Le Liban bombardé par Israël, le droit international relégué au second plan

Le Liban bombardé par Israël, le droit international relégué au second plan

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Le Liban n’est que le triste révélateur d’un problème de fond, bien ancré et que l’on nous interdit de dire dans les grands médias et qui, par la loi Yadan, sera étendue et renforcée contre n’importe quel citoyen français. C’est l’idée qu’un État peut, en prétendant agir pour sa sécurité, s’affranchir durablement des règles qu’il exige pourtant des autres. Israël présente ses opérations comme des frappes « ciblées » contre le Hezbollah. Est-ce à dire que ces quartiers entiers, ravagés, dans des zones densément peuplées et frappées sans avertissement préalable appartiennent au Hezbollah ? Que les structures médicales, tout comme les secouristes, qui sont visées, sont des agents exerçant une quelconque menace sur Israël ? D’ailleurs, lequel des deux Etats se trouve chez l’autre ?

La question est de savoir contre quoi, et surtout contre qui, cette « défense » s’exerce concrètement. Quand des civils paient le prix principal des opérations, quand le sud du Liban devient un champ de gravats, quand les secours eux-mêmes sont pris pour cible, on ne parle plus d’une riposte proportionnée. On parle d’une logique de force qui piétine les principes les plus élémentaires du droit international et humanitaire.

« Alors que plus de 2 100 personnes ont été tuées et 1,2 million de personnes déplacées depuis le début de la guerre au Liban, les établissements de santé ont été frappés en 44 jours par 133 attaques. L’agence sanitaire mondiale de l’ONU recense 88 morts et 206 blessés, soit une moyenne de deux décès et cinq blessés quotidiens. »

Le plus frappant est l’écart entre le langage officiel et la réalité sur le terrain. À Tel-Aviv, on parle de neutralisation de menaces. À Beyrouth, on compte les morts, les blessés, les immeubles écroulés, les familles déplacées. Entre les deux, il y a le droit — et ce droit est précisément ce que les puissants choisissent trop souvent de contourner lorsqu’il devient contraignant. Un droit qui sert davantage aux pays riches et occidentaux pour exercer des pressions et justifier des occupations chez des pays pauvres. Dans le cas contraire, le droit international n’est jamais nécessaire, ou une simple variable.

Depuis des décennies, la frontière israélo-libanaise fonctionne comme une zone de non-droit intermittent, où l’argument sécuritaire sert de couverture à des opérations toujours plus destructrices. Le retrait israélien du sud du Liban en 2000 n’a pas mis fin à cette logique. La guerre de 2006 l’a confirmée. Et aujourd’hui encore, on retrouve le même schéma : escalade militaire, discours de légitimation, dégâts massifs, puis appel à la retenue lancé à ceux qui ont subi les bombardements.

Il faut le dire clairement : l’architecture internationale est en échec lorsqu’elle tolère que des destructions de cette ampleur soient traitées comme un simple « incident » de sécurité. La FINUL observe, l’ONU reçoit des plaintes, les chancelleries s’expriment, mais rien ne semble capable d’imposer un coût politique réel à la répétition de ces opérations. Ce vide nourrit la conviction, à juste titre, que certaines puissances, en particulier l’Etat hébreu, peuvent violer l’esprit du droit tout en se protégeant derrière sa lettre.

D’autant que l’impunité de Tel Aviv n’est pas nouvelle. Pour la France, quel déshonneur que de ne jamais avoir su tirer les conclusions et condamner les vrais auteurs de l’attentat du Drakkar ! Une pseudo enquête, dans laquelle les principaux intéressés ne sont pas interrogés, précisément parce que témoins de la scène et qu’ils affirment ne jamais avoir vu de camions ? Dans le milieu, pourtant, l’on sait. L’on sait que, contrairement à la chanson, l’assassin n’est pas Assad ou Ivan, mais bien David ou Bensoussan.

Le Liban, déjà fragilisé par ses propres crises, paie le prix d’une guerre qui n’est pas la sienne, mais qu’il subit dans sa chair, une fois de plus. Visé par un Etat en quête d’expansion, à qui l’on pardonne tout. Le véritable scandale n’est pas seulement la brutalité de l’attaque. C’est le silence complaisant qui l’entoure, comme si le Proche-Orient devait accepter une hiérarchie implicite des vies, des droits et des indignations.

Amine Sifaoui