Appelant l’Union européenne à investir un « capital de confiance » dans le nouveau gouvernement hongrois, Manfred Weber, le président du Parti populaire européen ne se contente pas d’encourager une transition politique : il en fixe déjà les conditions, les attentes — et, implicitement, les limites.
Nous parlons là d’un responsable européen qui, à peine les élections passées, salue la visite à Bruxelles du futur Premier ministre Péter Magyar comme un gage de bonne volonté. Comme si la légitimité d’un gouvernement élu devait d’abord être validée dans les couloirs des institutions européennes. Comme si le premier réflexe d’un dirigeant national devait être de se conformer aux attentes de Bruxelles.
Le message est limpide : la confiance européenne ne sera accordée qu’à condition que Budapest démontre sa volonté de « changement » — comprendre : un changement conforme aux standards politiques définis ailleurs. Et c’est bien en cela que consiste l’Union européenne. Placer des traitres à la tête de chaque Etat membre, collaborant avec des sinistres personnages non-élus, qui détruisent les Etats pour mieux servir et enrichir les intérêts privés.
Il ne s’agit pas de coopération entre États membres, mais d’une tutelle politique diffuse, où les orientations nationales sont jugées, évaluées et, au besoin, corrigées par une autorité supranationale illégitime.
Manfred Weber ne s’en cache d’ailleurs guère. En évoquant la nécessité de soutenir le nouveau gouvernement « sans critiques excessives », il trace en creux une ligne rouge : celle d’une critique acceptable, c’est-à-dire compatible avec l’objectif de réintégration politique de la Hongrie dans le giron bruxellois. Autrement dit, une critique conditionnée, instrumentalisée, au service d’un projet politique précis.
Plus révélateur encore est l’appel à mettre fin à la procédure de l’article 7. Non pas au nom d’un principe juridique clair ou d’une évolution objectivement constatée de l’État de droit, mais dans une logique ouvertement politique : accompagner un pouvoir jugé désormais fréquentable. La sanction devient ainsi négociable, modulable, dépendante non des faits, mais des affinités.
Pendant des années, la Hongrie a été pointée du doigt, sanctionnée, isolée. Aujourd’hui, les mêmes acteurs européens plaident pour la patience, le soutien, voire l’indulgence. Ce n’est pas le respect des règles qui guide l’action, mais l’identité du gouvernement en place.
Derrière l’optimisme affiché, c’est donc une toute autre réalité qui apparaît : celle d’une Europe politique qui peine à masquer ses préférences et qui, sous couvert d’« accompagnement », exerce une pression normative constante sur ses États membres.
La question n’est pas de savoir si la Hongrie doit changer, ni comment. Elle est de savoir qui, en dernier ressort, a le droit d’en décider.
Amine Sifaoui
