Meurtre d’Agnès Lassalle : l’effarant état de l’Éducation nationale

Meurtre d’Agnès Lassalle : l’effarant état de l’Éducation nationale

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La violence dans les établissements scolaires ne date pas d’hier, mais depuis quatre décennies, on observe une explosion de cette dernière, notamment dans les établissements du secondaire. Ces violences sont souvent des agressions de professeurs ou de personnels des établissements, par des élèves, plus rarement l’inverse, mais des cas existent. Agnès Lassalle était une professeur d’espagnol, qui a été poignardée et assassinée dans sa salle de classe, par l’un de ses élèves âgé de 16 ans, le 22 février 2023.

Dans cet article de l’Aurore Nouvelle nous nous pencherons sur les cas d’assassinats et meurtres de professeurs par leurs élèves, ou d’autres personnes, depuis la présidence de François Mitterrand, jusqu’à nos jours, en donnant également les derniers chiffres d’une situation inquiétante et qui se généralise dans les établissements : haine, violences, agressions, harcèlements, criminalité, l’état de l’école en France n’a jamais été aussi préoccupant.

Vous apprendrez les derniers chiffres effarants sur la situation de l’Éducation nationale, des dizaines de milliers d’agressions de professeurs par an, au point que l’immense majorité « ne se sent pas respectée » par leurs élèves… et que les autres ont peur. Constat terrible alors qu’il ne peut y avoir qu’un coupable : le régime, les gouvernements, qui refusent toujours de se pencher sur la question et ont au contraire aggravé la situation, en abandonnant le corps enseignant, en transformant les écoles en arènes politiques, en agressant psychologiquement les enfants, en manipulant les programmes… en supprimant, retranchant et détruisant ce qui faisait autrefois de l’école républicaine, un exemple.

Combien d’assassinats de professeurs en France ? Ces faits sont rares, heureusement et l’on décompte 10 assassinats de professeurs dans le pays, depuis l’année 1983. Il est intéressant de noter que 9 d’entre eux ont eu lieu sous les présidences de seulement trois présidents : François Mitterrand, François Hollande et Emmanuel Macron.

Sous François Mitterrand : 3 assassinats, ceux d’André Argouges, poignardé par un élève à Grenoble (10 mai 1983), de Vicente Andres, professeur tué par un élève dans sa classe à Castres (13 mars 1984), et de Pierre Pauwels, professeur tué par un élève de 15 ans, à Canteleu, en Seine-Maritime (19 février 1992).

Sous Jacques Chirac : 1 assassinat, celui de Michel Antoine, professeur tué à Dax, par deux jeunes, dont un ancien élève (15 août 1996).

Sous François Hollande : 2 assassinats, ceux de Jonathan Sandler, professeur tué par le terroriste Mohammed Merah, à Toulouse (19 mars 2012), et de Fabienne Terral-Calmès, institutrice poignardée à Albi, par la mère d’un élève.

Sous Emmanuel Macron : 4 assassinats, ceux de John Dowling, professeur d’anglais assassiné à Courbevoie, par un ancien étudiant (5 décembre 2018), de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie assassiné à Conflans-Sainte-Honorine, par un fanatique islamiste pour avoir montré des caricatures de Charlie Hebdo dans ses cours (16 octobre 2020), d’Agnès Lassalle (22 février 2023) et de Dominique Bernard, professeur de français poignardé à Arras par un ancien élève « radicalisé », en réalité par un fanatique se réclamant de l’État islamique (13 octobre 2023).

Que constate-t-on ? Plusieurs choses à déduire de cette triste liste, c’est sous des régimes de gauche et de la Macronie qu’ils ont été massivement commis. Ceci amène des questions sur le pourquoi, qu’il faut trouver sans doute dans le discours communautaire et haineux diffusé par le régime. Je surprends sans doute en l’affirmant, mais pour des raisons politiques le régime fait de la surenchère, attise la haine sur le sujet de la laïcité et s’attaque à des religions, ou soutient ouvertement des positions agressives contre des pays du monde musulman, citons les participations militaires directes on indirectes, contre l’Afghanistan, la Libye, la Syrie, l’Iran, le Yémen, ou dans des pays d’Afrique (3 assassinats sur 10 en rapport avec les fanatiques islamistes). La communautarisation de la République permet certes son contrôle plus efficacement (diviser pour mieux régner), mais avec de graves conséquences. La pression sur les enfants et adolescents de l’idéologie du système, dans un cadre justement en principe laïc, n’arrange évidemment pas les choses, avec des programmes politisés, notamment dans les matières littéraires, français, histoire, philosophie, etc. Ce n’est donc pas un hasard si l’immense majorité des professeurs assassinés enseignaient des matières littéraires. Le propos n’est pas de les accabler ou de les rendre coupables, mais d’accuser le gouvernement de manquements, les envoyant au massacre, dans une école qui ne remplit plus ses missions. Deux choses sont aussi à souligner : une concentration géographique, et un record sous la Macronie, qui ne cesse d’aggraver le problème et récolte le triste record sur une période de 43 ans, cumulant 4 assassinats sur 10, en seulement 5 ans.

Des chiffres ? Ils sont catastrophiques… l’an dernier 67 % des enseignants ne se sentaient pas respectés, 21 % des écoles ont signalé au moins un incident grave, 800 armes blanches ont été saisies lors de contrôle, 56 % des professeurs s’autocensurent dans leur enseignement, contre 36 % en 2020-2021… C’est aussi 12 % de tous les professeurs qui ont été agressés pour des raisons religieuses, alors qu’en 2019-2020, 58 500 enseignants avaient subi des menaces, des agressions, des coups, des harcèlements et 900 d’entre eux furent agressés avec des armes. Le nombre de protection fonctionnelle, d’aide juridique et psychologique pour les enseignants a explosé entre 2020 et 2023, passant de 2 218 cas, à 4 949. Les violences se situent à tous les niveaux d’enseignements, des écoles maternelles (14 %), primaires (42 %), aux collèges et lycées (44 %). Les agresseurs ne sont pas toujours les élèves, mais dans 30 % les familles des élèves.

L’assassinat d’Agnès Lassalle. Elle avait 53 ans, professeur d’espagnol expérimentée, enseignante au lycée Saint-Thomas-d’Aquin, à Saint-Jean-de-Luz, au Pays Basque. C’est pendant son cours, peu avant 10 heures, que Tom P., élève en classe de seconde s’était levé calmement, avait bloqué la porte de la classe, sortit un couteau de 18 cm de long camouflé dans son sac la veille et qui avait porté un coup mortel à sa professeur. Touché en plein cœur, elle agonisa sans que les secours puissent lui venir en aide. L’assassin s’était ensuite réfugié dans une salle attenante, avant d’être interpellé (22 février 2023).

Son procès se déroulera à huis-clos, car il était mineur au moment des faits et aura lieu à Pau, du 21 au 24 avril 2026. La problématique sera de décider s’il s’agit d’un cas psychiatrique et dans ce cas, il ne sera pas justiciable, ou alors s’il était en pleine possession de ses moyens. L’accusé avait indiqué : « entendre des voix et obéi à une petite voix le jour du drame ». Cependant les premiers experts conclurent à des tentatives de manipulations et mensonges et qu’il n’y aurait pas d’altération du discernement. Une contre-expertise nota toutefois qu’il y avait une altération, l’adolescent souffrant d’une dépression sévère. Enfin une dernière expertise menée en novembre 2024, avait conclu à l’abolition du discernement et donc son incapacité à une sanction pénale. Le procureur de la République sur ces bases contradictoires a ordonné la tenue du procès. La famille de la victime déclarait : « craindre qu’Agnès soit morte pour rien et d’un deuil impossible aggravé par la violence du crime et sa médiatisation ».

Quelles leçons pour l’État et l’Éducation nationale ? L’école semble s’enfoncer au fil du temps, alors que les alarmes lancées par les enseignants se sont multipliées depuis les années 90. Ayons une pensée et des prières pour tous ces professeurs, 10 martyrs de l’enseignement, ainsi que pour leurs proches et familles. Le constat est celui de l’impuissance de la population, la peur des enseignants, l’absence de réponses, mais peut-être justement faudrait-il chercher bien au-delà d’un ministère, mais des politiques qui ont créé cette situation… des idéologiques et de plusieurs décennies de renonciation, d’abandon de l’école et surtout des enseignants eux-mêmes. Pour avoir vécu ces violences moi-même, entre 2006 et 2010, dans un modeste poste de maître d’internat, je reste persuadé que la situation que j’ai connue dans ces années, était presque une plaisanterie par rapport à celle du moment présent… Le compagnon d’Agnès Lassalle, Stéphane Voirin déclarait : « ce n’est pas normal d’avoir à risquer sa vie dans un établissement scolaire. Il y a une montée de la violence dans l’Éducation nationale, avec plusieurs agressions graves chaque année… ma crainte aujourd’hui, c’est qu’on n’en tire pas les leçons et qu’Agnès soit morte pour rien ».