Dans les couloirs des chiens de garde du journalisme : le cas de Nicolas Barré
La rubrique dans les couloirs des chiens de garde du journalisme a pour but de présenter des biographies de l’écosystème du « journalisme français ». En 1995, Serge Halimi du journal Le Monde Diplomatique dénonçait le scandaleux système dans son « Les Nouveaux Chiens de garde », décrivant comment le pouvoir contrôlait l’information et le journalisme, l’étranglant et supprimant la plupart des standards de l’indépendance nécessaire de la presse.
En usant des biographies, via la prosopographie, l’étude de masse des biographies, on peut comprendre comment le système fonctionne et pourquoi Serge Halimi avait plus que raison. Depuis les années 90, la situation s’est hélas grandement aggravée, au point qu’il est urgent que l’opinion publique connaisse la vérité. En général, les simples citoyens ne connaissent pas les coulisses du journalisme, ne savent pas qui sont ceux qui sont censés les informer et qui en fait les désinforment, quant ils ne diffusent pas de fausses nouvelles ou ne servent pas la guerre psychologique et cognitive qui est menée contre la population française.
Aujourd’hui j’aborderai le cas de Nicolas Barré qui est au cœur de l’actualité au sujet de sa candidature, finalement retirée pour diriger le journal de propagande Libération. Dans cet article de l’Aurore Nouvelle, nous partirons sur ses traces, des écoles de chiens de garde du système, au correspondant de presse au Japon, puis aux États-Unis et enfin aux postes d’importance, dans des médias français. Son patron fut longtemps… Bernard Arnault, milliardaire proche d’Emmanuel Macron, puis il entra dans Politico, un média américain d’infiltration financé par l’USAID jusqu’en 2025…



Mais qui est Nicolas Barré ? Il naquit en 1964 et fit des études supérieures en passant par deux des pires écoles des chiens de garde, d’abord l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po Paris, diplômé en 1985), et le Centre de formation des journalistes (CFJ de Paris, diplômé en 1988). Fort de ce succès, il débuta au journal des Échos, d’abord au service Bourse-Finance, puis fut chargé de la rubrique Affaires (1989-1994). Il entama ensuite une carrière de correspondant à l’étranger. Il fut envoyé au Japon, à Tokyo, où il ouvrit et dirigea le bureau du journal au Japon (1994-2000). Il fut ensuite nommé aux États-Unis, correspondant à New York (2000-2005), toujours spécialiste des questions économiques. Il passa aussi par le Liban ou la Tunisie, poursuivant sa route et montant en puissance.
Un des pions du système dominant et globalisé. Il fut recruté comme directeur-adjoint de la rédaction du triste Le Figaro (2005-2008), l’un des pires journaux de diffusion de propagande et de désinformations. Il passa au même poste dans Les Échos (2008-2013), avant d’atteindre le firmament : directeur de la rédaction (avril 2013-mars 2023). Cette nomination lui ouvrit aussi les portes d’Europe 1, où il présenta longuement l’édito économique quotidien de la célèbre radio. Son journal était possédé par le milliardaire Bernard Arnault, un proche d’Emmanuel Macron et joua un rôle dans la vague de propagande qui inonda la France à l’apparition de la candidature de Macron (2015-2017). Il est intéressant de penser qu’il fut l’un des pions autour de ce que j’appelle : « l’arnaque du COVID » et fut mis en scène. Il déclarait notamment : « grâce à la vaccination massive et à la réouverture progressive du pays, les États-Unis voient le taux de chômage chuter de 6 % et 900 000 emplois se créer en seulement un mois » (5 avril 2021). Il fut finalement débarqué de son poste, ce qui provoqua des remous dans le journal, mais très vite des articles inutiles et suspects apparurent pour confirmer qu’il restait dans le groupe de presse du milliardaire français. Il devait réapparaître plus loin, dans le groupe d’un géant de la presse allemande, entité de la guerre cognitive… US.





Le chien garde du système. Il a participé à de nombreuses conférences dans des écoles des chiens de garde, toujours présenté comme « journaliste émérite », ou qualifié d’adjectifs élogieux. Parmi les dizaines d’interventions de ce genre, il fut par exemple le parrain de la 40e promotion de l’Institut Européen des Affaires et de l’École Supérieure de Management de Paris (27 janvier 2020), car le système se nourrit de lui-même. Ce système décrit par Serge Halimi au milieu des années 90, c’est d’abord un passage par une école des chiens de garde. De ces écoles, le chien de garde commence par des stages. Les meilleurs sont vite repérés, les plus carriéristes et prêts à tuer père et mère sont rapidement poussés. Mais en général, ils passent par une période longue de CDD et de piges. Cette période permet de les faire « mariner » assez longtemps, pour qu’au moment de l’arrivée d’un CDI (entre quelques années, jusqu’à 10-15 ans), ils soient prêts à tout et ne posent plus de questions. Cela permet aussi de vérifier qu’ils sont dociles et suivront les directives des rédactions. Pour l’immense majorité, le journalisme se réduit alors à des ordres des rédactions, non pas pour trouver l’information, mais pour étayer une information déjà définie par avance, par des faits pouvant s’adapter au narratif de propagande. Les accointances politiques peuvent jouer des rôles, par leur passage dans tels ou tels médias, le pouvoir ayant besoin des différentes couleurs politiques, pour justifier aussi « la démocratie ». Mais au final, le narratif doit rester dans la ligne du système, l’européisme, l’atlantisme, des idéologies mutantes ou dérivées du mondialisme, etc. La compétence ne compte pas beaucoup dans le choix de ceux occupant les plus hautes places. Il faut avant tout que le chien de garde de ces hauts niveaux, passe pour « brillant », décline un CV qui soit en corrélation avec le système et qu’il n’ait aucune velléité ni d’indépendance, ni d’aspiration citoyenne. En échange, il sera poussé plus ou moins haut, avec une stabilité et les avantages du métier (notamment la carte de journaliste et les avantages fiscaux qui vont avec).




L’agent atlantiste et américain. Il fut ensuite nommé directeur de la rédaction chez Politico France (décembre 2024), poste qu’il ne quitta plus jusqu’à nos jours. Politico est un média américain qui fut fondé à Washington D.C (2007). Pour compenser la perte d’influence d’autres médias de la guerre psychologique (Digest Readers, Radio Liberté, etc.), le média fut propulsé en Europe, d’abord en s’installant au cœur, à Bruxelles, siège du Parlement européen (2015). Le média fut racheté par Axel Springer pour plus d’un milliard de dollars (2021), entrant dans un groupe comprenant par exemple Die Welt et Bild (Allemagne). Il fut révélé que le journal était financé en partie à coups de millions de dollars… par l’USAID, alors que lors de l’arrivée au pouvoir de Trump, le média perdit 8 millions de dollars de cette institution (2025). Politico nia les faits et aucunes preuves ne purent être fournies. C’est alors qu’il présenta étrangement sa candidature pour diriger le journal Libération (avril 2026). Des faits étranges et des raisons suspectes, mais qui furent bientôt contrées. Face à une levée de boucliers, il battit en retraite. La problématique de sa candidature était son alignement à la droite de l’échiquier politique et une proximité suspecte avec la Macronie. Rappelons qu’Emmanuel Macron avait déjà été démasqué comme un des principaux agents US, de très longue date, notamment par des travaux des derniers médias d’investigation comme Off Investigation.

Le parcours de Nicolas Barré ne peut qu’éclairer le pourquoi du comment de sa carrière. Cependant, même si le journal Libération est un des outils de contrôle de l’opinion française, il est historiquement ancré à gauche et c’est la rédaction elle-même qui était très réticente à son débarquement à la tête de cette dernière. En ce jour, 14 avril, il a préféré jeter l’éponge et retirer sa candidature. La France pour la liberté de la presse est épinglée comme l’un des plus mauvais élèves de l’Europe… quelques années auparavant, la France était avant dernière pour tout le continent, échappant de peu à la dernière place occupée alors par la Roumanie… Les Nicolas Barré ont donc encore beaucoup d’avenir, du moins tant que les Français resteront sagement assoupis.
