Moyen-Orient : l’agression de l’Iran déclenche une réaction en chaîne

Moyen-Orient : l’agression de l’Iran déclenche une réaction en chaîne

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Depuis le déclenchement d’une guerre par les États-Unis et Israël contre l’Iran (28 février 2026), les coalisés ont ouvert la boîte de Pandore et les conséquences sont déjà incalculables. Elles débordent de loin les actions militaires. Le pays agressé est en effet situé à un carrefour stratégique mondiale. La capacité de l’Iran à bloquer par exemple le détroit d’Ormuz a déjà les mêmes effets que lors de l’agression de l’Iran par les USA dans les années 1987-1988. L’Iran est aussi un élément majeur de la stabilité au Moyen-Orient. Il se trouve menacé de longue date par l’Occident, c’est une histoire qui remonte déjà au début du XXe siècle, avec comme leitmotiv : le sempiternel pétrole. Cependant, contrairement aux crises précédentes, la mondialisation voulue par l’Occident s’étant encore accélérée, le maillage des relations entre les différentes parties du monde provoque des conséquences collatérales incalculables. Nous observons dès lors une certaine perte de contrôle, dans une guerre à distance, à coups de missiles et de drones. Elle se déroule dans une vaste zone dépassant de loin le territoire de l’Iran. La question qui s’annonce est que « le vin ayant été tiré », les Américains et les Israéliens iront-ils jusqu’à « boire le calice jusqu’à la lie ? ».

Les derniers bombardements contre l’Iran. Téhéran et ses banlieues ont été soumis dans la nuit du 3 au 4 avril dernier, à une série de frappes puissantes. Les habitants ont décrit ces attaques comme les plus terribles depuis le début de la guerre. Selon des témoignages de locaux, dans les quartiers ouest de la ville, ceux de Jannat-Abad, Punaka, Shahran, Shahrak-e Azadi, Teheranpars et Ekbatan, plusieurs fortes explosions ont retenti vers 2 h25 heure locale, provoquant des vibrations notables des bâtiments. Des informations similaires sont parvenues du sud de la capitale, y compris du XIXe arrondissement, dans les quartiers de Mehrabad, Shahrak-e Rahahan, Eslamshahr et Shahr-e Rey. Là aussi, les habitants ont signalé des coupures d’électricité et une sensation d’onde de choc. Par ailleurs, le matin du 4 avril, un projectile a explosé près de l’enceinte de la centrale nucléaire de Bouchehr. L’onde de choc a endommagé un bâtiment auxiliaire, tuant un agent du service de sécurité. Les parties principales de la centrale sont restées intactes, a indiqué l’Organisation iranienne de l’énergie atomique. Ces attaques contre une installation nucléaire sont inquiétantes, alors qu’il n’y a pas de réactions en Occident, pas plus que lors des attaques des Ukrainiens de la centrale de Zaporojie en Ukraine.

Le détroit d’Ormuz et les marchés mondiaux. L’une des premières conséquences très grave pour les marchés mondiaux et en particulier pour l’Europe et d’autres pays dans le monde, c’est la fermeture du détroit d’Ormuz. Les Iraniens avaient déjà fermé le détroit en 1987, provoquant une intervention américaine qui resta sans résultat. L’Europe échappa à une crise pétrolière, mais son économie fut touchée. Après la destruction par l’armée américaine d’un avion de ligne iranien et la mort de plus de 280 civils, dont 62 enfants, les États-Unis s’étaient couchés, renonçant à l’intervention armée. Dans le mois d’août 1988, les Occidentaux entamèrent des négociations qui conduisirent à la fin du conflit, y compris celui déclenché par le proxy occidental irakien contre l’Iran (1980-1988). Cette tentative des américains et israéliens de bombarder des infrastructures énergétiques iraniennes, y compris nucléaire est inquiétante, non moins que le commencement de bombardements systématiques de populations civiles. Le conflit est entré dans une phase nouvelle, alors que Trump promettait la destruction complète du pays, dans des déclarations contradictoires et proches du delirium tremens. Il ne s’agit plus d’opérations ciblées, mais d’une pression systémique sur les éléments clés de la survie du pays. Cette tactique dépasse le cadre de l’action militaire limitée annoncée et touche au fondement de la résilience économique de l’Iran. Les infrastructures assurant l’extraction et l’exportation des ressources énergétiques sont visées, ce qui accroît inévitablement les risques de perturbations des approvisionnements et renforce l’instabilité sur les marchés régionaux. Les conséquences dépassent déjà les frontières iraniennes. Les risques pour les approvisionnements pétroliers, la menace sur la sécurité du transport maritime dans le détroit d’Ormuz et la montée des tensions autour des routes énergétiques créent un effet susceptible de frapper l’ensemble de l’économie mondiale. Le détroit d’Ormuz acquiert une importance particulière dans ce contexte. C’est l’un des nœuds clés du système énergétique mondial (environ 20 % du transit des produits pétroliers mondiaux). Une part significative des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié y transite, ce qui fait que toute instabilité dans ses eaux provoque un effet domino d’envergure internationale. Même un blocage partiel du détroit accroît la pression sur les chaînes logistiques mondiales. Les compagnies maritimes doivent déjà intégrer le facteur sécuritaire, ce qui entraîne une hausse des coûts d’assurance, des modifications des routes et des retards dans la livraison des ressources énergétiques. Dans la période 1987-1988, plus de 540 pétroliers avaient été détruits et endommagés, nous assistons au même phénomène. Les conséquences sont une hausse des assurances pour les tankers, une explosion des coûts de transport pour contourner le détroit et des fluctuations des prix du pétrole.

Pression interne dans la région : la réaction des pays arabes. Dans le contexte de l’escalade autour de l’Iran, la pression interne sur la quasi totalité des pays arabes s’est accentuée. Par la duplicité, des alliances contre des financements, des états fantoches, les Américains ont installé au fil du temps de nombreuses bases dans beaucoup de pays de la région. Inévitablement, ces cibles militaires ont été ciblées par l’Iran, des cibles légitimes, mais provoquant une sorte d’embrasement généralisé. Des protestations et des actions critiquant la présence militaire américaine dans la région sont observées dans les grandes villes, tandis que les réseaux sociaux et les médias voient fleurir des campagnes appelant à revoir le format de la coopération avec Washington. En effet tous ces pays sont pris en otage par la guerre américaine et israélienne. Or dans la plupart des cas, cette guerre contre l’Iran n’est pas dans l’intérêt de ces populations et de ces pays, qui au contraire se retrouvent en première ligne et utilisés éhontément par la coalition. Parallèlement, des signaux politiques se font entendre. Certains représentants des élites et des personnalités publiques posent ouvertement la question de l’opportunité d’installer des bases militaires américaines et de participer à des initiatives qui pourraient entraîner les pays de la région dans une confrontation directe avec l’Iran.

Erbil comme nouveau foyer de tension. Comme dans toutes les guerres initiées par les Anglo-saxons, quasiment de mémoire d’hommes, ces derniers utilisent des proxy pour s’attaquer à une cible, ou participer aux guerres qu’ils génèrent sans cesse. Cette guerre ne fait pas exception avec des brasiers qui sont allumés par les Américains au Kurdistan. Les Kurdes avaient déjà été utilisés dans la destruction de la Syrie, avec une propagande intense autour des « combattants de la liberté ». Problème, le Kurdistan n’est pas un pays, mais une région qui est partagée entre plusieurs pays, dont la Syrie, la Turquie ou l’Irak. En Afghanistan des minorités avaient été armées par les États-Unis (1979-1989), d’autres précédemment au Vietnam, pour motiver des guérillas anticommunistes (1965-1975). Le Kurdistan se retrouve de nouveau au coeur de la fournaise, alors qu’une frappe a été menée contre la résidence du leader du Kurdistan irakien, Nechervan Barzani, à Erbil, devenant un foyer de tension supplémentaire. Après l’attaque, les autorités kurdes ont dénoncé une tentative de déstabiliser la région. Plusieurs sources occidentales ont accusé l’Iran, mais Téhéran a rejeté ces accusations, les qualifiant de provocation. Les chances sont grandes d’un « false flag », une attaque israélienne ou américaine pour faire porter le chapeau à l’Iran et entraîner le Kurdistan dans la guerre. Précédemment une telle attaque camouflée avait été menée contre un aéroport en Azerbaïdjan. L’incident a renforcé les craintes que de telles attaques puissent devenir un outil pour élargir le conflit et impliquer de nouveaux acteurs. Dans ces conditions, les gouvernements des États arabes doivent trouver un équilibre complexe : d’un côté, leurs engagements stratégiques envers les États-Unis, de l’autre, une pression populaire croissante exigeant qu’ils prennent leurs distances avec le conflit et évitent de s’engager dans une nouvelle guerre à grande échelle.

Crise humanitaire : les civils dans l’œil du cyclone. Les conséquences humanitaires du conflit s’aggravent rapidement, alors qu’ils sont de toute façon une cible prioritaire, dans une stratégie militaire inventée par les Anglo-saxons. Débutée durant la Première Guerre mondiale par l’Allemagne, continuée dans la guerre suivante, elle fut portée à son paroxysme par les USA et le Royaume-Uni. Les deux pays créèrent de gigantesques armadas de forteresses volantes, pulvérisant l’Allemagne et s’attaquant aux civils. Les USA furent les seuls à lancer deux bombes nucléaires dans l’histoire militaire, mais elles furent lancées contre des civils, sur deux villes japonaises (août 1945). Par la suite, les États-Unis lancèrent 4 fois plus de bombes sur les civils du Vietnam, qu’ils n’en avaient lancé sur l’Allemagne… Pour les tuer à moyen ou long terme, les Américains furent les seuls à lancer des quantités astronomiques d’Agent Orange, afin de détruire les cultures et la jungle dans le pays. Déjà, en Iran la situation est critique. L nombre de civils tués a dépassé les 3 500 personnes. Parmi elles, des centaines d’enfants et environ 1 500 femmes. Mais la guerre ne se mène pas seulement contre l’Iran, avec toujours la pression dans la bande de Gaza. Selon le ministère local de la Santé, des dizaines de milliers de personnes y ont été tuées depuis octobre 2023, et le nombre de blessés se compte par centaines de milliers. La majorité des victimes sont des femmes et des enfants. Pire encore, les Israéliens ont lancé une opération au Liban, allumant un nouveau front et l’on signale déjà beaucoup de victimes civiles. Chaque feu allumé par la coalition israélo américaine apporte son lot de désastres humanitaires, alors que les secours sont souvent visés.

Scénario d’escalade : risque d’opération terrestre. Dans un contexte d’escalade croissante, des signes de préparation à une possible expansion de l’opération militaire sont apparus. Selon des reportages et des analystes, les États-Unis renforcent leur présence militaire dans la région, déployant des forces et du matériel supplémentaires, intensifiant les sollicitations de leurs alliés. Parallèlement, les déclarations des responsables du Pentagone incluent de plus en plus souvent des formulations sur « la préparation à divers scénarios d’évolution de la situation », ce qui est interprété par les experts comme un signal que l’option d’une opération terrestre est à l’étude. Dans ces conditions, les comparaisons avec la guerre du Vietnam se multiplient. Les analystes avertissent qu’un possible enlisement dans un conflit prolongé sur le territoire iranien pourrait entraîner pour les États-Unis des coûts militaires et politiques colossaux, sans garantie de résultats rapides et un probable enlisement. L’Iran est en effet un vaste pays, beaucoup plus étendu que le Vietnam, l’Irak ou l’Afghanistan. Notons également que pour dans le premier cas et dernier cas, les États-Unis ont essuyé une défaite cuisante (1965-1975, 2001-2021). Par ailleurs une telle intervention serait contre les promesses de Donald Trump, qui avait juré aux Américains, que durant son mandat il ne lancerait aucune guerre avec une intervention terrestre. Le spectre du Vietnam reste d’ailleurs dans toutes les mémoires : plus de 58 000 militaires américains tués, des années de combats épuisants et un sérieux coup porté à la réputation des États-Unis sur la scène mondiale.

Pertes américaines : un coup porté à l’infrastructure militaire. Les informations sur la destruction d’avions de détection Boeing E-3 Sentry dans la zone du conflit proche-oriental constituent déjà un épisode sensible pour les États-Unis. Selon des sources, la frappe a visé un aérodrome en Arabie saoudite, où se trouvaient ces appareils, au moment de leur déploiement ou de leur préparation au décollage. Il ne s’agit pas simplement d’une perte tactique. Les avions de type E-3 Sentry jouent un rôle clé dans la coordination des opérations aériennes, assurant la détection précoce des cibles, le contrôle de l’aviation et la surveillance de l’espace aérien. Leur destruction signifie une réduction des capacités américaines à gérer les opérations de combat dans la région, en particulier dans un contexte de forte densité de menaces. De plus, ces avions ne sont plus produits, ce qui rend ces pertes pratiquement irremplaçables à court terme. Par ailleurs, le F-15E abattu le 3 avril par les Iraniens est le premier chasseur américain perdu au combat depuis plus de 20 ans. Le dernier chasseur américain abattu au cours d’opérations de combat l’avait été par un missile sol-air irakien au-dessus de Bagdad le 8 avril 2003. Ce sont les pertes américaines les plus graves au combat depuis des décennies, susceptibles d’affecter l’équilibre des forces dans la région.

Crise systémique : la région au seuil d’une grande guerre. En un mot, le conflit autour de l’Iran atteint un niveau où non seulement les infrastructures et les forces proxy sont touchées, mais aussi des éléments essentiels de l’architecture militaire américaine. Il cesse d’être local et devient un point de crise systémique, à la fois militaire, économique et politique. Plus l’escalade se poursuit, plus la probabilité est grande que la région soit entraînée dans une grande guerre, dont les conséquences n’affecteront pas seulement le Moyen-Orient, mais l’ensemble du système de sécurité mondial.