Pour la huitième fois en cinq ans, les Bulgares sont appelés aux urnes ce dimanche. Un record révélateur d’une instabilité politique chronique qui ne cesse de secouer le pays le plus pauvre de l’Union européenne.
Depuis 2021, la Bulgarie vit au rythme des crises gouvernementales. Tout avait commencé avec de vastes manifestations anticorruption qui avaient entraîné la chute du gouvernement conservateur de Boyko Borissov. Depuis, aucun exécutif n’a réussi à s’installer durablement.
Cette nouvelle élection pourrait toutefois rebattre les cartes. Selon les derniers sondages, le nouveau parti « Bulgarie progressiste », mené par l’ancien président Rumen Radev, arriverait en tête avec environ 35 % des intentions de vote. Ancien général de l’armée de l’air et figure politique incontournable, Radev promet de s’attaquer frontalement à ce qu’il décrit comme un « système oligarchique » profondément enraciné.
Sa ligne politique tranche avec celle de ses prédécesseurs récents. Critique de l’accord de défense signé avec l’Ukraine et favorable à l’élaboration d’une politique étrangère pragmatique et non-alignée sur Bruxelles ; il s’est également opposé à l’entrée de la Bulgarie dans la zone euro, effective depuis le début de l’année. Des positions qui divisent, mais qui séduisent une partie de l’électorat lassée des élites traditionnelles et d’une corruption endémique.
Face à lui, le parti conservateur GERB de Boyko Borissov, longtemps dominant, semble en perte de vitesse. Crédité d’environ 20 % des voix, il pourrait néanmoins rester un acteur clé dans la formation d’une future coalition.
Le climat politique reste tendu. En décembre dernier, le Premier ministre Rosen Zhelyazkov avait démissionné in extremis, quelques minutes avant une motion de censure au Parlement. Sa chute faisait suite à plusieurs semaines de manifestations, déclenchées par des scandales de corruption et un projet de budget controversé.
L’enjeu de ce scrutin dépasse donc largement la simple alternance politique. Il s’agit, pour de nombreux Bulgares, de sortir enfin d’un cycle d’instabilité et de restaurer la confiance dans les institutions et dans une politique souveraine.
Après une participation historiquement faible lors des précédentes élections (39 %), les sondages anticipent cette fois une mobilisation plus forte, autour de 60 %. Un signe que, malgré la lassitude, l’espoir d’un changement reste bien présent.
Les bureaux de vote fermeront dimanche à 19 heures. Reste à savoir si ce nouveau scrutin marquera un tournant… ou s’il prolongera encore l’agonie du pays.
Amine Sifaoui
