Officiellement, la corruption serait faible en France et dans la fonction publique, mais les faits se multiplient et s’entassent depuis les années 70-80. Le régime fait valoir cette France, du « pays des Droits de l’homme », un État qui serait de droit et où la corruption n’existerait pas ou peu. Pour cacher la misère, les médias français parlent souvent de corruption dans d’autres pays, se plaisant à montrer du doigt des pays de l’Europe de l’Est ou d’Afrique. Dernièrement, l’affaire Stéphane Haussoulier a démontré une fois de plus, que la France était sclérosée par une corruption de ses administrations, de la fonction publique, des milieux politiques. Le nombre d’affaires a explosé, notamment depuis les présidences de François Mitterrand et Jacques Chirac, avec un nouveau pic depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron.
Qui est Stéphane Haussoulier ? Il naquit à Saint-Valery-sur-Somme, une commune de la Somme vers 1968. Il fit des études supérieures à l’Université de Picardie, pour devenir ensuite un cadre du secteur privé. Très vite, il s’engagea en politique, se présentant devant les urnes, pour l’élection municipale de sa ville natale. Il fut élu conseiller municipal sous les couleurs de l’UDF (1989), devenant un important baron local. Il fut réélu sans discontinué à ce poste (1989-2001), jusqu’à emporter la mairie (2001-2020). Il ne tarda pas à cumuler des mandats, d’abord président de la Communauté de communes de la Baie de Somme Sud (1998-2017) et conseiller départemental du canton d’Abbeville (2015), réélu (2021, officiellement en poste jusqu’en 2028). Pour la mairie de Saint-Valery-sur-Somme, il avait toutefois démissionné (novembre 2020), mais tout en restant premier adjoint. Il était passé dans les rangs de l’UMP, vers l’époque de la présidence de Nicolas Sarkozy, puis naturellement au Parti Les Républicains. Il fut élu président du Conseil départemental de la Somme (démission le 6 décembre 2024), le parcours lui ouvrant des perspectives encore plus grandes. Il avait déserté son parti politique (décembre 2017), bientôt un soutien zélé d’Emmanuel Macron, au moment de l’élection présidentielle de 2022. La récompense ne tarda pas à tomber, le président l’élevant au titre de chevalier de la Légion d’honneur (13 juillet 2022). L’homme espérait sans doute une protection politique, car entre temps, l’affaire Haussoulier avait éclaté (mars 2022).

Les escroqueries et la vie de château du sieur Haussoulier. L’affaire éclata en mars 2022, par un courrier adressé au procureur d’Amiens, de Laurent Somon, prédécesseur d’Haussoulier à la présidence du département. Il joignait un rapport de la chambre régionale des comptes, autour de demandes de remboursements suspectes. La justice diligenta une enquête qui exhuma 31 délits (pour la période 2016-2023), notamment des abus de confiance, le blanchiment d’argent, des escroqueries et d’autres accusations, pour le détournement de fonds estimé à au moins 370 000 euros. Haussoulier avait pu mettre en place des mécanismes, par ses fonctions de marie, de vice-président puis président du département de la Somme, mais il était aussi président du syndicat mixte de la Baie de la Somme et aussi le secrétaire de la Fédération régionale des travaux publics des Hauts-de-France… La justice prouva qu’il émettait des notes de frais, mais qui étaient remboursées au double, voire au triple, pour des frais de déplacement ou de restauration. Il utilisait aussi des cartes bancaires professionnelles pour des dépenses personnelles. Le vampire s’offrait de la nourriture de luxe ou des pâtisseries chez Pierre Hermé, des produits de soins, des prestations en spa et des massages, des soirées dans des cabarets, y compris dans des clubs de strip-tease, des restaurants prestigieux (notamment le prestigieux Georges V, à Paris) et retirait des sommes en espèces conséquentes, pour des utilisations inconnues. L’enquête mis en exergue au moins 173 notes de frais frauduleuses… qu’il contesta par « de la négligence et la maladresse ». Notez que le préjudice principal concernait son emploi comme cadre dans la Fédération Régionale des Travaux Publics (FRTP), un organisme de la fonction publique et qu’il détourna dans son sein plus plus de 280 000 euros, sur les 370 000 qu’il avait dérobé.
Le macroniste sous pression tenta de s’accrocher aux branches. L’affaire était déjà… en marche, lorsqu’il fut médaillé par le Président Macron (juillet 2022) et il fallut la pression de 14 élus dans le conseiller du département, pour qu’il consente à regrets à démissionner (6 décembre 2024). Fait incroyable, il ne fut pas déposé de son poste de conseiller départemental, restant à ce poste jusqu’en 2028. Son passé judiciaire était déjà lourd, avec une affaire de favoritisme, alors qu’il était aussi… président du service départemental d’incendie et de secours de la Somme (2016). Une première instance l’avait relaxé (2019), mais le parquet avait fait appel conduisant à sa condamnation pour favoritisme et une amende de 5 000 euros (2021). Une seconde affaire avait éclaté, alors qu’il avait : « humilié publiquement une salariée du Conseil départemental de la Somme ». Il fut condamné par le tribunal d’Amiens pour diffamation, à une amende de 2 000 euros (23 mai 2024). Sa morgue et son arrogance se calmèrent ensuite quelque peu. Il n’osa pas se représenter pour les élections municipales de Saint-Valery-sur-Somme et laissera là aussi avec regret sa place dans le conseil municipal, où il grenouillait encore. Il fut condamné à 3 ans de prison avec sursis, 30 000 euros d’amende et 3 ans inéligibilité, en première instance à Beauvais. Pour bloquer la condamnation et rester encore en place dans son dernier mandat, il fit appel. La Cour d’appel d’Amiens qui s’est tenue le 11 mars 2026, a été implacable : 4 ans de prison, dont 1 an ferme, mais aménagé sous bracelet électronique, une mesure coupable pour lui éviter la fréquentation « de la piétaille ». Il a été aussi condamné à 5 d’inéligibilité. L’histoire ne dit pas s’il continue à fréquenter les pâtisseries, les clubs où se prélassent des entraîneuses et les « cabarets », en compagnie de bons amis… Mais pour bloquer de nouveau la condamnation, Stéphane Haussoulier a indiqué qu’il avait l’intention de se pourvoir en cassation… Officiellement, il est toujours innocent et affiche toujours la rosette de la Légion d’honneur. La Fédération Régionale des Travaux Publics a refusé de se porter partie civile au procès… les bons amis restent des bons amis ! La fine équipe pourra toujours l’inviter à quelques orgies pour le consoler de s’être fait prendre.
