Face à l’émergence de modèles d’IA capables de pirater presque mieux que les humains, l’armée américaine lance une task force secrète. Objectif : marier la puissance de Silicon Valley avec les secrets les mieux gardés des États-Unis.
Le Cyber Command du Pentagone, l’arme numérique ultime des États-Unis, vient de créer une unité spéciale. Sa mission : apprivoiser les IA les plus avancées du monde – y compris leurs redoutables capacités de hacking – et les déployer au cœur des réseaux « high-side », là où dorment les secrets les plus sensibles de la nation.
Selon trois sources proches du dossier, l’initiative n’avait jamais été dévoilée. Elle révèle une inquiétude stratégique majeure : des modèles d’intelligence artificielle conçus par des entreprises privées – OpenAI, Google, Anthropic – sont désormais capables de dénicher des failles dans des systèmes numériques plus vite que les meilleurs experts en cybersécurité.
« Le gouvernement tout entier se tourne vers l’expertise technique de la NSA pour lui demander : comment fait-on ça sans se brûler les ailes ? » — une des sources proches du dossier
L’élément déclencheur ? Il y a un mois, le géant de l’IA Anthropic annonçait que son nouveau modèle, Claude Mythos, était si doué pour trouver et exploiter des vulnérabilités informatiques qu’il ne serait partagé qu’à une poignée de cyber-défenseurs de confiance. La firme prévenait : entre les mains de mauvaises personnes, les dégâts pour l’économie, la sécurité publique… et la sécurité nationale, seraient « sévères ».
Depuis, OpenAI et d’autres ont emboîté le pas. Le verdict d’Anthropic est angoissant : des modèles équivalents seront largement accessibles d’ici six à vingt-quatre mois. Autrement dit, bientôt, n’importe quel hacker amateur pourrait semer le chaos numérique à grande échelle.
Face à cette perspective, la Maison-Blanche – pourtant favorable à une régulation légère sous l’administration Trump – prépare un décret historique. Il obligerait les laboratoires d’IA de pointe à soumettre leurs modèles à des tests fédéraux avant toute publication publique.
La nouvelle task force du Cyber Command n’est pas directement liée à ce décret, mais elle en est le pendant opérationnel. Et c’est bien le général Joshua Rudd – qui dirige à la fois la NSA et le Cyber Command – qui a annoncé la création de cette unité à ses équipes, il y a deux semaines, dans un courriel interne obtenu et révélé par POLITICO.
L’un des défis les plus épineux : comment utiliser ces IA sur les réseaux « high-side », ceux de la communauté du renseignement, sans risquer une fuite catastrophique ? La task force, qui puisera dans le tout nouveau AI Security Center de la NSA, devra répondre à cette question.
Autre obstacle de taille : Anthropic est actuellement en conflit juridique avec le Pentagone. En mars, le ministère de la Guerre a désigné l’entreprise comme un « risque pour la chaîne d’approvisionnement », après qu’elle a tenté d’interdire l’utilisation de ses outils dans la guerre autonome et la surveillance de masse. Ironie de l’histoire : un responsable d’Anthropic a récemment confié que l’entreprise serait ouverte à l’utilisation de Claude Mythos dans des cyber-opérations offensives américaines. De quoi faire sauter le verrou ?
Le général de brigade Charles Moore, ancien commandant en second du Cyber Command, est sans détour : « Je vois cela non seulement comme une bonne idée, mais comme une nécessité. Les outils d’IA deviennent essentiels pour détecter les menaces, prioriser les vulnérabilités, accélérer la prise de décision, et mener des opérations offensives et défensives plus vite que nos adversaires. »
Selon lui, la task force pourrait intégrer l’IA dans tous les maillons : opérations, entraînement, renseignement, cyberdéfense.
Amine Sifaoui
