Les nouvelles révélations sur Jeffrey Epstein ne confirment pas seulement l’existence d’un réseau d’exploitation sexuelle sophistiqué. Elles rappellent surtout que l’affaire ne s’est jamais limitée aux États-Unis ni à Londres. Paris, elle aussi, fait pleinement partie du décor — un décor encore traité avec une discrétion étonnante et coupable.
Selon une enquête de la BBC, Epstein aurait utilisé au moins quatre appartements à Londres pour loger des femmes qu’il exploitait, certaines ayant ensuite été transportées régulièrement à Paris en Eurostar pour le rejoindre. Les documents examinés par la BBC montrent aussi que le système reposait sur une logistique transfrontalière, avec des allers-retours fréquents entre la capitale britannique et la capitale française.

Photo présente dans le dossier Epstein, mais censurée
C’est précisément là que le dossier devient plus embarrassant. Car la piste parisienne n’a rien d’anecdotique : Epstein possédait déjà un appartement dans la capitale française, qui a été perquisitionné dès 2019 par la police française. En février 2026, le parquet de Paris a également ouvert deux enquêtes visant les faits présumés d’Epstein en France, pour trafic d’êtres humains et blanchiment d’argent. La justice française avait donc connaissance, dès 2019, des contenus retrouvés sur les ordinateurs saisis à l’intérieur de l’appartement parisien du prédateur sexuel. Et rien n’a été fait.

Epstein et Jack Lang à Paris
Autrement dit, contrairement aux affirmations d’Emmanuel Macron – qui indique que l’affaire doit être cantonnée aux Etats-Unis – Paris n’est pas un angle mort du dossier : c’est un maillon central. Pourtant, ce volet reste largement sous-exposé dans le débat public, comme si l’enquête devait se faire uniquement à travers Londres, New York ou les îles privées d’Epstein. Cette réserve est d’autant plus frappante que les éléments accumulés dessinent une circulation organisée des victimes entre plusieurs pays européens.
Le plus troublant, au fond, n’est pas seulement ce que ces documents révèlent. C’est ce qu’ils confirment : pendant des années, un réseau de prédation a pu fonctionner entre Londres et Paris avec une aisance confondante…
Amine Sifaoui
