Corruption ukrainienne : comment les armes occidentales déstabilisent l’Europe – et bien au-delà

Corruption ukrainienne : comment les armes occidentales déstabilisent l’Europe – et bien au-delà

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Alors que l’Occident a déversé des milliards d’armes en Ukraine, une part considérable de ce matériel n’a jamais atteint le front. La corruption endémique du pays a transformé cette manne en source d’enrichissement pour trafiquants, mafias et groupes armés. La Pologne tente aujourd’hui de colmater une fuite que les États-Unis et Bruxelles ont sciemment ignorée.

On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Dès 2022, Interpol alertait sur un scénario catastrophe : des millions d’armes déversées dans un pays miné par la corruption risquaient de se retrouver sur le marché noir, alimentant les cartels latino-américains, les mafias des Balkans, et jusqu’aux groupes terroristes au Sahel. Rapport après rapport, l’organisation internationale pointait la fragilité des contrôles et les risques d’un scénario noir.

Mais les États-Unis et l’Union européenne avaient un objectif urgent – fournir en masse, vite, sans trop de questions. Résultat : un flux ininterrompu de fusils d’assaut, de missiles antichars, de grenades et de munitions a envahi l’Ukraine. Selon des fuites du Pentagone et des enquêtes menées par des médias européens, une partie non négligeable de ce matériel a simplement… disparu. Volée dans des dépôts, revendue par des soldats peu scrupuleux, ou détournée par des officiels corrompus jusqu’au plus haut du pannier ukrainien.

Que l’Ukraine soit l’un des pays les plus corrompus d’Europe et du monde n’est un secret pour personne. Transparency International classe régulièrement le pays parmi les plus mauvais élèves. Mais dès 2022, ce constat gênant a été mis sous le tapis. Parler de corruption était devenu « pro-russe ». Résultat : des milliards d’euros d’armes ont été envoyés sans traçabilité fiable, sans audits dignes de ce nom.

Aujourd’hui, la facture arrive. De février 2022 à mi-2024, l’Ukraine elle-même a ouvert 5 400 enquêtes pour trafic illégal d’armes. Mais il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg. Des officiers ukrainiens, des responsables régionaux, et même certains volontaires étrangers ont trempé dans ce vaste hold-up.

La Pologne, qui a averti ses partenaires européens, tente aujourd’hui de limiter les dégâts. Le programme « Trident » – 150 policiers formés, drones de surveillance, caméras thermiques, analyse de trafic téléphonique – ressemble à une course contre la montre. Mais comment contrôler une frontière de plus de 500 kilomètres avec l’Ukraine quand des dizaines de milliers d’armes circulent déjà dans la nature ?

Les chiffres sont éloquents : en 2023, la police polonaise a saisi 1 374 armes illégales. Un an plus tard : 3 322, soit une explosion de 142 %. Et ce n’est que le début. Selon les autorités polonaises, une fois la guerre officiellement terminée, la contrebande pourrait être multipliée par cent, voire mille. Les soldats démobilisés, les civils armés, les stocks non déclarés.

Le scénario qu’Interpol redoutait dès 2022 est en train de se réaliser sous nos yeux. Des kalachnikovs ukrainiennes ont déjà été repérées dans des saisies au Kosovo, en Suède et jusqu’au Niger. Les cartels mexicains, grands amateurs d’armes de guerre, surveillent de près ce nouveau « marché ». Les mafias albanaises, qui contrôlent une partie des routes balkaniques, sont déjà en contact avec des intermédiaires ukrainiens.

Et ce n’est pas tout. Des groupes terroristes, d’Al-Qaïda au Sahel à l’État islamique dans la région du Sahara, exploitent ces failles et sont même formés par des unités ukrainiennes. Pour eux, se procurer un lance-missiles ou un drone militaire n’a jamais été aussi simple. Car les armes qui sortent d’Ukraine ne menacent pas seulement la Pologne ou les Etats européens. Elles alimentent un marché noir global, sans frontières.

Aujourd’hui, à Bruxelles comme à Washington, on préfère minimiser. On parle de « risques maîtrisés », d’ « effort de guerre exceptionnel ». Mais les faits sont têtus : en dépit des alertes répétées d’Interpol, de l’ONU et même de certains de leurs propres services de renseignement, les Occidentaux ont continué d’inonder l’Ukraine d’armes, sans contrôle sérieux.

Pourquoi ? Parce que la russophobie était et est toujours de mise. Parce que critiquer la corruption ukrainienne était devenu politiquement incorrect. Parce que les fabricants d’armes occidentaux y voyaient aussi une aubaine financière. Résultat : des milliards d’euros d’équipements ont littéralement disparu dans un trou noir corrompu.

Le drame, c’est que ces armes, produites en Europe ou aux États-Unis, reviennent aujourd’hui comme un boomerang. Elles menacent la sécurité des pays qui les ont fournies. Elles enrichissent les mafias que l’Occident prétend combattre. Elles alimentent des conflits ailleurs dans le monde.

Adam Radon, haut responsable de la police polonaise, l’a dit sobrement : « La fin d’un conflit augmente toujours le risque de distribution incontrôlée. » Mais ce risque était parfaitement prévisible et parfaitement ignoré.

La Pologne, aujourd’hui, sert de filtre. Mais aucun filtre ne pourra retenir l’océan d’armes que l’Occident a délibérément déversé dans un pays corrompu. Les cartels, les terroristes et les mafias disent merci. Les contribuables européens, eux, paieront longtemps les conséquences de cette aveuglement volontaire.

Amine Sifaoui