Apparatchiks de la République : le cas de Renaud Muselier

Apparatchiks de la République : le cas de Renaud Muselier

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Les politiciens professionnels sont un fléau de la République française, qui par ailleurs se manifesta dès la Révolution française. Hommes et femmes des partis, ils ne travaillent pas pour les intérêts de la Nation, encore moins ceux du Peuple français, mais « pour le parti ». Saint-Just avait évoqué précocement la problématique, depuis rarement reprise de cette zone trouble de la démocratie : les partis et les factions. Le phénomène s’est aggravé par l’apparition des politiciens professionnels, puis par des lobbyistes dans leurs rangs. Ces derniers servent d’autres intérêts, la finance internationale, des oligarques, des géants des entreprises privées, de l’industrie, de la grande distribution, du tertiaire, etc.

Étienne Chouard est l’un des rares à avoir lancé des réflexions sur la neutralisation de ces politiciens professionnels : mandats uniques, non renouvelables, fin de la présidence, tirage au sort des élus, démocratie participative, référendums d’initiatives populaires, les pistes sont nombreuses. Durant l’Ancien Régime ces personnages influents achetaient des charges à la couronne, qui étaient héréditaires. Après le 9 Thermidor, puis le siècle des révolutions (XIXe siècle), la vie politique fut finalement kidnappée par « la République des Barras et des Tallien », une république bourgeoise, endogame, liée aux intérêts privés susnommés. Ils ne sont pas la majorité de la population, mais cette minorité a confisqué le pouvoir et la plupart du temps les Français ne les connaissent pas, du moins juste par le prisme déformé et propagandiste des médias.

Aujourd’hui j’aborderai le cas de Renaud Muselier qui défraye la chronique dans un bras de fer avec Eric Ciotti, au sujet des JO. L’homme est le petit-fils du glorieux amiral Émile Muselier, héros de la France Libre, l’un des premiers à rejoindre de Gaulle. Fait rare, il a travaillé réellement dans sa vie, comme urgentiste et directeur d’une clinique, avant de commencer une carrière politique et de cumuler de nombreux mandats. Mais là s’arrête ses mérites… politicien retord, il n’hésita pas à trahir sa famille politique pour rejoindre la Macronie, son épouse fut condamnée par la justice, des salaires éhontés furent découverts de ses « collaborateurs » dans la région PACA, par ailleurs dépassant le nombre légal, sans parler des médailles et de son soudain désir d’entrée au Sénat ! Il faut dire que le salaire est alléchant !

Mais qui est Renaud Muselier ? Il naquit à Marseille, le 6 mai 1959, petit-fils du vice-amiral Émile Muselier, héros de la France Libre, l’un des premiers marins à rejoindre le général de Gaulle à Londres, et fondateur des forces navales de la France Libre. Issu de cette histoire familiale glorieuse et d’une famille de militaires, Renaud Muselier fit cependant des études supérieures de médecine, devenant urgentiste, puis médecin-directeur d’une clinique spécialisée dans la réanimation des traumatisés crâniens à Marseille. Contrairement à de très nombreux apparatchiks de la République, il travailla donc réellement une partie de sa vie.

Il ne commença une carrière politique que dans les années 90, d’abord élu conseiller général des Bouches-du-Rhône (1992). Fort de ce succès, il se présenta aux législatives et fut élu député de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône (1993). Il cumula bientôt un troisième mandat en étant élu premier adjoint au maire de Marseille (Jean-Claude Gaudin, 1995-2008). Il réussit à se faire réélire à son siège de député à deux reprise 1997 et 2002). Sa carrière fut longtemps liée au RPR, puis à l’UMP et enfin aux Républicains (1992-2021). Il fut nommé Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, auprès des ministres Dominique de Villepin et Michel Barnier (2002-2007), durant la présidence de Jacques Chirac. Il quitta alors l’Assemblée nationale, mais à la fin de ses fonctions gouvernementales redevint député (2007-2012). Le premier coup du sort fut la perte de son siège, dans la « vague rose » hollandiste (2012).

Les premières affaires du baron local. Mais les affaires rattrapèrent bientôt Muselier, lorsqu’il fut mis en cause dans l’affaire HMP (2012). Il s’agissait d’un vaste système népotique et de favoritisme, dans le sein de l’office HLM de Marseille, Habitat Marseille Provence (HMP). Elle éclaboussa son épouse et plusieurs de ses plus proches collaborateurs. Une enquête révéla des irrégularités dans l’attribution de marchés publics d’assistance juridique par l’HMP. L’avocate et épouse de Renaud Muselier obtînt au moins 60 % des affaires de contentieux locatif de l’office, ce qui constituait l’essentiel de son chiffre d’affaires. La justice démontra que son lieutenant, le directeur général de l’HMP, détournait les appels d’offres pour favoriser l’épouse de Muselier. Enfin, des écoutes révélées par le journal Libération (2012), révélèrent une tentative d’entrave de la justice par l’entourage de l’élu, les compères qualifiant la justice de « Bordillasse » et tentant de manipuler cette dernière. Une longue procédure judiciaire commença, avec la condamnation finale de son épouse pour « recel de prise illégale d’intérêts », à 5 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende (janvier 2025). Son plus proche collaborateur, Jean-Luc Ivaldi fut condamné pour les mêmes faits, à 12 mois de prison avec sursis, 15 000 euros d’amende et 5 ans d’inéligibilité. Muselier nia toujours avoir été au courant de quoi que ce soit… indiquant : « que mon épouse exerçait cette profession bien avant notre union ». Un an avant l’affaire, Renaud Muselier avait écrit un livre sur Le système Guérini (2011), dénonçant le clientélisme et les malversations du système socialiste marseillais à la tête de la ville. Il affirma alors que l’affaire de son épouse avait été une vengeance du camp adverse…

Le retour sur le devant de la scène et la trahison… pour rejoindre la Macronie. Suite à cette affaire et une petite traversée du désert, il revint sur le devant de la scène. Il se présenta aux élections européennes et fut élu (2014-2019). Il fut aussi élu président de la région PACA (2017), réélu par deux fois (2021 et 2025). Il claqua la porte de son parti et fit sensation en rejoignant soudainement la Macronie (2022), se ralliant pour des raisons d’intérêts personnels. Il rejoignit officiellement le Parti Renaissance, alors qu’Emmanuel Macron était réélu Président de la République. Selon des analystes politiques son ralliement s’expliquerait pour des objectifs locaux à Marseille et dans la région, afin d’asseoir son emprise plus fermement. Il apparut bientôt partout dans les médias, dans son engagement pour le pilotage et l’organisation des JO d’Hiver 2030. Il souhaitait attirer dans sa région diverses épreuves des JO, au détriment de la ville de Nice, dans un bras de fer épique et médiatisé avec Eric Ciotti. Assoiffé de mandats, il annonça sa candidature pour les élections sénatoriales des Bouches-du-Rhône (8 avril 2026).

Selon les analystes, son choix de la Macronie en 2022 fut une grave erreur, avec un gain immédiat, mais la Macronie est en perte de vitesse, une défaite politique se profile déjà en 2027. Cette candidature est perçue comme une manœuvre politique afin de terminer sa carrière dans « la maison de retraite » du Sénat français… un refuge douillet, prestigieux et surtout très bien rémunéré… Ses mandats actuels sont ceux de président de la région PACA (depuis 2017), de conseiller régional, probablement membre du bureau national exécutif du Parti Renaissance et enfin membre du bureau national de l’Association des Régions de France. Pendant toute sa carrière politique ses succès furent rendus possible par son « constant combat contre l’extrême droite ». Dans la plupart des élections, il bénéficia des voix « du front républicain », de la droite libérale, la gauche Caviar, le Centre ou la Macronie.

La fine équipe de Muselier. Comme président la région PACA, Renaud Muselier perçoit un salaire de 5 639,63 euros. La Cour des comptes l’avait mis en cause soulignant le nombre illégal de « collaborateurs » et « conseillers » à son service, dépassant la limite légale et dont certains touchaient des sommes incroyables de 8 à 10 000 euros de salaire par mois (2020). Sa réélection comme président de la région Paca apparaît également plus qu’improbable, d’où un repositionnement vers le Sénat. S’il gardait son poste de conseiller régional, en plus d’un éventuel siège au Sénat, il toucherait alors environ 2 700 euros comme conseiller et 5 676,16 euros comme Sénateur, ainsi qu’une enveloppe de 6 600 euros pour « frais de mandat »… L’enveloppe doit pouvoir combler : « les frais de réception, de documentation, la location d’une permanence dans sa circonscription, ses déplacements, etc… ». En janvier 2024… les frais de mandats pour nos sénateurs dans le besoin… furent augmentés de 700 euros. L’excuse invoquée était : « le contexte inflationniste et l’incidence de l’augmentation des tarifs hôteliers ». Dans le même temps l’Assemblée nationale avait augmenté la même enveloppe pour les députés de 300 euros, passant à 5 950 euros par mois. Reste à savoir quel type d’établissements hôteliers lesdits sénateurs fréquentent… Enfin je passerai sur les nombreuses médailles de Muselier, dernièrement il fut même intronisé… par les producteurs de truffes du Vaucluse. Nous ne sommes pas très loin de Groland…