320 millions d’euros : au Sénégal, l’UE finance la Chine

320 millions d’euros : au Sénégal, l’UE finance la Chine

Facebook
Twitter
WhatsApp

À Dakar, un projet de modernisation des transports publics financé à hauteur de 320 millions d’euros par l’Union européenne pourrait finalement bénéficier… à une entreprise publique chinoise. Une situation qui, au-delà de l’anecdote, révèle les contradictions de la stratégie européenne face à Pékin.

Au cœur de ce dossier : la livraison de 380 bus fonctionnant au gaz naturel, destinés à transformer en profondeur la mobilité dans la capitale sénégalaise. Nouvelles lignes, dépôts, arrêts modernisés et infrastructures routières doivent accompagner cette ambition. L’objectif affiché est clair : offrir aux habitants de Dakar un réseau de transport plus fiable, plus propre et mieux structuré.

Mais derrière ce projet de développement urbain se joue une partie autrement plus politique. Car si l’argent est européen — mobilisé via la Commission européenne, la Banque européenne d’investissement, l’Agence française de développement et la KfW allemande —, l’exécution pourrait revenir au géant chinois CRRC.

Un paradoxe qui fait réagir.

Pensé comme une vitrine de la stratégie « Global Gateway », censée incarner l’alternative européenne aux « Nouvelles routes de la soie » chinoises, le projet sénégalais risque de produire l’effet inverse. Au lieu de renforcer la présence industrielle européenne en Afrique, il pourrait illustrer la compétitivité redoutable des entreprises chinoises, capables de proposer des prix jusqu’à deux fois inférieurs à ceux annoncés par les sociétés des Etats membres.

Résultat : une équation difficile pour l’Union européenne, prise entre ses règles de concurrence, ses ambitions géopolitiques et la réalité du marché.

« C’est complètement fou », s’emporte l’eurodéputé Kristoffer Storm, interrogé par Euractiv. À ses côtés, Sandro Gozi appelle à un changement de doctrine : « Si l’Europe est sérieuse en matière d’autonomie stratégique, elle ne peut pas rester neutre quand il s’agit de son propre argent. » En filigrane, une idée de plus en plus assumée : instaurer une préférence européenne dans les appels d’offres financés par l’UE.

C’est également l’idée paratagée par l’eurodéputée française, Marion Maréchal, qui déplore que « ce projet est issu du programme Global Gateway censé permettre à l’UE de peser sur la scène internationale et de concurrencer… l’influence chinoise. […] Dès la prochaine session plénière du Parlement européen, je demanderai que les projets financés dans les pays tiers par de l’argent européens incluent une clause de préférence européenne pour favoriser nos entreprises. »

Car au-delà du cas sénégalais, c’est toute la crédibilité de la politique industrielle européenne qui est en jeu. Comment prétendre rivaliser avec Pékin si les projets financés par Bruxelles profitent finalement aux entreprises chinoises ?

Amine Sifaoui