Lionel Jospin est mort hier, 22 mars 2026, âgé de 88 ans et retiré de longue date de la politique. Il fut une figure majeure de la Gauche Caviar, ancien Premier ministre et candidat à deux reprises au siège présidentiel (1995 et 2002). Il incarnait toute une époque, celle de l’après Mitterrand et la lente dégradation du Parti Socialiste, qui après avoir trahi son électorat, sclérosé par de très nombreuses affaires de corruption et divers scandales, conduisit à l’incroyable défaite du PS et de Lionel Jospin lors de l’élection présidentielle de 2002. Cet échec, celui de toute une politique fut un choc énorme en France, lorsque Jospin, persuadé de sa présence au second tour de l’élection, fut battu par Jean-Marie Le Pen, président du Front National et se retira après un discours pathétique de la politique. Mais moins nombreux sont ceux qui connaissent le père… Robert Jospin, une plume de la collaboration, antisémite et ami constant du père français du négationnisme, qui eut bien du mal à se justifier après la Libération et fut mis au purgatoire pendant une grosse décennie. Voici l’histoire des « deux Jospin », deux hommes qui ont laissé un triste bilan, mais dont la propagande d’État, notamment pour le fils, tente de parler : « d’une tentative rare de gouverner dans la Ve République sans renier ses convictions ». Voici leurs parcours dans l’Aurore Nouvelle :
Robert Jospin le pacifiste devenu collaborateur. Il naquit à Saint-Quentin, dans l’Aisne, le 9 juin 1899. Il venait d’une famille protestante très pratiquante, un fait qui marqua son parcours. Durant la Première Guerre mondiale, il connut l’occupation allemande et fut évacué vers la Belgique (1917). Bien qu’il n’eut pas combattu, il développa un pacifisme absolu et presque fanatique. Par l’héritage familial, son père étant évangéliste, il monta à Paris pour étudier la théologie, mais abandonna après deux ans, se découvrant « athée » (1918-1920). Il devint enseignant et s’engagea dans le Mouvement de Jeunesse protestante, puis adhéra à la SFIO, l’ancêtre du Parti Socialiste (1924). Il glissa au contact de célébrités, vers les mouvements libertaires et anarchistes, devenant une plume des journaux Le Libertaire, La Patrie humaine et participa à l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure. Il s’engagea par son pacifisme dans la Ligue internationale des combattants de la Paix. Bien que considéré comme bon orateur, son lancement en politique fut un échec, alors qu’il échoua à se faire élire au Palais Bourbon dans l’Indre (1936), puis dans un modeste siège de conseiller, aux cantonales de l’Oise (1937). Après la défaite de 1940, il entra dans une organisation collaborationniste, la Ligue de pensée française, dirigée par René Château soutenant Pierre Laval, le chantre de la collaboration. Il écrivit ensuite dans les lignes du journal collaborationniste Germinal (1944), puis accepta un poste de conseiller municipal à Meudon (mai 1944), de l’administration de Vichy. Inquiet des conséquences, il prit ses distances du journal et affirma : « je ne crois pas la chose convenable, compte tenu de ce qu’ont été nos erreurs et peut-être nos crimes »…



Le long chemin de repentance de Robert Jospin. Après la Libération, il fut inquiété, ayant toutefois rendu quelques services à des résistants. La sanction tomba, d’abord sa révocation comme enseignant, puis son exclusion de la SFIO pour sa collaboration avec l’ennemi. Il ne se fit pas vraiment petit… en rejoignant la revue Voix de la Paix, de son ami Paul Rassinier, le futur père français du négationnisme et révisionnisme à propos de l’Holocauste et des chambres à gaz (années 50-70). Il rejoignit un parti de gauche peuplé d’anciens collaborationnistes, le Parti socialiste démocratique de Paul Faure, mais il fut réintégré dans la SFIO, après dix ans d’ostracisme (1955). il soutint alors Guy Mollet, notamment sur le sujet de la guerre d’Algérie. Il s’était recyclé comme éducateur pour des mineurs délinquants, devenant à la fin de sa carrière, le directeur d’un centre à la Ferté-sous-Jouarre (jusqu’en 1966). A la fin de sa vie, il tenta vainement de justifier son action, apparaissant dans des interviews, où il tentait de « réécrire » l’histoire et surtout son parcours. Paradoxalement, il devînt une figure « respectée du pacifisme libertaire », au moment de la Révolution de Mai 68, l’extrême-gauche préférant oublier le lourd passé de « l’orateur ». Il se refusa toutefois à suivre son fils dans le Parti Socialiste, lors de sa fondation (1971) et prit des positions antisémites et antisionistes radicales, liées notamment à son ami Rassinier et refusa toute sa vie de dénoncer ses théories et l’homme. Avec la montée en puissance de son fils dans le Parti Socialiste, la presse s’intéressa enfin à son passé (1984-1985). Père et fils restèrent dans le déni et tentèrent de minimiser les faits. Il mourut le 9 mais 1990, à Garches, mais un film de propagande sur sa vie, qui sortit quelques jours après sa mort, fit scandale. Le film tentait de gommer tout le passé collaborationniste de Robert Jospin, en le faisant passer pour un « héros du pacifisme libertaire ». Le discours ne passa pas, au point que son fils Lionel ne reviendra ensuite plus jamais sur l’histoire paternelle, déclarant : « il avait des convictions parfois excessives, mais jamais intéressées »…



Lionel Jospin, le militant trotkiste et la CIA. Lionel Jospin naquit à Meudo, le 12 juillet 1937, dans une fratrie de 7 enfants. Il fit un parcours d’études supérieures, passant par la prestigieuse prépa-lettres d’hypokhâgne, puis entrant dans deux usines des chiens de garde, d’abord Sciences Po et enfin l’ENA, dont il fut diplômé en 1965. Il rejoignit pendant la période l’Organisation communiste internationaliste, l’OCI, une officine financée en sous-main par la CIA et niera ensuite pendant 20 ans, malgré l’énormité du mensonge, avoir fait partie de cette organisation (il finira par l’avouer en 2001). Il participa aux émeutes et agitations de Mai 68, là encore de nombreuses pistes menant à la CIA, mais un gros travail des historiens reste nécessaire. Il devait abandonner ses convictions trotskistes, pour rejoindre par opportunisme le Parti Socialiste, dès sa fondation (1971). Très rapidement il fut un des poulains de François Mitterrand, au point de devenir président du parti (1981-1988). Il fut ensuite poussé par la Gauche Caviar, d’abord nommé Ministre de l’Éducation nationale (1988-1990), l’un des fossoyeurs controversés de l’Éducation nationale, par des réformes pendables. Parmi elles, le Protocole Armée-Éducation, ou encore la réforme des baccalauréats qui détruisit à moyen et long termes la filière des littéraires. Sous son ministère calamiteux, se déroulèrent la révolte et les manifestations étudiantes de 1990, réprimées par la force.



Lionel Jospin le cumulard de mandats avide de fonctions. Il avait été par ailleurs un cumulard compulsif de mandats. D’abord élu conseiller de Paris (1977-1986), mais également député européen (1984-1988), élu à l’Assemblée nationale pour la ville de Paris (1981-1986), puis dans la Haute-Garonne. L’apparatchik du PS y fut député à trois courtes reprises (entre 1986 et 1988 et en 1997). Il s’était accroché comme un forcené à un siège de conseiller général du canton de Cintegabelle, également en Haute-Garonne (1988-2002), cumulant aussi le poste de conseiller régional de Midi-Pyrénées (1992-1997). Le fait de sa carrière fut de revenir à la direction du Parti Socialiste (1995-1997), tentant de s’installer dans le siège de l’Élysée (1995). Bien que terminant premier au premier tour, se frottant déjà les mains, il fut finalement vaincu par Jacques Chirac. Toutefois par les jeux politiques et des élections législatives, il fut nommé Premier ministre, avec une longévité importante (1997-2002), s’imaginant tenir enfin sa victoire dans l’élection présidentielle de 2002. Interrogé sur la possibilité de ne pas passer le premier tour, Lionel Jospin fit des réponses méprisantes qui restèrent dans l’histoire. Éliminé face à Jean-Marie Le Pen, à 16,86 % contre 16,18 %, sa déception et son amour-propre furent si forts, qu’il déclara le jour même de sa déroute : « Je tire les conséquences de cet échec et je me retire de la vie politique » (21 avril 2002). Après le retour des socialistes au pouvoir, et une éclipse jusqu’au Président Hollande (2012), il accepta le très lucratif poste de membre du Conseil constitutionnel (15 000 euros par mois), qu’il occupa pendant un peu plus de 4 ans (2015-2019).



Moins connus sont les 8 livres publiés par Lionel Jospin (entre 1991 et 2022), pour l’essentiel de la propagande socialiste, de réécriture de son passé, de celui de son père, mais aussi d’un scandaleux ouvrage, où il s’improvisa historien, dans son Le Mal Napoléonien, un ode à la légende noire et à la destruction du roman national français (2014). Il avait osé l’année précédente se raconter dans son Lionel raconte Jospin (2013), puis dans un dernier sursaut d’orgueil, publia son Construire l’alternance (2022), dans une dernière tentative de déni et de réécriture de sa trajectoire. Du père au fils… on ne se refait pas… La presse aux ordres déclara hier : « un hommage unanime de la classe politique ».
Notes : à propos de Rassinier, voir les travaux majeurs de mon cousin, Florent Brayard, expert du personnage, qui défendit une thèse de doctorat sur Rassinier et devînt l’un des chercheurs du CNRS. Il publia l’ouvrage Comment l’idée vint à M. Rassinier (1996).
