Au sud du Liban, Israël redessine un ordre sécuritaire sous couvert de cessez-le-feu

Au sud du Liban, Israël redessine un ordre sécuritaire sous couvert de cessez-le-feu

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Le cessez-le-feu ne marque pas la fin des opérations israéliennes dans le sud Liban. Il en redéfinit plutôt les modalités. En dépit d’une apparente accalmie, Israël semble poser les bases d’un dispositif sécuritaire durable, structuré et assumé, qui n’est pas sans rappeler des précédents historiques, lourds de conséquences.

Selon des informations publiées dans la presse israélienne, l’armée aurait entrepris de découper le sud du Liban en trois zones opérationnelles. Cette architecture n’a rien d’anecdotique : elle traduit une doctrine de contrôle en profondeur, combinant occupation directe, déni d’accès et domination territoriale.

La « ligne rouge », au contact immédiat de la frontière, est désormais un espace neutralisé. Les destructions y sont massives, la présence du Hezbollah quasi inexistante, et l’armée israélienne y installe des positions fixes. Nous ne sommes plus dans une logique d’incursion ponctuelle, mais dans celle d’une emprise territoriale stabilisée.

La « ligne jaune », qui s’étend sur plusieurs kilomètres vers le nord, constitue le cœur du dispositif. Inspirée des pratiques observées à Gaza, elle vise à créer une zone tampon élargie, vidée en partie de sa population et soumise à une pression militaire constante. Le fait que des dizaines de villages restent interdits à leurs habitants, voir soient détruits par les troupes de Tsahal, en dit long sur la nature réelle de cette stratégie : empêcher toute reconstitution d’un tissu social susceptible d’abriter ou de soutenir le Hezbollah.

Plus au nord encore, jusqu’au Litani, Israël privilégie une logique de surveillance et de frappe à distance. Cette troisième zone complète un dispositif en profondeur qui permet à l’armée israélienne d’agir sans nécessairement occuper chaque portion du territoire — une approche hybride, à mi-chemin entre occupation classique et contrôle technologique.

Les déclarations de Benjamin Netanyahou sur une « zone de sécurité renforcée » confirment cette orientation. Ce schéma n’est pas sans rappeler la « zone de sécurité » instaurée après 1982, maintenue pendant près de deux décennies. Or, cette expérience historique devrait inciter à la prudence : loin de rechercher la neutralisation d’une menace, elle a contribué à structurer et légitimer le Hezbollah comme acteur central de la résistance libanaise, un peu comme ce qui se produit avec le Hamas. Deux organisations présentées comme les cibles de Tel Aviv, afin de générer une coalition, tandis que dans les faits, elles sont largement entretenues, surtout pour le Hamas, par l’Etat hébreu lui-même.

On notera que les lignes écrites dans ces colonnes la semaine dernière, concernant le sort du Liban et l’auteur réel de l’attentat du Drakkar, auront malheureusement quelques jours plus tard, pris toute leur pleine et entière pertinence, alors que la France perdait un autre de ses enfants. Un para de plus, décédé au Pays du Cèdre. Un para de plus, vraisemblablement tué de la main de ceux dont il faut taire les noms, mais dont on continuera, à tort, de chanter « Assad et Ivan ». Le procédé est toujours le même et les intéressés, inchangés.

Combien de temps un tel « dispositif sécuritaire » peut-il être maintenu sans basculer dans une occupation de facto ? Et surtout, avec quelles conséquences pour la stabilité du Liban — et, par extension, pour l’ensemble du Levant ?

En l’absence d’un cadre international crédible, d’une force coercitive au profit du droit international et de l’ONU, cette stratégie risque de prolonger indéfiniment un conflit à basse intensité, dont chaque phase prépare la suivante.

Amine Sifaoui