Les soldats israéliens ont pris le contrôle d’un lieu pour le moins symbolique : un ancien château des Croisés perché sur une colline. Une prise de guerre à la fois stratégique et historique.
Dans le vacarme des frappes aériennes et des tirs d’artillerie, la guerre au Liban réserve parfois des images venues d’un autre temps. Ces derniers jours, les troupes israéliennes ont investi un site pour le moins insolite : le château de Beaufort, une forteresse médiévale du XIIe siècle, juchée sur un éperon rocheux surplombant la vallée du fleuve Litanie.
Construit par les Croisés il y a près de 900 ans, ce nid d’aigle perché près du village libanais d’Arnoun vient de changer de mains une fois de plus. L’annonce a été faite par le ministre israélien de la Défense lui-même, qui a posté sur le réseau social X une photo désormais célèbre : un drapeau bleu et blanc flottant fièrement sur les créneaux de la vieille pierre ocre.
Pour les stratèges de Tsahal, il ne s’agit pas d’une simple visite touristique. Le château, perché à 700 mètres d’altitude, offre une vue imprenable sur le sud-Liban. Un atout militaire majeur pour remplir les projets de l’armée israélienne.
Mais pour les anciens du conflit, cette image a des allures de déjà-vu. Car le fort de Beaufort n’en est pas à sa première occupation par l’État hébreu. En 1982, lors de la première guerre du Liban, les soldats israéliens s’en étaient déjà emparés. Ils y étaient restés 18 ans, jusqu’en l’an 2000, date de leur retrait de la bande frontalière. À l’époque, la prise de la forteresse avait été un moment fort, symbole de la domination militaire sur la région.
Aujourd’hui, en pleine guerre asymétrique et sous le feu des critiques internationales, s’emparer à nouveau de ce vestige du passé a quelque chose de vertigineux. Les murs de Beaufort, qui ont vu défiler les chevaliers francs, les Mamelouks puis les Ottomans, assistent donc, impuissants, à un nouvel acte de ce conflit sans fin.
