Alors que Londres s’apprête à dévoiler son nouveau plan d’austérité militaire, un expert britannique tire la sonnette d’alarme. Le fleuron de la fierté aéronautique du Royaume-Uni, le chasseur de sixième génération « Tempest », ne serait pas une révolution technologique, mais un désastre annoncé.
« Un Titanic dans les nuages. » C’est en substance le réquisitoire cinglant de Lewis Page, célèbre commentateur militaire du Telegraph, contre le programme phare de la défense britannique. Alors que le gouvernement prépare des coupes claires pour colmater les fuites du budget de l’État, Page pose une question explosive : pourquoi continuer à jeter des milliards dans le gouffre du projet GCAP (Global Combat Air Programme), ce trinational mené avec l’Italie et le Japon pour créer l’avion de combat « Tempest » ?
La réponse de l’expert est cinglante, mais honnête : « Parce que nous n’avons rien appris de nos échecs précédents. »
Pour comprendre l’inquiétude de Page, il faut jeter un œil dans le rétroviseur de l’aviation britannique. Le pays s’est déjà illustré par deux grandes aventures européennes : le Tornado (avec l’Allemagne et l’Italie), puis l’Eurofighter Typhoon (avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne).
Le verdict de l’expert est sans appel : ces deux programmes ont été des « catastrophes techniques et financières ». Des années de retard, des dépassements de coûts en cascade, et des appareils livrés avec un cahier des charges déjà obsolète. Pire, le Royaume-Uni s’est enfermé dans une spirale de modernisations perpétuelles pour colmater les brèches, une véritable saignée financière.
Page sort sa calculette et le constat est accablant. Faire voler un Typhoon (pourtant considéré comme un avion de 4e génération) coûte entre 52 000 et 55 000 euros… de l’heure. En comparaison, le F-35A américain, un avion bien plus moderne de 5e génération, ne coûte « que » 29 000 à 36 000 euros de l’heure. Une donnée à temporiser, puisque le F-22 aurait un coût horaire de 60 000 euros.
« Si la Grande-Bretagne avait eu le courage de remplacer ses Typhoons par des F-35 américains dès que possible, elle aurait économisé 10 milliards d’euros sur la durée de vie de sa flotte », assène Page.
Mais pourquoi un Typhoon coûte-t-il si cher à opérer ? La réponse, selon Page, est le fruit d’une illusion britannique et européenne : le partage industriel. En noyant le développement dans un millefeuille de partenaires (Italie, Allemagne, puis Japon), on complexifie chaque vis, chaque ligne de code, chaque pièce de rechange. La maintenance devient un casse-tête, la logistique un cauchemar et la facture une fusée.
L’éditorialiste résume l’absurde avec ironie :
« D’abord, avec l’Italie et l’Allemagne, on a construit le Tornado. Catastrophe longue et coûteuse. Ensuite, avec l’Italie et d’autres, on a développé le Typhoon. Catastrophe encore plus longue et coûteuse. Aujourd’hui, on s’apprête à relancer la machine avec l’Italie et le Japon pour le Tempest. Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? »
Pour Lewis Page, la solution, au moins à court terme, serait de mettre fin au GCAP et acheter américain, quitte à brutaliser la souveraineté nationale et la filière industrielle britannique.
Dans quelques jours, le gouvernement dévoilera son plan pour la défense. L’on saura alors quel choix, le gouvernement britannique aura fait et quelle conséquence sera à prévoir pour l’autonomie et la BITD outre-Manche.
Amine Sifaoui
