Nouveau consulat américain au Groenland : Washington pose un pied de plus dans l’Arctique

Nouveau consulat américain au Groenland : Washington pose un pied de plus dans l’Arctique

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Ce n’est pas un drapeau qu’on plante, mais un bâtiment. Et pas n’importe lequel : 3 000 mètres carrés en plein cœur de Nuuk, la petite capitale du Groenland. Ce jeudi, les États-Unis inaugurent leur nouveau consulat, un geste aussi diplomatique que stratégique, qui fait grincer des dents du côté des habitants comme des dirigeants danois et européens.

L’Arctique n’a jamais été aussi chaud, géopolitiquement parlant. Et les Américains ne cachent plus leurs intentions. Sous couvert de renforcer leur présence consulaire, c’est bien une mainmise discrète mais réelle que Washington est en train de tisser sur cette île peuplée de 56 000 âmes.

Le nouvel édifice trône désormais au centre de Nuuk. Son inauguration aurait dû être une formalité. Elle est devenue un symbole. Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a sèchement décliné l’invitation. Motif : « Je ne cautionne pas la méthode américaine ». Dans les rues, des habitants ont protesté, craignant que leur île ne devienne un pion sur l’échiquier de l’Oncle Sam.

Car le locataire de la Maison-Blanche n’a jamais vraiment renoncé à ses rêves d’achat. En 2019, Donald Trump avait déjà évoqué l’idée d’acquérir le Groenland. En 2020, il rouvrait un consulat américain… logé à l’époque dans un bâtiment danois du Commandement arctique. Cette fois, Washington a ses propres murs.

Depuis son retour au pouvoir, Trump n’a cessé d’agiter la menace. Annexion pure et simple. Éventuellement par la force. Ses déclarations ont provoqué un tollé à Copenhague. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a opposé une ligne rouge en janvier dernier : « Prendre le Groenland, ce serait la fin de l’OTAN. » Une façon élégante de rappeler que le Groenland est un territoire danois, certes autonome, mais pas à vendre.

Pour enfoncer le clou, Trump a nommé fin 2024 un émissaire spécial au Groenland. Pas n’importe qui : Jeff Landry, gouverneur de Louisiane, connu pour ses positions sans fard. Landry a déclaré sans détour que sa mission était de « faire du Groenland une partie des États-Unis ». Une phrase qui a fait l’effet d’une bombe.

Depuis, Trump a légèrement raboté ses ambitions annexionnistes, mais la machine est lancée. L’administration préfère désormais jouer la carte de l’influence progressive. Une méthode plus classique, mais tout aussi efficace, explique Anders Fogh Rasmussen, ancien secrétaire général de l’OTAN. Présent au Forum GLOBSEC jeudi, il a confié :

« Les États-Unis et le Danemark travaillent main dans la main pour accroître la présence militaire américaine au Groenland. Par la voie diplomatique, certes, mais l’objectif est clair. »

Cette semaine, Jeff Landry est sur place, accompagné de l’ambassadeur américain au Danemark, Ken Howery. Les deux hommes ont rencontré les plus hauts responsables groenlandais. Et ce jeudi, Howery a inauguré officiellement le consulat aux côtés de la consul américaine à Nuuk, Susan Wilson.

Amine Sifaoui