L’AIE s’émeut de la situation énergétique

L’AIE s’émeut de la situation énergétique

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Le patron de l’Agence Internationale pour l’Energie (AIE) avertit : la vraie secousse est peut-être encore devant nous. Selon Fatih Birol, le choc pétrolier lié à la crise actuelle ne fait que commencer à se diffuser dans l’économie mondiale, avec un risque de hausse durable des prix, de pénuries de carburant et de tensions sur les chaînes d’approvisionnement.

Les marchés ont, pour l’instant, réagi avec retenue. Le baril a légèrement reculé et les grandes places boursières sont restées calmes, mais Fatih Birol estime que ce calme est trompeur.

Le problème, prévient-il, est justement que l’impact se déploie avec retard.

« Aucun nouveau pétrolier n’a été chargé en mars », rappelle-t-il, signe qu’une rupture plus nette de l’approvisionnement pourrait encore se matérialiser dans les semaines à venir.

La première conséquence, selon lui, sera simple et brutale : des prix plus élevés. Un baril proche de 100 dollars pourrait relancer l’inflation dans de nombreux pays, avec un effet particulièrement sévère, y compris pour les Etats européens. Car la crise ne se limite pas au pétrole brut et touche également le kérosène, le diesel et d’autres produits essentiels. Birol avertit même que certaines compagnies aériennes pourraient devoir annuler des vols faute de carburant disponible.

En outre, l’AIE redoute des blocages dans les engrais, la pétrochimie et l’hélium, avec des répercussions possibles sur l’industrie, l’agriculture, les technologies et, à terme, les prix alimentaires.

Autrement dit, le choc ne serait pas seulement énergétique, mais systémique. Une perturbation durable dans le détroit d’Ormuz, artère stratégique du commerce mondial, peut finir par toucher l’économie réelle bien au-delà des stations-service.

L’AIE a déjà actionné un levier d’urgence : 32 États membres ont annoncé le déblocage de 400 millions de barils provenant de réserves stratégiques. Birol juge cette mesure utile pour amortir le choc, mais insuffisante à elle seule. La priorité reste, selon lui, de rouvrir le détroit d’Ormuz.

Il avertit aussi que la reconstruction énergétique dans la région prendra du temps. Plus de 80 installations auraient été endommagées et le retour au niveau d’avant-guerre pourrait demander environ deux ans.

Pour Birol, la crise actuelle rappelle les chocs pétroliers des années 1970 : après la panique viennent les réorientations durables. Il s’attend à une accélération des renouvelables, à un retour du nucléaire dans le débat et à une adoption plus rapide des véhicules électriques.

Mais il insiste surtout sur une idée centrale : la dépendance énergétique peut devenir une vulnérabilité politique. Il étend cette logique aux minerais critiques comme le lithium, le cobalt et les terres rares, dont la concentration géographique crée de nouvelles fragilités. D’où la règle, résumée en une formule simple : ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier.

Amine Sifaoui