Lors d’un discours prononcé ce lundi à Nairobi, le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a déclaré que l’Afrique méritait enfin d’avoir un siège permanent au Conseil de sécurité. Une réforme de l’organisation mondiale est devenue « absolument indispensable », a-t-il assumé.
Devant une vingtaine de ministres africains des Affaires étrangères réunis au Kenya, António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a dénoncé une sous représentation de l’Afrique, victime d’une « injustice historique ». Aujourd’hui encore, aucun pays africain ne siège comme membre permanent au Conseil de sécurité de l’organisation des Nations unies.
« L’ONU doit être réformée pour redonner à l’Afrique la place qu’elle mérite », a insisté Guterres. Avec 1,4 milliard d’habitants et ses 54 États, le continent représente près de 30 % des membres de l’Assemblée générale… mais reste le grand absent du cercle très fermé des cinq puissances dotées du droit de veto : États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni.
Guterres ne s’arrête pas là. Pour lui, cette absence n’est pas seulement une question de représentation symbolique. C’est un problème opérationnel.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies compte 15 membres : 5 permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et 10 élus pour deux ans. L’Afrique y est régulièrement représentée parmi les membres non permanents, mais aucun pays africain ne dispose du droit de veto. Une réforme nécessite l’accord des cinq membres permanents, ce qui la rend extrêmement difficile.
« Dans un monde marqué par des fractures géopolitiques profondes, garantir la paix et la sécurité est devenu extrêmement difficile », a-t-il expliqué. Et d’ajouter : « Nous avons besoin d’un Conseil de sécurité efficace. »
Le chef de l’ONU a notamment proposé de limiter le droit de veto dans certaines situations – par exemple en cas de génocide ou de crimes de guerre. Une idée qui, selon lui, se heurte toutefois à la résistance farouche des membres permanents actuels, surnommés les « P5 ». Ceux qui bénéficient du privilège du veto sont naturellement rarement pressés de le partager ou de le restreindre.
Pendant des décennies, l’Afrique a vu les décisions majeures sur la paix et la sécurité se prendre sans elle, ou parfois contre ses intérêts. Nombreux sont les dirigeants africains qui réclament aujourd’hui non pas une faveur, mais un droit : celui d’être enfin à la table où se joue l’avenir du monde, de l’Afrique, et des générations futures.
Guterres ne propose pas de solution miracle, il reconnait simplement les carrances d’une structure pensée pour assurer la paix dans le monde, mais qui ne remplit plus sa mission et qui est condamnée à la mort, faute de transformations. Sans réforme, l’ONU risque de devenir une coquille vide face aux tempêtes du XXIe siècle.
Amine Sifaoui
