« Désarmez l’IA », l’appel choc du pape Léon XIV

 « Désarmez l’IA », l’appel choc du pape Léon XIV

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Dans sa première encyclique, le souverain pontife affirme : « Aucun algorithme ne peut moralement justifier la guerre. »

C’est un texte qui va faire date, à la fois dans l’histoire de l’Église et dans celle des nouvelles technologies. Ce lundi, le Vatican a rendu publique Magnifica humanitas – la toute première encyclique du pape Léon XIV. Et son sujet n’est ni la foi, ni la famille, ni la liturgie. Mais l’intelligence artificielle.

Oui, vous avez bien lu. Le successeur de François a choisi de consacrer son premier grand document social à la révolution numérique qui bouleverse nos vies, nos emplois, nos démocraties et jusqu’à la manière dont nous faisons la guerre.

Sous les ors de la salle de presse du Vatican, le ton a été clair, presque prophétique : « L’IA doit être désarmée. »

Pour Léon XIV, il ne s’agit pas de débrancher les serveurs ou de revenir à l’âge de la machine à écrire. Ce qu’il dénonce, c’est la dérive militariste et élitiste d’une technologie livrée à elle-même.

« Il ne faut pas permettre que l’intelligence artificielle ne devienne qu’un outil de pouvoir pour une poignée d’hommes, » a-t-il estimé, en invitant à remettre l’humain – tout l’humain – au cœur du code.

L’encyclique ne se contente pas de généralités. Elle attaque un point sensible, là où la technique frôle l’éthique avec violence : la guerre. « Aucun algorithme ne peut rendre moralement acceptable la guerre », écrit le pape. Autrement dit : confier à une machine la décision de tuer, même avec des critères mathématiques, même avec des prétendues « précisions chirurgicales », reste un acte profondément inhumain. Derrière chaque donnée, il y a un visage. Derrière chaque cible, une vie.

Loin d’être un pamphlet contre le progrès, Magnifica humanitas s’inscrit dans la tradition de l’enseignement social de l’Église, de Rerum novarum à Laudato si’. Mais pour la première fois, c’est un pape qui parle d’algorithmes, de données de masse, d’armes autonomes et de surveillance prédictive.

Un pari risqué ? Oui, car le sujet est complexe. Mais le pape Léon XIV – connu pour son style direct et son expérience du dialogue scientifique – réussit un tour de force : rendre accessible un défi planétaire.

« L’IA doit servir l’humanité, non asservir quelques-uns à la volonté de quelques autres, » résume-t-il.

Alors, simple coup de com’ pontifical ou véritable boussole pour un monde où les bases sociales, sociétales et morales s’effondrent ? Peut-être un peu des deux. Mais l’Église est pleinement dans son rôle et rappelle qu’elle a encore son mot à dire – non pas pour bloquer l’avenir, mais pour qu’il reste humain.

Amine Sifaoui