Banque de France : Macron parachute un fidèle

Banque de France : Macron parachute un fidèle

Facebook
Twitter
WhatsApp

Emmanuel Moulin, ancien secrétaire général de l’Élysée, est le nouveau gouverneur de la Banque de France. Confirmé sans majorité, il incarne l’opération de plus d’un président qui, à deux ans de la fin de son mandat, continue méthodiquement de placer ses pions dans les dernières institutions dans lesquelles il n’avait pas encore mis son nez.

Mercredi, Emmanuel Moulin – son ancien directeur de cabinet – a été auditionné par le Sénat et l’Assemblée nationale, avant que sa nomination ne soit validée par le Parlement. Pour la première fois depuis 2010, un candidat à la tête de l’institution monétaire a été approuvé… sas majorité. 58 voix contre, 52 pour. Pas de majorité. Une absence de légitimité que l’exécutif voudrait faire passer pour un détail.

Ce n’en est pas un. C’est un camouflet démocratique et un aveu : Moulin n’a pas convaincu. Il n’était pas le meilleur. Il était simplement le plus proche.

L’opposition n’a pas réussi à atteindre le seuil des trois cinquièmes nécessaire pour opposer un veto. Mais elle a infligé une humiliation inédite à un pouvoir qui, depuis des mois, ne recule devant rien pour verrouiller les derniers leviers d’influence.

Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national, a résumé la colère qui gronde : « Macron place ses amis dans les postes clés pour dissimuler l’effondrement du système. » Éric Coquerel, député insoumis, parle d’un « camouflet » cinglant pour le chef de l’État.

À gauche comme à droite, le constat est le même : la nomination d’Emmanuel Moulin n’est pas une affaire de compétence. C’est une affaire de clan. Un ancien chef de cabinet à la tête de la Banque de France, après des années passées à Bercy à servir les mêmes maîtres. Un parcours sans aucune véritable exposition aux aléas du marché, ni aux responsabilités indépendantes. Un homme de couloirs, nommé à la plus haute fonction monétaire du pays.

Rappelons le contexte. François Villeroy de Galhau a annoncé son départ anticipé en février. Officiellement, rien à voir avec la politique. Mais tout le monde a compris : Macron voulait son homme avant l’élection présidentielle de 2027, pour graver dans le marbre une influence qui pourrait lui survivre – ou lui servir après l’Élysée.

Lors de son audition, Moulin a juré qu’il respecterait l’indépendance de l’institution. Les députés lui ont à peine posé la question autrement qu’en forme de réquisitoire. Tanguy l’a traité d’« incarnation de l’État profond ». Moulin a répondu, ironique : « Merci pour votre aimable propos. » Un mépris en habit de courtoisie.

Bien sûr, du côté de la Banque centrale européenne, on est soulagé. Un responsable, sous couvert d’anonymat, confie : « Nous redoutions une bataille politique interminable. Le monde monétaire est déjà assez chaotique. » Un futur collègue de Moulin se dit « impatient de travailler avec lui ». Soit. Mais ce qui soulage Francfort devrait inquiéter les Français.

Car la question n’est plus seulement économique. Elle est évidement politique, et même constitutionnelle. Jusqu’où un président sortant peut-il placer ses pions dans les institutions censées garantir l’équilibre du pays ? Après l’Élysée, après Bercy, après les médias publics, après l’Autorité des marchés financiers, voilà que la Banque de France rejoint le catalogue des chasses gardées macronistes.

Amine Sifaoui