Washington déclare la fin des hostilités contre l’Iran, une manœuvre pour contourner le délai légal ?

Washington déclare la fin des hostilités contre l’Iran, une manœuvre pour contourner le délai légal ?

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À quelques heures de l’expiration d’un ultimatum légal, l’administration Trump affirme que les opérations de combat contre l’Iran sont terminées. Une interprétation contestée qui n’a pas fait baisser les prix du pétrole.

La guerre des mots n’est peut-être pas finie, mais celle des bombes l’est officiellement. À soixante jours, jour pour jour, des bobmardements israélos-américaines contre l’Iran, l’administration Trump a déclaré la cessation des hostilités. Une annonce qui ressemble à une pirouette pour éviter une échéance explosive.

Selon un haut responsable gouvernemental cité par l’agence Reuters, « dans l’esprit de la loi sur les pouvoirs de guerre (War Powers Act), les hostilités commencées le 28 février ont pris fin ». Depuis plus de trois semaines, un cessez-le-feu fragile tient, et aucun échange de tirs n’aurait été signalé entre les forces américaines et iraniennes.

Pour comprendre ce revirement, il faut revenir sur la loi de 1973. Celle-ci impose au président américain de mettre fin à toute opération militaire dans un délai de 60 jours, à moins d’obtenir un feu vert du Congrès ou une prolongation de 30 jours. Or, ce délai expire ce vendredi.

La loi sur les pouvoirs de guerre (War Powers Act – 1973) :
Votée après la guerre du Vietnam, cette loi limite le pouvoir militaire du président des Etats-Unis. Elle l’oblige à cesser toute intervention armée non autorisée par le Congrès dans les 60 jours (renouvelables une fois 30 jours). L’administration Trump teste ici ses limites en jouant sur la définition du terme « hostilités ». Une interprétation qui pourrait finir devant les tribunaux.

En notifiant officiellement l’engagement au Congrès le 2 mars, Donald Trump avait lancé le compte à rebours. Mais son administration a trouvé une parade : le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a expliqué devant la commission sénatoriale des forces armées que le cessez-le-feu avait « interrompu » les délais.

Le sénateur républicain Josh Hawley a confié au site Axios : « Ils devraient annoncer cela officiellement. » Son collègue Todd Young a salué une application « très prudente » de la loi. Une position qui laisse penser que le camp républicain est prêt à avaliser cette interprétation, pour éviter un vote embarrassant au Congrès.

L’opposition démocrate, elle, ne décolère pas.

« Un cessez-le-feu, ce n’est pas la paix, c’est juste une pause dans les bombardements », a martelé le sénateur Tim Kaine. « Si l’armée américaine maintient un blocus naval contre l’Iran, ce sont des actes d’hostilité, pas du répit. »

Sur le terrain, la tension reste vive. Le président Trump a prévenu mercredi que le blocus contre l’Iran serait maintenu « jusqu’à ce que Téhéran accepte un accord nucléaire ». En réponse, les autorités iraniennes refusent de rouvrir le détroit d’Ormuz, artère vitale du pétrole mondial, tant que les ports iraniens seront bloqués.

Pire, Axios révèle que le Commandement central américain a récemment préparé des plans pour une « vague courte et intense » de nouvelles frappes. Et du côté iranien, un haut responsable des Gardiens de la révolution menace Washington de « frappes longues et douloureuses » en cas de reprise des attaques.

Malgré l’annonce d’une fin des hostilités, les cours du brut ne retombent pas. La peur d’un embrasement général continue de hanter les traders. Jeudi, le baril de Brent est monté jusqu’à 126,41 dollars, avant de redescendre à 114,01 dollars. Ce vendredi, le contrat de référence (juillet) grimpait encore de 0,9 %, à 111,34 dollars. Le WTI américain stagnait autour de 105,07 dollars.

En déclarant la fin des hostilités, l’exécutif américain espère sans doute désamorcer une bombe politique à quelques mois d’échéances cruciales, dont l’élection de mi-mandat. Mais les démocrates dénoncent une « manipulation » de la loi. La guerre est peut-être déclarée terminée à Washington, pour ne pas dire qu’elle est perdue. Dans le détroit d’Ormuz, elle ne s’a jamais vraiment cessée.

Amine Sifaoui