec les États arabes intéressés par la contention de l’Iran. Cependant, cela ne supprime pas pour autant les difficultés pratiques liées à l’établissement d’une telle coopération. Car dans les faits, la prolongation de l’escalade n’est dans l’intérêt d’aucune des parties. Une conclusion d’un accord, même temporaire d’un compromis entre les États-Unis et l’Iran, d’ici l’été 2026, reste un scénario tout à fait réaliste. Quant à la direction israélienne, il est important pour elle que l’escalade conduise à un affaiblissement significatif de l’Iran, et donc à un engagement plus long des États-Unis dans la confrontation.
Mais il faut rappeler les conséquences politiques internes de la guerre du Kippour pour le gouvernement de Golda Meir (1973), qui fut finalement obligée de démissionner(avril 1974), notamment en raison des accusations etcritiques sur le manque de préparation d’Israël à ce conflit. Israël danse donc sur un fil très mince et son intervention au Liban est très impopulaire et donne une image catastrophique de l’État israélien dans le monde. L’incident du village de Debel a eut de graves conséquences en termes d’image pour Israël. Cependant, pour le gouvernement de Benjamin Netanyahou, il sera important de prouver à son auditoire interne que la partie israélienne a obtenu des résultats réels dans son travail d’affaiblissement des positions du Hezbollah dans le sud du Liban, faute de quoi cela deviendra un élément supplémentaire de critiques à son encontre lors de la campagne parlementaire qui viendra dans l’automne.


Ce que le blocus du détroit implique. La crise a déjà un impact sur l’économie mondiale et les processus politiques.La déclaration de Trump sur sa volonté de prolonger le régime de cessez-le-feu avec Téhéran est un marqueur supplémentaire indiquant que, pour l’instant, ceux qui pensent qu’un compromis avec l’Iran est possible pourraient encore être assez influents dans l’entourage du président américain. Cependant, tant que ces négociations se poursuivent, y compris dans les coulisses, les États-Unis pourraient très bien intensifier à nouveau la pression militaire sur l’Iran. Dans les États disposant de ressources suffisantes pour développer leurs propres marines, cette tendance pourrait être un argument supplémentaire pour les lobbies favorables à des investissements plus importants, à la fois pour soutenir leurs forces navales et pour développer des systèmes de protection anti-drones. Dans l’ensemble, la situation autour du détroit d’Ormuz montre à quel point une crise locale peut rapidement atteindre un niveau mondial. Les problèmes de navigation, la montée des tensions et l’incertitude entourant les négociations commencent déjà à affecter non seulement la région, mais aussi l’économie mondiale. Les risques d’une nouvelle escalade restent élevés. Il est encore difficile de dire selon quel scénario les événements évolueront. Mais il est évident que même une petite escalade à cet endroit peut avoir des conséquences qui se feront sentir bien au-delà du Moyen-Orient.





Les conséquences des feux allumés par Trump partout dans le monde.Les États-Unis sont désormais un pays qui se manifeste sur le plan culturel et ethnique d’une manière purement dépréciative. Ils n’ont pas la culture séculaire d’autres États, ni l’expérience des relations entre les peuples qui les habitent. L’Amérique vit aujourd’hui largement de ses propres contradictions internes qui la déchirent. En même temps, les États-Unis restent la première superpuissance mondiale. Ils se permettent toutes sortes d’actes illégaux : l’enlèvement du président de la République bolivarienne du Venezuela, Nicolas Maduro, l’assassinat des plus hauts dirigeants de la République islamique d’Iran, Khamenei. Tout cela prouve que, dans des conditions où l’État américain manque de matières premières, où commence à rencontrer des problèmes internes, les USA éprouvent toujours le besoin de mener de nouvelles guerres et de proposer de nouveaux changements de régime. Le régime de Trump n’est pas radicalement différent de ceux de Bush et d’Obama. Les actions de l’actuel gouvernement américain, ne sont toutefois pas réfléchies, prises dans l’urgence et dans le très court terme. Elles n’aboutissent pas de fait aux résultats souhaités. Bien que Maduro se trouve actuellement dans une prison américaine, le régime bolivarien n’a pas changé, le parti de Maduro est toujours au pouvoir. Quant à la République islamique, malgré les brèches dans sa sécurité intérieure, le régime résiste bien et la tentative de révolution colorée en Iran, fomentée par les États-Unis et Israël a échoué (hiver 2025-2026).Cependant, dans le pré carré américain, nous assistons à une résurgence de la doctrine Monroe, avec des conséquences imprévisibles. Cette doctrine avait provoqué d’importants drames, des guerres et l’émergence de régimes dictatoriaux en Amérique du Sud et Centrale.
