Le pape Léon XIV à Annaba : un hommage à saint Augustin et un appel à la paix

Le pape Léon XIV à Annaba : un hommage à saint Augustin et un appel à la paix

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Le deuxième jour de sa tournée africaine, le pape Léon XIV a foulé mardi le sol d’Annaba, dans le nord-est de l’Algérie — l’ancienne Hippone, patrie de saint Augustin. Un pèlerinage hautement symbolique pour le premier pape américain, membre de l’ordre des Augustins, venu honorer la mémoire du plus grand penseur chrétien d’Afrique du Nord.

Sous une pluie battante, Léon XIV s’est recueilli sur les ruines d’Hippone Regius avant de planter un olivier, symbole de paix, tandis qu’un chœur interprétait des chants en latin, en amazigh et en arabe, inspirés des écrits de saint Augustin sur la fraternité.

« Le cœur de Dieu est brisé par la guerre, la violence et le mensonge », a déclaré le souverain pontife devant les résidents de la Maison des Petites Sœurs des Pauvres, un établissement géré par des religieuses catholiques qui accueille des personnes âgées — pour la plupart musulmanes.

Cette visite spirituelle résonne d’autant plus fort que le pape Léon XIV s’est opposé, dans son rôle, à la guerre américano-israélienne en Iran, ce qui a provoqué la colère du président américain Donald Trump, lequel a commis un blasphème en s’affichant en Jésus. En rappelant la doctrine augustinienne de la « guerre juste » — qui ne peut être menée que pour se défendre ou protéger les innocents —, le pape a subtilement dénoncé les dérives bellicistes actuelles tout en appelant à la diplomatie et à la compassion.

Saint Augustin, fils d’une mère berbère et d’un père romain, reste une figure fondatrice du christianisme occidental. Né à Tagaste en 354, il fut philosophe, évêque et auteur d’œuvres majeures comme Les Confessions et La Cité de Dieu. Son héritage, célébré dans la basilique qui porte son nom, unit aujourd’hui encore foi, raison et quête de justice.

Devant 1 500 fidèles rassemblés dans la basilique Saint-Augustin d’Annaba, venus de toute l’Afrique, Léon XIV a rendu hommage à cette mémoire vivante tout en soulignant la vitalité du catholicisme sur le continent. L’Afrique compte désormais près de 290 millions de catholiques — davantage qu’en Europe.

Lundi, à Alger, le pape avait déjà marqué les esprits en s’inclinant devant les victimes de la guerre d’indépendance (1954-1962) et celles de la guerre civile des années 1990. Lors de sa rencontre avec le président Abdelmadjid Tebboune, il a appelé à construire une société fondée sur la justice et la solidarité, dénonçant « les violations du droit international et les nouvelles formes de néocolonialisme ».

Mercredi, Léon XIV poursuivra sa tournée africaine au Cameroun, avant de se rendre en Angola et en Guinée équatoriale. Son périple de 18 000 kilomètres témoigne de la priorité donnée par le Vatican à un continent jeune, spirituellement fervent et au cœur des grands défis du monde moderne.

Amine Sifaoui