Désarmement des policiers municipaux : de la police du Tigre à celle de Bagayoko

Désarmement des policiers municipaux : de la police du Tigre à celle de Bagayoko

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Une polémique est en train d’enfler en France et bien que locale autour de la commune de Saint-Denis, prend désormais une dimension nationale. L’affaire hélas est reprise par des partis politiques, les deux extrêmes s’affrontant comme toujours. D’un côté LFI, de l’autre le RN, alors que la passe d’armes ne fait que commencer. Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko veut en effet procéder au désarmement progressif et complet des policiers municipaux, provoquant la grogne des fonctionnaires et la tentative de dizaines d’entre eux de trouver des emplois dans d’autres communes. Retour dans l’Aurore Nouvelle, d’un fait de société, qui vire au conflit politique, mais aussi sur l’histoire de la police en France, de celle du Tigre, Georges Clemenceau, à celle rêvée par Bally Bagayoko.

Mais qui est Bally Bagayoko ? Il naquit le 31 juillet 1973, dans une famille nombreuse de migrants maliens, à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine. De cette France très modeste et des banlieues, il vécut dans les HLM et devint vendeur sur des marchés dès l’âge de 15 ans. Cependant, il fit des études supérieures, obtenant une maîtrise en Sciences et Techniques, étudiant à l’Université de Paris 8. Il suivit un parcours sportif de haut niveau, devenant joueur semi-professionnel dans la discipline du basket-ball, obtenant un diplôme d’État d’entraîneur et œuvrant dans le club de Saint-Denis Union Sport. Toutefois, il entra à la RATP, comme employé et cadre et devait rester dans l’entreprise jusqu’à nos jours.

Une carrière politique du PCF à LFI. Il commença une carrière politique dans le Parti Communiste Français, repéré par le maire de Saint-Denis, pour son profil idéal : un jeune issu de l’immigration, dynamique, intégré, sportif, le tableau idéal (2001). Il se présenta aux élections municipales de Saint-Denis, sur la liste du PCF, élu adjoint au maire de la ville (2001). Il fut chargé du sport, des grands événements, de l’emploi, de la formation et de l’intégration sociale. Il devait monter en puissance et cumuler bientôt les mandats. Il fut élu au Conseil général de la Seine-Saint-Denis, soutenu par le PCF (mars 2008), mais la décadence du parti étant déjà très avancée, le parti moribond, il passa dans les rangs de LFI et rallia Jean-Luc Mélenchon (2012). Il fut nommé animateur du groupe d’action local de la France Insoumise à Saint-Denis.

Il se présenta aux municipales 2020, comme tête de liste pour le Parti de La France Insoumise, mais essuya un échec, en ne recueillant que 18 % des voix au premier tour. Il préféra jouer la carte des magouilles politiques et fait intéressant, préféra se démettre au profit de Mathieu Hanotin, Parti Socialiste, Gauche Caviar, qui remporta l’élection et la mairie. Cela mettait fin à 75 ans de domination communiste dans la ville de Saint-Denis, une défaite historique. Il se représenta de nouveau aux Municipales 2026, chef de file de la liste « Ensemble, retrouvons l’espoir ! », avec une alliance entre LFI et le PCF. Il réussit à écraser son concurrent socialiste et maire sortant, obtenant 50,77 % des voix, élu maire au premier tour et laissant loin derrière Mathieu Hanotin, avec seulement 32,70 % des voix. Notez cependant que la commune de Saint-Denis avait fusionné avec celle de Pierrefitte-sur-Seine, portant la population à 150 000 habitants et faisant de Saint-Denis la deuxième ville d’île de France après Paris.

La campagne fut particulier tendue et rythmée par des insultes, des accusations et des mauvais coups, entre LFI et le Parti Socialiste. Ce dernier avait accusé Bally Bagayoko : « d’avoir des liens avec des narcotrafiquants », une accusation pour détruire sa réputation. En réponse, Jean-Luc Mélenchon avait qualifié Mathieu Hanotin : « de petit bourgeois visqueux ». Les deux camps s’accusèrent d’irrégularités le jour du scrutin, de campagnes pour arracher les affiches, de menaces de mort, ou de l’utilisation illégale des moyens municipaux pour supporter la campagne. Une fois élu, Bally Bagoyoko proposait : « un bouquet pouvoir d’achat, incluant la maîtrise des loyers, des vélos pour les collégiens et un kit de rentrée scolaire gratuit ». Cependant, il était attaqué sur le manque d’effectifs de policiers à Saint-Denis et d’une quasi absence de lutte contre les narcotrafiquants. C’est alors que vînt l’affaire du désarmement de la police municipale

La Police du Tigre. Au début du XXe siècle, la police française fut confrontée à une mutation des sociétés, notamment dans la foulée de la Révolution industrielle et des progrès des sciences et techniques. La police française fut à cette époque profondément réformée, notamment à l’époque de Georges Clemenceau, « le Tigre », ce qui donna lieu plus tard à la célèbre série Des Brigades du Tigre. La police française et la gendarmerie furent confrontés à des défis d’importances, avec l’apparition d’un nouveau banditisme, sans parler de l’époque trouble des groupes anarchistes, qui pensaient que la révolution ne pourrait se faire que par l’action armée et le terrorisme. L’épisode de la fameuse Bande à Bonnot est resté célèbre (1912), non moins que la chasse qui fut menée pour l’arrestation de l’artificier anarchiste Ravachol. C’est lui et quelques autres qui avaient lancé la vague d’attentats terroristes (1892), année où Ravachol fut arrêté et promptement guillotiné. Pendant toute cette période, le crime organisé et les anarchistes, employèrent des moyens nouveaux. L’épisode de la Bande Bonnot mis fin à cette période, puis bientôt le début de la Grande Guerre (1914-1918). Les criminels employèrent des voitures, leur donnant une mobilité et s’équipèrent d’armes à feu. Les gendarmes opéraient notamment encore à cheval et étaient armés de sabres. Georges Clemenceau fonda les brigades mobiles, au nombre de douze (30 décembre 1907), réparties dans les principales villes de France. Elles étaient dotées pour la première fois de voitures et véhicules, suivaient des entraînements et utilisaient des méthodes scientifiques nouvelles, comme l’anthropométrie, la photographie, le fichage et des moyens de coordinations. Ces brigades obtinrent des succès spectaculaires et retentissants, notamment le démantèlement de la Bande à Bonnot (1912), ou encore l’arrestation du tueur en série Landru (1919).

De la naissance des polices municipales. C’est à la Révolution française que les maires des communes devinrent les responsables de la police dans leurs communes (14 décembre 1789). Cette police municipale fut une première fois réformée, par la loi municipale du 5 avril 1884, lui donnant un cadre juridique et fixant ses fonctions de maintien de l’ordre, de sûreté et de salubrité. Sous l’État de Vichy, le gouvernement de Pétain légiféra pour que les villes de plus de 10 000 habitants perdent leur police municipale au profit de la Police Nationale (1941). Suite à un rapport, dit rapport de Bonnemaison, un loi de décentralisation fut votée pour que les polices municipales puissent être de nouveau créées dans les plus petites communes (1982-1984). Dans cette période, beaucoup de communes créèrent alors des polices municipales, amenant d’ailleurs assez vite des problèmes et des concussions entre forces de l’ordre. Une nouvelle loi fut votée pour redéfinir les missions des polices municipales (1999), c’est le statut actuel des polices municipales qui se sont grandement multipliées et renforcées depuis les années 80. Pour exemple, la police municipale de Paris est devenue la deuxième force de police de France, comprenant plus de 22 000 policiers à ce jour.

L’expérience du désarmement de la police municipale que propose Bagayoko. La polémique est ici double, d’un côté la politique de désarmement proposée et commencée par le maire de Saint-Denis, qui dixit : « ne veut pas de cow-boys ». Cette politique s’appuie sur le fait que ces policiers seraient violents, ou enclins à le devenir en possession d’armes. Les polices municipales sont d’ailleurs souvent moquées en France et ont une piètre réputation, notamment de « policiers » qui auraient raté le concours d’entrée dans la Police Nationale, ou de retraités, vigiles et anciens militaires recyclés. Son impopularité est parfois grande, notamment dans les banlieues. L’autre facette de la polémique est l’opposition à ce désarmement. Le phénomène pourrait entraîner une totale impuissance de cette police, face à des gangs, le crime organisé, la petite ou grande délinquance, qui n’ont nullement l’intention de se désarmer. La ville de Saint-Denis se trouve effectivement au cœur d’une plateforme des narcotrafiquants, mais aussi dans l’un des plus violents départements de France, avec une criminalité endémique. La France est aussi devenue en 2025, la championne d’Europe pour le taux de criminalité et on observe une augmentation notable d’armes automatiques et de fusillades. Entre 2021 et 2024, les règlements de comptes et fusillades ont augmenté de 33 %. Dans la période 2021-2023, les saisies par les douanes ou les forces de l’ordre d’armes ont augmenté de 15 % (8 534 armes saisies en 2023). Dans les cas les plus extrêmes, ce sont même des armes de guerre, dont la fameuse Kalachnikov, qui sont de plus en plus présentes, arrivant surtout des Balkans, d’Ukraine, des USA, ou de Turquie.

Ce désarmement des policiers est-il réaliste ? Il part sans doute de bonnes intentions, du pacifisme militant, notamment prôné depuis toujours par la gauche. Mais force est de constater que dans les villes les plus violentes de France, qui concentrent l’essentiel des infractions, on trouve : Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Montpellier et… Saint-Denis. Paris est en effet la ville la plus dangereuse et la plus touchée par la criminalité, et Saint-Denis est la championne derrière la capitale pour les infractions, les attaques, les violences et les vols armés… Est-ce vraiment le moment de désarmer les policiers municipaux ? Désarmés ne seront-ils pas contraints à une inaction totale, ou même deviendront des cibles faciles pour les plus dangereux des criminels ? Enfin comment pourront-ils intervenir face à des narcotrafiquants surarmés alors qu’ils paraissent de toute façon totalement dépassés par les événements depuis plusieurs décennies ?

La polémique s’installe aussi sur le terrain d’une haine qui est peu commentée en France : la haine du policier. Sa montée en puissance est devenue si grande, que dès les années 90, les policiers étaient invités à ne plus circuler en dehors du service dans leurs uniformes, sous peine de violences et d’agressions… Un constat pour conclure : les gouvernements faibles et n’ayant pas la volonté de lutter contre la criminalité, frappant également les policiers régulièrement, ou les utilisant comme soupape de sécurité et victimes sacrifiées, ont conduit la France à devenir la championne d’Europe tout catégorique pour la criminalité… Il ne semble pas par ailleurs que des réformes ou même des résultats soient envisagés. Les budgets ont été minorées de longue date, les volontés politiques absentes ou paralysées par des blocages politiques ou dans la société elle-même. Enfin Georges Clemenceau est mort depuis longtemps… remplacés par des Bally Bagayoko qui souhaite désarmer sa police municipale, avec des bruits que d’autres maires LFI voudraient suivre ce chemin.

Le retour des sabres semble exclut… la manufacture d’armes de Versailles a fermé en 1818 et celle de Kligenthal en 1962… Les policiers pourront toujours tenter de « négocier » avec les criminels, ou s’entraîner à la course à pied, pour filer à l’anglaise le plus rapidement possible… mais peut-être un « Grenelle » de la Police et des réformes en profondeur sont-elles nécessaires ?