Apparatchiks de la République : le cas de Gérald Darmanin

Apparatchiks de la République : le cas de Gérald Darmanin

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Les politiciens professionnels sont un fléau de la République française, qui par ailleurs se manifesta dès la Révolution française. Hommes et femmes des partis, ils ne travaillent pas pour les intérêts de la Nation, encore moins ceux du Peuple français, mais « pour le parti ». Saint-Just avait évoqué précocement la problématique, depuis rarement reprise de cette zone trouble de la démocratie : les partis et les factions. Le phénomène s’est aggravé par l’apparition des politiciens professionnels, puis par des lobbyistes dans leurs rangs. Ces derniers servent d’autres intérêts, la finance internationale, des oligarques, des géants des entreprises privées, de l’industrie, de la grande distribution, du tertiaire, etc.

Étienne Chouard est l’un des rares à avoir lancé des réflexions sur la neutralisation de ces politiciens professionnels : mandats uniques, non renouvelables, fin de la présidence, tirage au sort des élus, démocratie participative, référendums d’initiatives populaires, les pistes sont nombreuses. Durant l’Ancien Régime ces personnages influents achetaient des charges à la couronne, qui étaient héréditaires. Après le 9 Thermidor, puis le siècle des révolutions (XIXe siècle), la vie politique fut finalement kidnappée par « la République des Barras et des Tallien », une république bourgeoise, endogame, liée aux intérêts privés susnommés. Ils ne sont pas la majorité de la population, mais cette minorité a confisqué le pouvoir et la plupart du temps les Français ne les connaissent pas, du moins juste par le prisme déformé et propagandiste des médias.

Aujourd’hui j’aborderai le cas de Gérald Darmanin, un apparatchik de la droite libérale, lancé d’abord par le RPR et l’UMP, avant de trahir sa couleur politique pour des raisons de carrière et de rejoindre la Macronie (2017). Son histoire n’est pas banale, venant d’une famille très modeste, ayant « turbiné » pour financer ses études, il grimpa les échelons cumulant les mandats, puis arriva au firmament dans les rangs macronistes. Bien qu’il soit toujours « présumé innocent », il fut dénoncé comme un violeur et agresseur sexuel par deux femmes (2014-2018, 2017 à nos jours). Le cocasse de l’histoire est que malgré les procédures judiciaires… il fut nommé Ministre de l’Intérieur, puis de la Justice, sans avoir aucune compétence dans ces domaines et être sous le coup de ces procédures… Elles furent balayées et classées, l’une d’elle se poursuivant toutefois à la CEDH.

Voici donc Gérald Darmanin dans l’Aurore Nouvelle, macroniste de premier plan et présumé « violeur de solliciteuses ».

Mais qui est Gérald Darmanin ? Il naquit à Valenciennes dans le Nord, le 11 octobre 1982, dans une modeste famille d’ouvriers, son père était tenancier de bar et sa mère Annie Ouakid était concierge à la banque de France, en faisant également des ménages. Son grand-père Rocco Darmanin était né en Tunisie, d’une famille maltaise. Son autre grand-père Moussa Ouakid était un tirailleur algérien, dans les FFI durant la Seconde Guerre mondiale et un Harki pendant la Guerre d’Algérie. En difficulté scolaire ses parents décidèrent de l’inscrire dans un lycée privé à Paris, au Lycée des Francs-Bourgeois. Pour financer ses études, il fut surveillant, serveur et chanteur dans le métro. Il intégra l’une des pires écoles de formation de créatures du système, l’Institut d’études politiques de Lille (Sciences Po, promotion 2007), après avoir fait une classe préparatoire à l’Institut catholique de Paris.

Il s’était engagé très tôt en politique, militant au RPR, encarté précocement à 16 ans (1998), devenant vite un proche d’une grosse huile du parti, Jacques Toubon, dont il fut l’assistant parlementaire au Parlement européen. L’affaire fit l’objet de doutes, car il aurait effectué ce travail en stagiaire, dans son année obligatoire de césure à Sciences Po (2006-2007). Il s’était lié auparavant à Christian Vanneste, une figure à la droite du parti, parfois dénoncée comme d’extrême droite (2004). Cependant, il aurait bénéficié selon Vanneste : « d’un demi-poste d’assistant parlementaire rémunéré pendant un an et demi, mais il n’aurait pas réellement travaillé pour Toubon pendant cette période, car il était en réalité occupé à temps plain comme collaborateur bénévole à mon service ». Darmanin et Toubon ont toujours nié ces d’allégations d’emploi fictif, alors que Darmanin n’a jamais mentionné ce poste dans aucun de ses CV, livres ou interviews par la suite. Toubon le poussa dans les corridors du pouvoir, d’abord en le faisant rentrer comme chef de cabinet de David Douillet, Ministre des Sports (sous Sarkozy). Il devint également à la place de Vanneste, le délégué UMP pour la 10e circonscription du Nord (2005). Le démarrage de sa carrière fut surtout son élection dans cette circonscription, comme député (2012-2016), l’un des plus jeunes de l’Assemblée Nationale, cumulant bien vite les mandats en étant élu maire de Tourcoing (2014-2017). Il fut aussi élu vice-président du Conseil régional des Hauts-de-France (2016). Il devait encore être élu à l’Assemblée Nationale en 2022 et 2024.

Trahison et passage dans la Macronie. Il prit l’excuse de l’affaire Fillon pour déserter le parti et rallia immédiatement Emmanuel Macron (2017). Ce ralliement précoce fut suivi d’une récompense immédiate, alors nommé Ministre de l’Action et des Comptes Publics (17 mai 2017), s’encarta au parti présidentiel En Marche. Il fut l’un des artisans de la trahison des Français dans les négociations et accord fiscal défavorable avec le géant américain Google. C’est lui qui fut l’homme de Macron pour des réformes fiscales très controversées, là encore désavantageuses pour les Français et favorisant les riches et ultrariches. En récompense, il fut alors bombardé à un poste stratégique : Ministre de l’Intérieur (2020-2024), puis Garde des Sceaux (décembre 2024), sans jamais avoir eu la moindre expérience professionnelle liée à l’un ou l’autre des ministères. Pur produit du système, technocrate et apparatchik de la République, il avait été mis en cause dans diverses affaires pour des viols, des agressions sexuelles et des abus de faiblesse.

Les Affaires Darmanin. La première affaire fut une accusation de viol, par Sophie Patterson-Spatz. Elle porta une plainte contre lui en 2017, pour des faits remontants à 2009, où Darmanin alors chargé de mission à l’UMP, avait reçu cette femme sollicitant de l’aide pour un dossier judiciaire. Selon la plaignante, elle aurait été violée dans une chambre d’hôtel, après qu’il l’eut emmené dans un club libertin et échangiste. Protégé par le gouvernement, le parquet de Paris rendit un non-lieu (juillet 2022), après cinq longue année de grenouillage de la procédure judiciaire. Elle fit appel, mais la cour rendit à son tour un non-lieu (24 janvier 2023), alors que Sophie Patterson-Spatz se pourvoyait en cassation (février 2023). De nouveau déboutée, elle se lança dans un dernier recours à la Cour européenne des droits de l’homme (avril 2025). Le média Blast dénonçait la manière dont la justice française avait géré l’affaire et évoquant des protections politiques puissantes.

Une autre plaignante était venue porter plainte contre lui, une habitante de Tourcoing, pendant qu’il était maire de la ville. Elle affirma qu’il avait profité de sa situation pour obtenir des faveurs sexuelles en échange de son aide pour obtenir un logement social. Elle déclara : « je me sentais obligée de le faire pour avoir un logement et un travail » (2014). Déposée également en 2017, le parquet de Paris classa également sans suite l’affaire… (2018). De fait, suite à sa nomination aux ministères de l’Intérieur et de la Justice, au vu des affaires le visant, des associations de défense des droits des femmes, ou de victimes, sans parler de politiques dénoncèrent ces nominations suspectes et incompatibles avec la démocratie, sans parler de la justice. Pour se défendre le gouvernement macroniste se cachant derrière : « la présomption d’innocence ». Darmanin a toujours nié les viols et les agressions, indiquant : « qu’il avait eu une vie de jeune homme et que les relations sexuelles avaient été librement consenties, n’ayant jamais abusé de la faiblesse ou de l’intégrité de quiconque ». De fait jusqu’à ce jour, Darmanin est présumé innocent, il a d’ailleurs indiqué : « la victime c’est moi ! ». L’opinion publique ne croit pas à son innocent et il a été depuis souvent interpellé comme « violeur ».