L’histoire truculente : Paul Deschanel le président… tombé du train en pyjama

L’histoire truculente : Paul Deschanel le président… tombé du train en pyjama

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Une rubrique historique pour apporter un peu de légèreté dans mes propos et enquêtes dans l’Aurore Nouvelle. Mon but est d’aborder des faits cocasses de l’histoire, des mystères, des histoires improbables, des cas plus connus qui fascinent jusqu’à nos jours, des personnages truculents et aux destinées incroyables. J’essayerai de vous apporter également quelques éclairages sur des faits méconnus, tout en tentant de magnifier le roman national français, aujourd’hui victime de révisionnisme, d’oublis, de retranchements coupables ou de manipulations politiques. L’histoire est hélas devenue un vaste champ de bataille politique.

Elle a été kidnappée en France, pour des raisons idéologiques pendables, de destruction de la souveraineté de la France, et pire, elle est souvent mise en scène par un narratif francophobe du cinéma anglo-saxon, américain et britannique pour l’essentiel. Enfin, l’histoire est hélas enseignée de nos jours selon des blocs pulvérisés, sans construction chronologique et manipulée par des visions politiques, et/ou anachroniques de l’histoire. Les époques concernées et traitées sont faussement présentées, par l’oubli de l’état du monde desdites époques : les technologies, la connaissance du monde, l’état d’esprit des citoyens, les idéologiques et croyances du moment, la construction des sociétés. La liste est longue. J’essayerai également d’apporter une histoire plus légère, amusante et passionnante, celle qui fait que l’on aime l’histoire… Elle n’est pas seulement celle des dates et des batailles !

Aujourd’hui je me propose d’évoquer la destinée d’un président de la République, Paul Deschanel, qui est resté dans l’histoire comme : « le président en pyjama qui tomba d’un train », mais défraya la chronique nationale et internationale pour « sa folie » supposée. Il fut également retrouvé à demi nu pataugeant dans un bassin du château de Rambouillet et dans un moment de lucidité signa sa propre démission. Voici dans l’Aurore Nouvelle, l’histoire du président « disparu », alors que vous apprendrez un petit scoop, la disparition pendant une nuit, d’un autre président français !

Mais qui était le président Paul Deschanel ? Il naquit en Belgique, à Schaerbeek dans la région de Bruxelles, le 13 février 1855. Il était en effet le fils d’Émile Deschanel, un universitaire et opposant républicain qui s’exila et prit la fuite en Belgique, après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte (1851), devenu Napoléon III. Le régime perdurant, son père obtint une amnistie proclamée en 1859. Sa famille et lui-même retournèrent en France. Il étudia au collège Sainte-Barbe-des-Champs, à Fontenay-aux-Roses, puis dans les prestigieux lycées Louis-le-Grand et Condorcet à Paris. Il fit des études supérieures de droit, à Paris et fut licencié ès lettres. Il entra dans l’École Libre des Sciences Politiques, et la faculté de droit de Paris (docteur en droit, 1877). Durant ses premières années, il fut aussi le secrétaire de Deshayes de Marcère et de Jules Simon (1876-1877).

La carrière politique de Deschanel. Il préparait une agrégation de droit, mais préféra se lancer dans une carrière dans la fonction publique, dans l’administration préfectorale. Il fut nommé secrétaire général de la préfecture de Seine-et-Marne, puis sous-préfet à Dreux (1877-1879). Il entama bientôt une carrière politique nationale, d’abord élu député de l’Eure-et-Loir (1885), réélu à son siège sans discontinuer. De fait il siégea jusqu’en 1920. Il fut considéré comme l’un des plus grands orateurs de son temps, bientôt nommé Président de la Chambre (1898-1902, puis 1912-1920). Les positions politiques de Deschanel étaient républicaines, siégeant parmi les modérés du centre-gauche. Il s’affilia à l’Alliance Démocratique (AD), mais glissa progressivement vers les centre-droit, soutenant ensuite le Bloc National (après 1918). Il resta durant toute sa carrière un représentant de la bourgeoisie cossue, républicaine et influente qui dominait et domine toujours le paysage politiques français.

Le fait de sa carrière fut sa candidature à la présidence de la République (1919), alors qu’il était opposé au « Tigre », ou « Père la Victoire », le fameux Georges Clemenceau. Malgré l’immense popularité de son adversaire, l’élection présidentielle n’était pas universelle dans les IIe, IIIe et IVe République. Les grands électeurs, sans doute pour des raisons de jeux politiques, préférèrent l’élire à la surprise générale, Président de la République (17 janvier 1920). Il devint le 10e président de la République française et était confronté aux défis de l’après Première Guerre mondiale.

Le président en pyjama qui tomba du train… Bien qu’il ne soit plus du tout connu en France, l’histoire de chute d’un train est restée, ainsi que de nombreuses anecdotes, sur celui que Georges Clemenceau appelait : « un garçon bien coiffé », par moquerie et dérision. Lors d’un voyage officiel pour inaugurer l’un des nombreux monuments aux morts des soldats tombés pour la Patrie (à Montbrison, dans la Loire), le Président Deschanel fit une chute de son train qui devait provoquer un énorme scandale, au point de se propager également à l’international. Les faits qui ont été racontés sont sujet à des débats, car il s’agit d’une version officielle visant à atténuer le scandale. Toujours est-il que vers 23 h 45, dans un train couchette, près de Montargis, à Mignerette dans le Loiret, le président ouvrit la fenêtre à guillotine de son compartiment : « et se pencha pour prendre l’air, basculant hors du train, roulant à faible vitesse à cause de travaux sur la voie ». Selon une version, souffrant d’insomnie Deschanel aurait pris un calmant puissant, un hypnotique, qui dans le compartiment surchauffé le poussa à ouvrir cette fenêtre. Le médicament aurait alors eut des effets de somnambulisme sur lui. D’autres versions indiquent qu’il était atteint de paranoïa, un phénomène dont il aurait souffert depuis son installation à l’Élysée. Ce serait alors dans un délire paranoïaque, qu’il aurait lui-même sauté du train.

Le président de la République a disparu. Toujours est-il que s’étant fracassé sur le ballast, Paul Deschanel, légèrement blessé et couvert d’écorchures s’était retrouvé seul sur la voie, en pleine nuit. Personne ne remarqua sa disparition avant plusieurs heures. S’étant relevé, Deschanel en pyjama et dans la nuit noire, avait suivi la voie jusqu’à atteindre un quart d’heure plus tard la petite maison d’un garde-barrière. Frappant à la porte du logis, le garde-barrière et sa femme avaient ouvert la porte. André Rabeau occupait ce modeste emploi. Il découvrit stupéfait un homme en pyjama, les pieds nus et ensanglanté qui déclara : « Je suis le Président de la République, je crois que je suis tombé du train ». Totalement médusé, le couple imagina au départ qu’il s’agissait d’un ivrogne ou d’un fou, l’installa dans la bicoque, soigna ses blessures et le coucha dans le lit conjugal avec eux… La garde-barrière remarqua toutefois : « il a les pieds propres, c’est un Monsieur », ce qui parlait au moins en sa faveur.

Le couple Rabeau prévint la gendarmerie la plus proche, eux-mêmes sceptiques sur la naturelle réelle de « l’homme en pyjama ». Au petit matin, à la gare de Roanne, la disparition du Président Deschanel fut découverte, provoquant une panique totale dans la délégation présidentielle : on avait perdu le président… La gendarmerie s’étant finalement rendu au matin dans la modeste demeure des Rabeau, force fut de constater qu’il s’agissait vraiment du Président de la République française. Un télégramme fut envoyé de suite de Montargis qui parvint ensuite à Roanne, le président avait été retrouvé. L’histoire se répandit dans la presse provoquant un énorme scandale politique, notamment autour de la santé mentale de Deschanel. Les journaux, la presse et les chansonniers s’en donnèrent à cœur joie, avec des parodies, des caricatures où le président Deschanel était présenté en somnambule, en fou ou en culotte courte. Une chanson fit le tour de la France, dénommée Le pyjama présidentiel, la France, puis le monde entier s’esclaffant et se moquant.

Le président pataugeant à demi-nu dans un bassin du château de Rambouillet. L’opposition, notamment anti-républicaine s’acharna sur le président, notamment Charles Maurras dans L’Action Française, déclarant : « Est-ce ainsi que la France est gouvernée ? ». Pris en charge, les médecins firent un diagnostique et déclarèrent qu’il était atteint du syndrome d’Elpénor. Il s’agissait d’un état de semi-conscience, de somnambulisme provoqué par des somnifères et un réveil brutal, avec des effets d’actions automatiques et mécaniques, sans contrôle et perte de mémoire. Des informations fuitèrent sur un état dépressif et anxieux de Paul Deschanel, tandis que d’autres rumeurs se répandaient notamment sur sa paranoïa et sa folie. Très vite d’autres incidents se déclarèrent, notamment lors d’une visite où se dirigeant soudainement vers une dame, il embrassa cette personne croyant reconnaître une « connaissance ». Ailleurs il fut rapporté qu’il signait certains décrets du nom de « Napoléon ». Le 10 septembre 2020, il fut retrouvé à moitié nu pataugeant dans un bassin du château de Rambouillet, alors résidence présidentielle. Il était complètement hagard et désorienté. Sous la pression de l’entourage et reconnaissant de lui-même son incapacité à gouverner, il signa lui-même sa démission (21 septembre 1920), qu’il remit au président du Conseil, Alexandre Millerand.

L’épilogue. S’étant remis totalement, libéré du poids d’une fonction qui paraissait au-delà de ses forces et qui devait peser sur son état psychologique, il se présenta bientôt aux élections sénatoriales. Là encore, cette élection ne concernait que les grands électeurs, il fut élu au premier tour comme sénateur de l’Eure-et-Loir (50,35 % des voix, 9 janvier 1921). Il fut aussi élu président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, mais atteint d’une pleurésie s’éteignit précocement le 28 avril 1922. Le président en pyjama ou le « président fou » furent oubliés dans la mémoire collective, mais l’anecdote réapparut plus tard dans des livres d’histoires ou des magazines. Il a fait l’objet d’une certaine réhabilitation et même d’une biographie de Thierry Billard (1991, puis réédition en 2022), où son biographe défend le personnage, son bilan et son projet politique. Depuis l’incident du « président tombé du train », les présidents élus sont astreints à une visite médicale, afin d’éviter de nouveau un épisode épique du genre… Ces visites et rapports sont classés secret d’État, c’est ainsi que le cancer de François Mitterrand fut découvert après son élection en 1981.

Un autre président français disparut également bien plus tard. Je tiens cette histoire d’un témoin très sûr, racontant la disparition pendant une nuit du Président Giscard d’Estaing (en 1974 ou 1975). Cette anecdote n’a jamais été révélée au grand public… le président se trouvait en voyage officiel dans sa région d’origine, en Auvergne. Il faussa compagnie à la délégation présidentielle et à son service d’ordre pour rendre visite en secret… à une dame. L’ordre fut donné aux personnels et fonctionnaires ayant cherché « le président en goguette » de se taire… Il reprit sa place dans le cortège présidentiel au petit matin, sans que l’information n’est jamais fuitée… jusqu’à ce jour ! Une autre président « en goguette » fut pris toutefois la main… sur le scooter, provoquant un énorme scandale, il s’agit bien sûr de François Hollande.