Apparatchiks de la République : le cas de Manuel Valls

Apparatchiks de la République : le cas de Manuel Valls

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Les politiciens professionnels sont un fléau de la République française, qui par ailleurs se manifesta dès la Révolution française. Hommes et femmes des partis, ils ne travaillent pas pour les intérêts de la Nation, encore moins ceux du Peuple français, mais « pour le parti ». Saint-Just avait évoqué précocement la problématique, depuis rarement reprise de cette zone trouble de la démocratie : les partis et les factions. Le phénomène s’est aggravé par l’apparition des politiciens professionnels, puis par des lobbyistes dans leurs rangs. Ces derniers servent d’autres intérêts, la finance internationale, des oligarques, des géants des entreprises privées, de l’industrie, de la grande distribution, du tertiaire, etc.

Étienne Chouard est l’un des rares à avoir lancé des réflexions sur la neutralisation de ces politiciens professionnels : mandats uniques, non renouvelables, fin de la présidence, tirage au sort des élus, démocratie participative, référendums d’initiatives populaires, les pistes sont nombreuses. Durant l’Ancien Régime ces personnages influents achetaient des charges à la couronne, qui étaient héréditaires. Après le 9 Thermidor, puis le siècle des révolutions (XIXe siècle), la vie politique fut finalement kidnappée par « la République des Barras et des Tallien », une république bourgeoisie, endogame, liée aux intérêts privés susnommés. Ils ne sont pas la majorité de la population, mais cette minorité a confisqué le pouvoir et la plupart du temps les Français ne les connaissent pas, du moins juste par le prisme déformé et propagandiste des médias.

Aujourd’hui j’aborderai le cas d’un des plus scandaleux politiciens français, Manuel Valls. L’homme pourrait rentrer dans plusieurs des catégories que je traite dans l’Aurore Nouvelle, corruption, abus de pouvoir, mépris du Peuple français, mensonges éhontés, morgue sinistre, agent d’un pays étranger, girouette politique mangeant à tous les râteliers… Rarement un homme politique aura été aussi impopulaire et détesté, tout en affichant un carriérisme proche de la boulimie. Conseiller de deux Premiers ministres, il atteignit lui aussi Matignon et se voyait déjà président… La suite fut une trahison politique, une aventure espagnole, une condamnation pour des magouilles de campagne, le mariage avec une riche héritière et d’autres frasques dans le sein de la Macronie. Voici la triste vie de Manuel Valls… dont le dernier épisode fut son voyage… aux côtés de l’armée israélienne dans les ruines de Gaza.

Mais qui est Manuel Valls ? Il naquit à Barcelone, dans l’Espagne franquiste, le 13 août 1962. Plus tard, il raconta mensongèrement que sa famille était liée aux républicains espagnols… un mensonge éhonté, alors qu’il était originaire d’une famille franquiste aisée. Ses parents émigrèrent à Paris, son père étant un peintre réputé et il vécut dans le confort du quartier du Marais, dans un milieu favorisé d’intellectuels et d’artistes. Le mythe de la fuite… a la dent dure et est toujours repris dans les biographies manipulées de Valls. L’émigration de ses parents était économique et n’avait rien à voir avec une quelconque résistance contre le franquisme. Lui même toutefois participa à une manifestation après la mort de Franco, pour réclamer la libération de prisonniers politiques (11 septembre 1977). Sans doute honteux du passé familial, c’est sans doute à partir de cette date qu’il sortit de son chapeau « ses origines républicaines ».

L’entrée en politique. Il fit des études secondaires au prestigieux lycée Charlemagne, naturalisé français tardivement vers 1982. Il s’était encarté très jeune dans le mouvement des Jeunes Socialistes (1980), s’infiltrant rapidement par sa gouaille auprès des puissants, notamment de Michel Rocard et François Mitterrand. Il devint un conseiller politique du premier. Il avait durant ses études rejoint le syndicat étudiant UNEF-ID, étudiant l’histoire à la Sorbonne (licencié en 1986). C’est durant cette période qu’il rencontra deux personnages importants, Alain Bauer, improbable expert de plateaux, franc-maçon de haut grade et mis en scène comme « criminologue réputé », et Stéphane Fouks, futur dirigeant de Publicis. Il devint l’attaché parlementaire de Robert Chapuis, député de l’Ardèche (1983-1986) et ne devait quasiment jamais travailler de sa vie. Il fut élu conseiller régional d’Île-de-France (1986-2002), puis cumula le mandat de vice-président de la région (1998). Il intégra le cabinet du Premier ministre Michel Rocard (1988-1991), comme chargé de mission. Il fut immédiatement intégré à la franc-maçonnerie, dans l’obédience du Grand Orient de France, dans une loge non déiste et athée, la loge Ni Maîtres, ni Dieux (1988). Il se présenta ensuite aux élections municipales d’Argenteuil, devenant adjoint au maire (1989-2000). Il cumulait alors en 1998, pas moins de trois mandats.

L’ascension fulgurante d’un homme assoiffé de pouvoirs et d’honneurs. Il fut nommé délégué adjoint interministériel pour les JO d’Albertville (1991-1993), puis nommé Secrétaire national à la communication dans le Parti Socialiste (1995-1997). Il tenta alors d’enlever un siège à l’Assemblée nationale, dans la 5e circonscription de l’Oise, mais fut battu au premier tour (17,32 % des voix, 1997). Il fut alors nommé conseiller à Matignon, auprès de Lionel Jospin (1997-2002), conseiller en charge de la communication et de la presse (9 juin 1997-22 mars 2001). Il quitta Matignon pour se présenter à l’élection municipale d’Évry et fut élu au second tour (18 mars 2001-24 mai 2012). Il cumulait alors de nouveau 3 mandats et se présenta aux législatives pour le département de l’Essonne. Il fut élu, puis réélu à deux reprises (2002-2012), laissant toutefois immédiatement son siège en 2012, la consécration était proche. Il fit toutefois une erreur stratégique et soutint la candidature de Ségolène Royal pour le poste de premier secrétaire du parti, contre l’un de ses mentors, François Hollande (2008). Dévoré par l’ambition, il annonça même se présenter à la primaire du PS (2011), pour représenter le parti à l’élection présidentielle de 2012. Il fut toutefois écrasé dans l’élection, avec seulement 5,63 % des voix (9 octobre 2011). Cette fois-ci, il rallia François Hollande et fut nommé directeur de communication de sa campagne présidentielle. Une fois élu, la récompense tomba immédiatement, il fut nommé Ministre de l’Intérieur (16 mai 2012). Il dut démissionner de son poste de maire d’Évry (24 mai), ayant un peu résisté…

Manu la matraque, l’homme qui montrait les dents. Dans un contexte de dégradation rapide de l’opinion publique par rapport au PS et à François Hollande, avec l’apparition d’affaires comme celle de Cahuzac (2013), il s’imposa vite comme l’homme de la « situation » et fut nommé Premier ministre (2014-2016). Sa nomination intervenait après une déroute historique du PS dans les élections municipales. Il était alors encore populaire, malgré un début de dégradation de son image dans son bras de fer avec Dieudonné. Il déclencha vite une fronde dans son propre parti, avec une politique largement définie… non pas à gauche, mais libérale, voire ultralibérale. C’est à cette époque qu’il introduisit Emmanuel Macron dans le gouvernement, comme Ministre de l’Économie et soutint plusieurs de ses lois, notamment la Loi dite Macron (2015), qui ne passa qu’en employant à trois reprises le fameux 49.3. Sa popularité s’écroula rapidement, par son ton cassant, sa morgue, une violence contenue mais très visible et par l’apparition de vidéos où il soutenait la cause palestinienne, en corrélation avec ses déclarations de « soutien éternel à Israël ». Elle s’effondra complètement autour de la loi El Khomri ou loi Travail, provoquant des manifestations de masse et le mouvement Nuit Debout (2016). Là encore, dans la violence, il fit passer de nouveau la loi à grands coups de 49.3. Devenu le symbole du déni de démocratie, il s’imagina devenir un candidat plausible à la présidentielle de 2017, notamment lorsque François Hollande, conscient de sa propre impopularité et de sa défaite certaine, annonça ne pas se représenter. Il démissionna pour se consacrer à sa campagne d’abord dans le PS et la primaire annoncée (6 décembre 2016).

La trahison, Valls tombe le masque. Vaincu dans la primaire socialiste, il devait immédiatement trahir son propre camp, pour rejoindre Emmanuel Macron. Il redevint député de l’Essonne (7 janvier 2017), puis annonça son ralliement (29 mars 2017). Son image désastreuse, avec une réputation de dictateur violent, lui barra toutefois la route du soutien du Parti En Marche pour les législatives de 2017. Il se présenta sans étiquette et réussit à se faire réélire d’extrême justesse (50,3 % des voix), rejoignant alors le groupe LREM à l’Assemblée nationale. Ce choix politique désastreux devait lui valoir une longue traversée du désert, ses ambitions présidentielles enterrées, son ralliement à la Macronie étant perçu comme le summum du carriérisme, il devait hélas encore longtemps défrayer les chroniques… notamment judiciaires.

L’aventure catalane de Valls. Probablement à l’étroit dans son costume « de traître », il démissionna de tous ses mandats et indiqua qu’il allait commencer une nouvelle carrière politique… en Espagne, à Barcelone (25 septembre 2018). Il se rangeant dans les rangs du Parti anti indépendantiste catalan Ciudadanos, pour l’élection municipale (mai 2019). Il affirma comiquement qu’en cas d’échec, il se retirerait sans doute de la vie politique. Il fut battu à plat de couture avec seulement 13,2 % des voix, la sauce catalane n’avait pas pris. Malgré tout, il obtînt un siège au conseil municipal de Barcelone (2019-2021). Il se maria ensuite à une riche héritière espagnole du groupe pharmaceutique Almirail (septembre 2019). N’ayant pas réussi à s’implanter, il démissionna de son mandat catalan et rentra en France en convoquant la presse (août 2021). Cependant cette fuite correspondait au début d’une affaire judiciaire en Espagne. La Cour des comptes espagnole avait examiné ses comptes de campagne et découvert deux infractions. Valls avait touché une somme de 189 497 euros pour sa campagne, de l’Association Barcelona Capital Europea, structure aux connexions nébuleuses, qu’il n’avait pas déclaré. Enfin, pour se lancer en Espagne, il avait dépassé de 126 819 euros le plafond des dépenses autorisées pour une campagne politique. Plusieurs hommes d’affaires catalans et de la haute bourgeoisie de Barcelone et Madrid avaient aussi participé au financement de sa campagne, alors qu’il touchait une somme de 20 000 euros nets, une sorte d’emploi fictif, par un groupe d’entrepreneurs pour financer « sa survie » et sa campagne politique. Il fut condamné par la justice espagnole à une amende de 276 968 euros, l’amende la plus élevée jamais infligée à un candidat politique en Espagne.

L’éternel retour de Manuel Valls. Il travailla pour la première fois de sa vie, en devant chroniqueur pour les médias RMC et BFMTV. Son intention était sûrement de se repositionner derrière Emmanuel Macron, alors que la présidentielle 2022 approchait. Il soutint immédiatement sa candidature et fut adoubé par le parti présidentiel Renaissance, pour les législatives. Pour tenter malgré son impopularité de revenir à l’Assemblée nationale, il se présenta dans la 5e circonscription des Français de l’Étranger, comprenant l’Espagne, le Portugal, Andorre et Monaco. Capricieux, il refusa de retirer sa candidature face au candidat sortant macroniste et fut éliminé au premier tour (5 juin 2022). Désabusé, il disparut un moment de la scène, mais réapparut soudainement dans la manche de Macron… Il fut nommé ministre des Outre-Mer, où il n’avait aucune compétence (24 décembre 2024). Il fut alors impliqué dans le roman feuilleton de la Nouvelle Calédonie, avec l’accord Bougival (12 juillet 2025), bientôt contesté par les indépendantistes, malgré les affirmations de Macron : « qu’il s’agissait d’un accord historique ». Dans la crise suivante Sébastien Lecornu tenta de le maintenir, mais il fut finalement évincé (octobre 2025). Ombrageux, il affirma que son éviction : « était incompréhensible » et fit des déclarations amères, comprenant que probablement, sa carrière politique pouvait se terminer sur une nouvelle déroute… En janvier 2026… Valls fut invité par l’organisation pro-israélienne ELNET en Israël et : « en a profité pour visiter Gaza avec l’armée israélienne »… l’histoire ne dit pas encore s’il envisage une nouvelle carrière politique pour la mairie de Tel Aviv…