Sortis du chapeau de la Macronie : le cas de Prisca Thévenot

Sortis du chapeau de la Macronie : le cas de Prisca Thévenot

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Personne ne les connaissaient avant qu’ils apparaissent soudainement dans les rangs de la Macronie, ils furent présentés comme « l’espoir du renouveau de la politique de la France ». Ils viennent du monde du privé, étaient frais moulus de l’université ou de grandes écoles du système, ils avaient un nom ou une famille bien connectée. Ils justifièrent difficilement la Macronie, ayant du mal à cacher ses racines politiques pourtant anciennes, notamment dans la Gauche Caviar. Ils étaient plutôt jeunes, ils avaient de l’ambition, les dents longues qui rayaient le parquet et paraissaient être des gens qui venaient de la « France réelle ».

Une première vague déboula lors de l’élection présidentielle de 2017, bientôt renforcée par des ralliés dans l’enthousiasme de la victoire, des profils intéressés par un morceau du gâteau républicain. Une seconde vague apparut lors de la seconde élection d’Emmanuel Macron, après 2022, alors que le pouvoir cherchait des « serviteurs » ne posant pas de questions, prêts à s’engager et à mouiller la chemise pour ce que j’appelle le système globalisé. Pour les connaître, un seul moyen : se plonger dans leurs biographies, car ils ne sont jamais présentés sous leur vrai visage. Les origines, les expériences professionnelles, les études supérieures, les « clubs » et think thanks parlent et éclairent leurs profils.

Aujourd’hui j’aborderai le cas Prisca Thévenot, une totale inconnue jusqu’à son adhésion précoce au Parti La République En Marche, dès 2016, qui la conduira très vite à des mandats politiques, dont un siège à l’Assemblée nationale, puis un ministère. Elle représente une frange de candidats idéaux pour la Macronie, seconde génération de l’immigration, car son vrai nom est Prisca Balasoobramanen. De ses origines mauriciennes, au bras d’Antoine Thévenot un banquier d’affaires du Crédit Suisse (ensuite entré à EDF), elle se révéla bien vite comme un tyran domestique, accusée de harcèlement moral, d’insultes, de menaces, de chantages affectifs et d’humiliations répétées, pour des faits de « managements toxiques » dans ses cabinets et d’un mépris vertigineux des militants…

Voici donc dans l’Aurore Nouvelle Prisca Balasoobramanen-Thévenot, une « plante verte » de la Macronie aimant dérouiller « le petit personnel »…

Mais qui est Prisca Balasoobramanen-Thévenot ? Elle naquit à Strasbourg le 1er mars 1985, de parents originaires de l’île Maurice et ayant migré à la fin des années 70 en France. Sa famille déménagea ensuite dans la région parisienne (1987), où elle vécut par la suite. Installée dans les Hauts-de-Seine, elle fit des études prestigieuses, notamment dans une classe préparatoire au Lycée Saint-Louis-de-Gonzague à Paris, puis à l’EM Lyon Business School, dont elle sortit diplômée (2005-2009). De ce parcours, elle travailla ensuite comme consultante chez BearingPoint, une entreprise spécialisée dans les secteurs des télécommunications et des médias, ayant comme clients Orange et surtout… l’AFP, l’Agence France Presse. Sur son LinkedIn, deux créatures de l’AFP sortis du bois vinrent lui donner des recommandations exagérées, dont Laurent Benhamou et Yannick Beynet (février 2011). Elle passa ensuite cadre et directrice de compte chez Webhelp, avant de flairer le bon coup de la Macronie.

Elle fut l’une des premières militantes du Parti En Marche (2016), d’un certain Emmanuel Macron, apparatchik du Parti Socialiste et de la Gauche Caviar, soudain sorti du chapeau de l’État profond. Il est intéressant de penser qu’elle se maria à Antoine Thévenot, un banquier d’affaires travaillant pour le Crédit Suisse et que la connexion avec Emmanuel Macron se fit sans doute par la haute-finance, dont Macron fut l’un des mercenaires (dans la banque Rothschild). Elle tenta de se faire élire à l’Assemblée nationale, dans le raz de marée macroniste (2017), mais fut battue en Seine-Saint-Denis, par Marie-George Buffet, humiliation face à l’un des dinosaures du Parti Communiste Français (au second tour, avec 40,38 % des voix). C’est à cette date qu’elle lança deux entreprises, Beauty@Home (2017-2022), une plateforme de prise de rendez-vous pour professionnels de la beauté, puis Civil Impact (2018), un incubateur dédié : « aux projets engagés, école de l’engagement pour former des leaders citoyens »… macronistes.

D’une banque suisse à un poste de ministre de la Macronie. Malgré son échec politique et la déception de ne pas avoir été des « premières promotions » de la Macronie, elle fut toutefois nommé porte-parole du Parti En Marche, proche de Maud Bregeon (novembre 2020 à nos jours). De ce tremplin, elle réussit à accrocher un premier mandat comme conseillère régionale d’Île-de-France, pour la Seine-Saint-Denis (juin 2021). L’année suivante fut celle de sa revanche, puisqu’elle fut élue député à l’Assemblée nationale, dans la 8e circonscription des Hauts-de-Seine, avec le score impressionnant de 65,75 % des voix au second tour (juin 2022). C’est alors qu’elle monta progressivement en puissance, nommée Secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et du Service national universel (juillet 2023), puis Ministre déléguée chargée du Renouveau démocratique et porte-parole d’Élisabeth Borne, puis de Gabriel Attal (janvier 2024). Malgré l’érosion de la macronie, elle fut réélue à son siège de députée (62,44 % des voix au second tour, septembre 2024). Sa réélection fut probablement facilitée par une agression qu’elle subit lors de collages d’affiches avec d’autres membres du parti, à Meudon (3 juillet 2024). Quatre agresseurs furent arrêtés et un homme de 21 ans condamné à 23 mois de prison ferme. L’agression fut largement médiatisée, des adolescents détruisant derrière eux leurs affiches. Un adulte fut condamné et 5 mineurs devaient être jugés devant un tribunal pour enfants.

Prisca Thévenot, un tyran domestique grossier et manipulateur. Un premier scandale émergea ensuite dans la presse, notamment par des dénonciations du journal Mediapart (25 mai 2024). Il fut révélé qu’elle faisait subir à ses collaborateurs une pression démentielle, avec des faits d’harcèlement moral, d’insultes, d’humiliations répétées, de chantages affectifs, de violences verbales nombreuses, avec la volonté de manipuler et de maintenir les gens sous contrôle psychologique. Le journal révéla que 8 membres de son cabinet avaient démissionné sous les avanies et les harcèlements, en quelques mois, pour la seule année 2024. Plus des deux tiers de son équipe préféra prendra la fuite et claquer la porte. En interne, le Premier ministre Gabriel Attal avait été prévenu de ces violences à répétition, mais n’avait pas réagi et établi une digue pour la protéger et empêcher la diffusion du scandale. De guerre lasse, les employés broyés par l’apprenti dictateur firent passer à la presse les informations, qui furent publiées. Le journal parla aussi de dérives qui ne dataient pas d’hier, notamment dès sa première campagne électorale, en 2017, avec des faits de mépris et « une attitude détestable » avec les militants de la base. Mediapart donnant la parole à des victimes de la ministre déclara :

« Ferme-la, con, naïf, incompétent, débilos, ces mots, ce collaborateur de Prisca Thévenot assure les avoir entendus de la bouche de la porte-parole du gouvernement. D’autres, plus fleuris lui sont également attribués dans cette enquête. Le collaborateur interrogé en aurait même averti Matignon et il n’est pas le seul. Un collaborateur parle de souffrance au travail et d’anxiété dans un message expliquant les raisons l’ayant poussé à démissionner […] l’enquête revient également sur la campagne des municipales de 2020, très mal vécue par certaines sympathisants LREM, ambiance délétère, climat de terreur, comportements déviants et toxiques, des dérives qui auraient été, là encore signalées, à l’époque à Stanislas Guérini, sans réelles conséquences… Prisca Thévenot a indiqué ne pas avoir de commentaires à faire et Matignon n’a pas répondu aux sollicitations des journalistes ».

Le journal Politis rentrait plus dans les détails : « c’est ces petites putes qui veulent partir aurait répondu Prisca Thévenot à un collaborateur à propos de deux conseillères à l’annonce de leurs démissions. Je ne pensais pas que tu te laisserais manipuler par des filles, aurait-elle ajouté. Une violence verbale dont elle était coutumière quand elle était simple députée à l’Assemblée nationale, selon les témoignages recueillis par Politis. « S’il le faut, tu dois te prostituer auprès de journalistes pour m’obtenir un portrait », aurait-elle exigé, avant de s’en prendre à un autre collaborateur le traitant de pervers narcissique. […] Les démissionnaires qui ont accepté de s’exprimer le font tous sous couvert d’anonymat, soit par peur des représailles, soit parce qu’ils espèrent rejoindre un autre ministère pour poursuivre leur travail ». […] Prisca Thévenot affirme qu’elle est victime d’une attaque en meute, alors qu’elle était en situation de faiblesse. Prisca ne supporte pas qu’on la quitte tout en étant consciente que son comportement est intenable. La ministre est décrite comme manipulatrice, pratiquant volontiers le chantage affectif : une fois qu’elle était un peu fatiguée et ne voulait pas faire un déplacement, elle m’a reproche de ne pas la laisser voir ses enfants et que j’allais être responsable de son divorce, raconte un autre collaborateur, essoré par celle qu’il juge incapable de gérer ses responsabilités ministérielles ».

Le 3 mai 2024, sur le réseau social X, Nils Wilcke de Politis déclarait : « Les articles parus sur Prisca Thévenot édulcorent la réalité ; « petite pute », « je vais te plaquer contre le mur », voilà quelques amabilités balancées par la ministre à ses collabs, selon mes infos, révélations à venir ». Son post fut ensuite effacé… probablement suite à d’autres menaces… Dans le même temps, une autre macroniste de premier rang, Aurore Bergé dénoncée pour des faits similaires : « Aurore Bergé a dénoncé des allégations mensongères et portant atteinte à son honneur, tout en menaçant Le Canard Enchaîné d’une plainte en diffamation. Pourtant d’autres témoignages mettent en cause la ministre, certaines remontant à son engagement dans la campagne d’Alain Juppé de la primaire de la droite en 2017. Si elle va au procès, je témoignerai à la barre sur son comportement, jure l’ancien conseiller qui a travaillé à l’époque avec elle : « je n’ai jamais rencontré une personne aussi mauvaise », affirme cette source qui reste marquée par cette expérience ». Elle ne fut pas reconduite dans sa fonction de ministre, mise à la porte et prudemment replacée sur une voie de garage (septembre 2024).

Une campagne médiatique tout azimut pour redorer son blason. Cependant, une intense propagande et campagne médiatique fut motivée, pour tenter d’inverser la vapeur, présentée comme : « une femme politique accessible et proche des préoccupations quotidiennes ». Les journaux n’ont cessé de tenter de redorer son blason, comme dernièrement dans cet article (12 décembre 2025), où il était dit : « elle incarne une nouvelle génération de femmes politiques issues de la diversité, à la fois ambitieuse, médiatique et déterminée à laisser sa marque ». Cependant, ces journaux sont essentiellement de la presse people, des feuilles plus sérieuses ne s’intéressant plus à son parcours depuis son éviction du gouvernement. La terreur qu’elle avait répandu autour d’elle, en termina avec ses fonctions ministérielles, elle ne fut pas même pressentie lors des formations de gouvernement en 2025. Elle était toutefois restée porte-parole du Parti Renaissance et réussit à obtenir un « prix de consolation » en étant nommée au Conseil d’administration de Radio France… (octobre 2024). Les très modiques salaires pour cette fonction étaient compris entre 55 000 et 80 000 euros par an… (en plus des quelques kopecks pour son mandat de députée).

Épilogue. L’un de ses assistants parlementaire, Ilan Mugnier (2022) fut propulsé par le système jusqu’à la Commission européenne (mars 2024 à nos jours), montrant également les ponts et vases communicants, entre cette entité supranationale, la « vraie patronne », dans un parcours passant par des écoles au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas. Quant à Prisca Thévenot après avoir reçu son prix de consolation et en principe terminé la distribution d’insultes et de menaces, elle retourna à son siège de députée à l’Assemblée nationale, avant de devenir la proche conseillère de Gabriel Attal (2025), où elle joue un rôle clef dans la préparation de la campagne présidentielle du gros poisson de la Macronie… S’il était élu, la revanche de Thévenot serait sans doute éclatante et les distributions de « raclées verbales et d’insultes » pourraient reprendre… en toute impunité.