Enquête VIGINUM : ingérence israélienne dans les municipales françaises

Enquête VIGINUM : ingérence israélienne dans les municipales françaises

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Des candidats pro-palestiniens, notamment de La France Insoumise, auraient été ciblés par une campagne de désinformation pilotée depuis Tel-Aviv. L’affaire secoue déjà l’Assemblée.

Et si la bataille des municipales s’était jouée en partie… à des milliers de kilomètres de la France ? C’est la question qui agite ce mercredi les couloirs du Palais Bourbon. Selon VIGINUM, une agence gouvernementale française, une société privée basée en Israël aurait mené une opération de déstabilisation en ligne contre plusieurs candidats de gauche, et en particulier ceux de La France Insoumise (LFI).

Anne-Sophie Dhiver, la numéro 2 de Viginum – l’agence française spécialisée dans la traque des ingérences numériques – s’est exprimée sur l’ingérence, devant les députés.

« Une entreprise privée basée en Israël, spécialisée dans la vente de services de déstabilisation en ligne, a ciblé plusieurs candidats », a-t-elle déclaré.

Parmi les cibles désignées : François Piquemal, député LFI et tête de liste aux municipales de Toulouse. Vous l’avez peut-être vu l’an dernier aux côtés de Greta Thunberg, arrêté par les autorités israéliennes alors qu’il tentait d’acheminer de l’aide humanitaire vers Gaza à bord d’une « Flottille de la Liberté ». Piquemal a perdu au second tour à Toulouse – et il est aujourd’hui persuadé que cette campagne d’ingérence y est pour quelque chose.

Mercredi, devant le gouvernement, il a réclamé ni plus ni moins que l’invalidation du scrutin toulousain.

« Il s’agit de faits d’une extrême gravité pour la souveraineté de notre pays », a-t-il martelé. Avant de lancer une petite bombe : « Le gouvernement va-t-il convoquer l’ambassadeur d’Israël pour lui demander des explications ? »

Silence pesant dans l’hémicycle.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a répondu sans répondre. Oui, des procédures judiciaires sont en cours. Oui, il y a eu une ingérence « manifestement malveillante », avec des comptes « clairement inauthentiques » boostés par de l’intelligence artificielle. Mais sur l’identité du commanditaire, sur la convocation de l’ambassadeur, sur le rôle exact d’Israël : rien. Ou presque.

« Un rapport détaillé sera publié ultérieurement », a-t-il promis.

Sauf que l’affaire arrive à un moment très délicat. D’abord parce que ce n’est pas la première fois qu’une élection nationale ou européenne est secouée par ce genre de révélation. En mars dernier, la Slovénie avait déjà accusé un cabinet de renseignement privé israélien d’avoir fait fuiter des enregistrements truqués pour influencer le scrutin.

Ensuite, parce que la France se prépare à une élection présidentielle en 2027. Si une société basée à Tel-Aviv a pu impacter des élections municipales, qu’est-ce qui empêcherait qu’elle s’attaque à la course pour l’Élysée ?

D’autant qu’une autre affaire envenime les relations franco-israéliennes : le ministre de la Sécurité nationale israélien, Itamar Ben-Gvir, s’est récemment mis en scène dans une vidéo où il nargue des militants d’une autre flottille pour Gaza. Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a déjà convoqué l’ambassadeur d’Israël pour cette vidéo. Pour l’ingérence électorale, on attend toujours.

En attendant, les experts de Viginum mesurent leurs propos et relativisent : leur enquête n’aurait pas permis d’identifier le commanditaire final de l’opération. Et ces campagnes de désinformation, bien que réelles, n’auraient pas eu un très gros impact sur les résultats.

Une certaine forme d’aveu de faiblesse. On pourrait vraiment relativiser, au fond, ce n’est pas si grave, l’ingérence est réelle mais si peu efficace… On normalise ainsi la situation.

Amine Sifaoui