L’Espagne tient bon et fait barrage aux USA

L’Espagne tient bon et fait barrage aux USA

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L’Espagne persiste et signe et interdit maintenant l’entrée des avions militaires américains, en leur fermant son espace aérien. La déclaration faite ce jour, fait peut-être suite à des violations US, ce qui ne serait par une surprise. Dans cet Article de l’Aurore Nouvelle, vous retrouverez l’histoire de la fondation de ces bases américaines en Espagne, qui ne datent pas du tout de l’époque de son intégration dans l’OTAN, mais de celle d’un certain… Franco. Les bases militaires étaient 4, réduites à 2, dont une base aérienne, dans la région de Séville, et le port de guerre de Cadix. L’Espagne semble avoir été un des pions de la ligne logistique des Américains à travers l’Europe et vers le Moyen-Orient, via d’autres bases installées en Bulgarie ou en Crète. La réponse de Trump sera sans doute cinglante, le président américain ayant déjà émis des menaces non déguisées contre l’Espagne, notamment de boycott commercial et « d’isolement de Madrid ».

Un rappel historique des Pactes de Madrid. L’Espagne avait accordé le droit aux États-Unis de l’utilisation de plusieurs de ses bases militaires et navales, notamment le port militaire de Cadix. Cette triste décision ne faisait pas honneur à l’Espagne, mais avait été signée de très longue date… par Franco lui-même, par le traité de Madrid, le 26 septembre 1953. L’accord avait été négocié selon trois accords, dit Pactes de Madrid, durant la présidence du Président Dwight Eisenhower, l’ancien commandant en chef des forces alliées sur le Front de l’Ouest durant la Seconde Guerre mondiale.

Le contexte de l’accord était un isolement de l’Espagne, depuis la Guerre Civile espagnole et la victoire des franquistes (1936-1939). Bien qu’ayant résisté aux avances d’Adolf Hitler pour entrer en guerre contre l’Angleterre (1940-1941), la fin des régimes fasciste et nazi en Italie et en Allemagne, laissait l’Espagne comme l’unique pays d’Europe dirigé par un régime fasciste. Jusqu’à la mort de Franco (1975), et bien après, l’Espagne fut d’ailleurs le refuge d’anciens collaborateurs des nazis et de toute une faune de nostalgiques des deux régimes totalitaires.

L’accord fut signé par une convergence commune en pleine Guerre Froide, contre l’URSS. Voulant s’assurer un « partenaire » utile, les États-Unis entamèrent des démarches. Ils offrirent une aide économique et militaire de 500 millions de dollars, pour l’utilisation de trois bases aériennes (Madrid, Aragon, Séville) et du port de Cadix. L’accord précisait que les bases et installations restaient sous le drapeau et commandement espagnols. Au moment de l’écroulement de l’URSS, les Américains se retirèrent des bases aériennes des régions de Madrid et d’Aragon (1991 et 1992), mais restèrent dans la base aérienne de Moron (Séville) et dans le port de Cadix.

L’Espagne refuse l’utilisation de ses bases pour l’agression de l’Iran. Il n’y avait pas eu d’incidents depuis cette signature, malgré des protestations légitimes de politiques et de citoyens, sur la fin nécessaire de cette présence militaire. Après la mort de Franco, l’Espagne avait suivi un chemin de rapprochement, notamment vers l’Union européenne et l’OTAN. Dès le 30 mai 1982, le gouvernement espagnol avait décidé de rallier l’organisation de l’Alliance Atlantique Nord, qui fut ratifiée par un référendum populaire (1986). Des négociations avaient été entamées avec l’UE depuis l’année 1977, conduisant à la signature de l’adhésion à l’union, le 12 juin 1985, et son entrée en vigueur, le 1er janvier 1986. L’Espagne, contrairement à la France, reçut dès lors plus de l’UE qu’elle ne versa d’argent, provoquant une certaine modernisation du pays et effaçant symboliquement la période franquiste… en tombant dans un autre piège. L’adhésion à l’UE est restée cependant dans l’opinion publique espagnole un sujet de consensus, du moins dans les premières décennies, l’OTAN restant beaucoup moins populaire. L’incident est venu finalement de l’agression de l’Iran, par les États-Unis et Israël (28 février 2026). Immédiatement, l’Espagne a interdit aux Américains d’utiliser leurs deux bases pour s’attaquer à l’Iran, d’une manière ou d’une autre. L’affaire avait provoqué la colère de Donald Trump, des menaces de rupture, d’isolement de l’Espagne et un flot de propos agressifs. Un peu timidement, le reste de l’Union européenne avait toutefois apporté son soutien à l’Espagne, en ordre plutôt dispersé.

L’Espagne persiste et répond par la fermeture de son espace aérien aux avions militaires américains. Après un feuilleton épique, notamment de déclarations de plus en plus menaçantes de Trump, l’Espagne vient donc de fermer son espace aux avions militaires US (30 mars). Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, avait même déclaré cette guerre : « illégale devant le droit international et notamment devant les institutions de l’ONU ». Furieux, Trump avait promis de cesser tous les échanges commerciaux avec l’Espagne, de provoquer son isolement et reprochant à l’Espagne de ne pas respecter son accord avec l’OTAN, à savoir l’investissement dans sa défense, d’au moins 5 % de son PIB. Les menaces étaient d’expulser l’Espagne de l’OTAN. Ayant tenu bon, cette nouvelle déclaration des Espagnols, n’est cependant pas commentée dans les médias et tombe un peu plus d’un mois après le début de la crise. Plusieurs hypothèses sont possibles : une réponse ferme et définitive de l’Espagne aux USA, des manœuvres souterraines des Américains, notamment le non respect de cette interdiction, avec le survol de l’Espagne. C’est certainement le plus probable, aussi Madrid a maintenant interdit formellement à ces avions américains de survoler son territoire.

Une question reste, car il semble assez peu probable que les États-Unis se couchent devant l’Espagne. Il y a des chances que ce survol soit toujours opéré par les Américains et peu de chances que Madrid défende son espace aérien contre cette « intrusion ». Malgré tout, l’importance des bases, notamment l’important port de Cadix, ne doit pas être sous-estimé. L’Espagne et le Portugal sont en effet les pays le plus à l’Ouest de l’Europe, faisant face à l’Océan Atlantique. Des bases américaines ont existé un moment au Maroc, mais ont été évacuées en 1963, suite à un accord signé avec… Eisenhower (en 1959). Précédemment, le général américain Greenway avait émis l’idée de relocaliser les deux bases US d’Espagne… au Maroc (été 2025). Malgré tout, les USA possèdent assez de bases en Europe, plusieurs dizaines, pour que l’interdiction espagnole puisse être contournée. Les principales bases US se trouvent au Groenland, en Islande, en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni, en Norvège, en Grèce, en Bulgarie, en Pologne, dans les pays baltes et désormais en Finlande et Suède. Mais la problématique était que l’Espagne semblait un maillon de sa ligne logistique.

Affaire à suivre.