Les primaires sont une idée importée des États-Unis qui a fait son chemin en France. Les premiers militants pour « cette avancée » furent Charles Pasqua et Édouard Balladur à droite, pour des raisons politiques (1991-1993). Mais la première formation politique à organiser des primaires fut le Parti Socialiste, la gauche Caviar, dans des primaires dites fermées (accessibles seulement aux encartés du parti, 1995-2006). Plus tard, la gauche lança « la grande primaire », une élection dite ouverte et accessible à tous les Français, définie comme citoyenne (2011-2016). Depuis lors, elles sont présentées comme incontournables et même nécessaires, mais derrière la façade « démocratique » se cachent des raisons qui le sont beaucoup moins…
Dans cet article de l’Aurore Nouvelle je passerai en revue l’histoire des primaires en France, les scandales, les manipulations et surtout les vraies raisons qui ont imposé cet « outil politique » dans la République française. Nous parlerons de guerre psychologique, de show politique à l’américaine, de quêtes pour faire les poches des électeurs… de brassage médiatique autour des primaires, mais aussi de campagne politique « permanente ». C’est aussi un petit débat, vous pouvez donner votre avis en commentaires !



Les primaires en France. La première primaire fut lancée par le Parti Socialiste, une primaire fermée qui s’adressait aux membres du parti pour départager deux éléphants socialistes : Lionel Jospin et Henri Emmanueli. Environ 80 000 membres votèrent et choisirent Lionel Jospin (66%). C’est donc lui qui mena ensuite la campagne présidentielle, qui fut perdue par les socialistes, Jacques Chirac s’installant à l’Élysée pour longtemps (1995). L’idée fit son chemin dans les autres partis politiques : le Parti Les Verts organisa une première primaire ouverte (2002), bientôt suivi par le PS, dans une primaire semi-ouverte (2006). Là encore, l’annonce officielle était de départager trois candidats, Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Elle fut remportée haut la main par Ségolène Royal (61 %). L’année suivante, là encore, la candidate socialiste fut balayée dans l’élection présidentielle, face à Nicolas Sarkozy (2007). C’est alors que le PS pour des raisons de communication et d’impact sur l’électorat, organisa la « grande primaire » (2011). Elle était ouverte, mais fait nouveau, elle faisait les poches des participants, chacun devant verser 1 euro… L’opération fut un succès et une belle arnaque, car 3 millions de personnes votèrent, dans un scrutin à deux tours, où François Hollande fut choisi, au détriment de Martine Aubry. Médusés, les politiques du Centre et de la Droite n’oublièrent pas la leçon et lancèrent une primaire (2016), qui poussa François Fillon (66,5 %). Lui aussi fut vaincu l’année suivante, dans la marée du phénomène Macron (2017). Il ne fut pas choisi par une primaire…



Les petites magouilles des primaires. En plus de ponctionner parfois les électeurs participants, afin de remplir les caisses des partis, des premières affaires apparurent au sujet des primaires. Les candidats pour faire campagne en interne, devaient trouver de l’argent… Bruno Le Maire, politique de droite avait fondé un micro parti de campagne (« Avec BLM »), récoltant 2 millions d’euros, mais ayant du mal à financer ses prestataires. Il fallait en effet des affiches, du personnel, des frais de communication et là encore une dépense d’argent inutile dans un pays en crise. Il ne réalisa qu’un score de 2,4 %, bientôt en difficulté et une enquête fut ouverte. Le parquet financier estima bien plus tard… que l’affaire devait être classée (décembre 2023), pour « absence d’infraction ». Les primaires ont donc intégré des manœuvres politiques à la fois à l’intérieur des partis, la recherche de finances, notamment pour répondre aux moyens à mettre en œuvre pour ces « élections privées », mais aussi tout un battage médiatique suspect. Elles ont dans le même temps exacerbé le clientélisme politique, des problèmes de transparence et surtout dans un vide juridique n’étant pas passées par le vote des assemblées, ou une modification de la Constitution.



La guerre psychologique et cognitive contre la population française. L’organisation des primaires a aussi créé une situation dangereuse. Il y a en effet un battage médiatique intense qui se situe souvent bien avant l’élection présidentielle (entre 1 an et demi et de 2 ans). Les primaires allongent donc les campagnes politiques, envahissant les médias et faisant du bruit autour d’élections qui n’ont pas de légalité démocratique réelle. Devenues une affaire nationale, les électeurs sont pris en otage et manipulés pour y participer. Cette guerre a pour but d’installer dans l’opinion publique, à la fois l’illusion « d’une belle démocratie », mais aussi d’un jeu télévisé, le fameux show à l’américaine. Dans un contexte où le premier parti de France est celui des abstentionnistes, les primaires sont un moyen de tenter d’influencer les populations à retourner aux urnes. Plus la campagne est longue, plus le discours propagandiste s’installe dans les médias, sorte de message subliminal : « va voter c’est pour ton bien !!! ». Une autre subtilité pour des partis parfois en peine de trouver des adhérents, c’est aussi de tenter d’attirer de nouvelles personnes, dans un mouvement qui paraît au départ… magnifique. Il y a alors ceux qui participent « au jeu » et qui gagneront… et ceux qui n’y participeront pas, qui seront les perdants et devront se taire… Avec la réduction du mandat présidentiel du septennat au quinquennat, les élections se sont d’ailleurs multipliées et accélérées. Tous les 5 ans, les Français sont sous pression d’une nouvelle élection… pendant 2 ans. Deux années qui correspondent à la propagande de campagne des partis, alors que ces campagnes sont de plus en plus précoces. Enfin l’ambition de cette pression est aussi le financement des partis… Car le vote rapporte de l’argent à ces derniers, en atteignant des seuils (c’est d’ailleurs le cas pour toutes les élections). Officiellement cette arnaque a été vendue aux Français : « pour moraliser la vie politique ». Il est en effet évident que ces finances publiques évitent les « finances occultes » (en principe), mais l’argent qui coule à flots pour un petit nombre de partis, leur permet aussi de maintenir leur emprise…



Primaire et présidentielle : un jeu télévisé. Les deux entités sont d’ailleurs rejointes par les élections législatives, car pour des raisons de manipulations politiques et pour permettre un contrôle ferme de l’Assemblée nationale par le Président de la République, présidentielle et législative se suivent désormais de quelques semaines. L’ensemble permet là encore un allongement du show politique et permet un effet « Coupe du Monde ». Cet effet c’est l’enthousiasme et le suspens généré par ce long processus (campagne, primaires, présidentielle, législative), où la plus grande masse ne vote pas pour des idées… mais pour gagner. Les centaines de vidéos qui existent sur ces élections montrent bien ces gens criant : « on a gagné ! », dans une fête populaire étrange, où des foules se ruent dans la rue avec des drapeaux et pour fêter « leur victoire ». j’ai entendu en 2012, une électrice française me déclarer : « depuis 1981 j’ai été toujours dans le camp des vainqueurs, j’ai voté pour tous les bons candidats qui ont été élus !!! ». Déclaration incroyable… cette dame s’imaginant vraiment avoir aligné les « bons numéros » comme au loto. Enfin l’effet « Coupe du Monde » permet un enthousiasme des foules qui dure un peu dans le temps. De la primaire, on passe à la présidentielle, puis à la législative. Les gens souvent votent alors « pour les vainqueurs » et non pas pour « les porteurs de projets et d’idées ». Et puis… après des vacances d’été, tout ce petit monde revient à son triste quotidien. A la rentrée de septembre l’enthousiasme s’est écroulé, la situation est toujours la même… Alors les plaintes commencent jusqu’au prochain show, ou la masse est de nouveau hypnotisée… ayant oublié que le « dernier jeu »… n’avait rien apporté. L’aiguillon primaire sert alors à remotiver tout ce monde pour un nouveau tour de manège… et le processus se répète à l’infini.
Politiques, médias et la plus grande partie des citoyens sont persuadés que c’est cela la « démocratie »…
