Alors que l’opération navale et aérienne des États-Unis et d’Israël contre l’Iran n’a abouti à grand de concret, sauf à déclencher une crise internationale majeure, Donald Trump a cherché de manière souterraine à entraîner des pays voisins dans sa guerre contre l’Iran… et les intérêts chinois. Grand pays à la frontière de l’Iran, l’Azerbaïdjan est devenu depuis quelques décennies un pays stratégique, où les influences étrangères se croisent en plein cœur du Moyen-Orient. Le pays est largement entré dans la sphère de la Turquie, supporté dans sa guerre contre l’Arménie, au sujet du problème du Haut-Karabagh (1992-2021). Il est également dans la zone du Caucase Sud et l’un des passages des routes de la Soie de la Chine, présentant aussi un intérêt pour le contrôle du pétrole, qui est aussi une ressource majeure du pays.
Si la position officielle de l’Azerbaïdjan a été claire, à savoir une déclaration de neutralité (5 mars 2026), les Israéliens et les Américains avaient tenté d’organiser des attaques dissimulées sous faux drapeaux, notamment de drones, dans l’enclave de Nakitchevan, ou d’autres provocations pour contraindre l’Azerbaïdjan à entrer en guerre. Le coup n’a pas réussi, mais sans doute de nouvelles pressions souterraines furent faites contre Bakou, qui jusqu’à présent a tenu bon et affirmé que : « L’Azerbaïdjan n’a pas participé et ne participera pas aux opérations contre l’Iran, ni à ce moment, ni à l’avenir, car cela va à l’encontre de notre politique de non-ingérence ». Une déclaration qui fut complétée par une autre à propos des attaques de drones, qualifiées : « d’acte de terrorisme et d’agression », afin de ménager les vrais coupables, Américains et Israéliens, tout en ne dénonçant pas ces derniers, laissant planer le doute sur l’Iran. Une manœuvre habile, mais qui cache aussi une autre réalité : l’importance des investissements chinois en Azerbaïdjan et en Iran, et les cibles derrière l’Iran : le monde multipolaire.
Penchons nous dans cet article de l’Aurore Nouvelle sur cette problématique, nous parlerons des investissements chinois, mais aussi de l’Inde, des partenariats locaux menacés, des projets enterrés de Peugeot… remplacés par d’autres de Chine et du complexe pétrolier de l’Azerbaïdjan… Avoir du pétrole est en effet un grave crime… pour les Américains, toujours très enclins à venir le confisquer, en laissant des monceaux de cadavres, des pays ruinés mais « démocratisés »…



Les investissements chinois en Azerbaïdjan. C’est une histoire ancienne, car les Chinois ont investi des sommes colossales dans le pays, avec officiellement depuis 1995, selon le vice-Premier ministre Chahine Moustafaïev, plus de 950 millions de dollars. La Chine au fur et à mesure du temps est d’ailleurs devenue un investisseur majeur dans la région, alors que 60 % de tous ses investissements dans le Caucase du Sud, l’ont été en Azerbaïdjan. De fait les Chinois ont investis dans l’industrie, l’agriculture, les transports, le bâtiment, le commerce et les services, tandis que 370 entreprises chinoises opèrent actuellement en Azerbaïdjan. Les priorités d’investissement pour les Chinois, ont été l’énergie verte, les projets solaires et éoliens, les réseaux électriques intelligents, les transports électriques, la construction de zones industrielles, de parcs économiques spéciaux, mais aussi dans l’économie numérique, la logistique intelligente et l’intelligence artificielle.
La Chine à la suite des Occidentaux férus de sanctions. La Chine a profité largement des sanctions occidentales qui ont été imposées à l’Iran, pour s’installer et investir dans un pays prometteur et avec d’immenses possibilités par son important marché intérieur. L’entreprise française Peugeot PSA était pourtant alignée et avait de grandes ambitions en Iran. Après l’engloutissement de beaucoup d’argent (de très longue date), c’est déjà Donald Trump qui avait fait pression sur la France. Il s’était en effet retiré de l’accord de Vienne, pour rétablir les sanctions contre l’Iran. Il ne fut pas trop difficile à l’agent américain Emmanuel Macron d’obliger Peugeot à clôturer son projet d’usine, ce qui fut acté le 4 juin 2018. Peugeot avait déjà eu un premier projet d’installation, qui avait été enterré en 2012, à cause cette fois-ci de sanctions internationales décidées sous l’égide de l’ONU, par les États-Unis, mais aussi l’Union européenne. N’ayant pas renoncé, Peugeot était revenu en Iran, lors de la levée des sanctions et l’accord de Vienne (2016-2018). Le constructeur français s’était associé avec le constructeur iranien Khodro. Le projet prévoyait un investissement français de 400 millions d’euros, sur 5 ans… Trump et Macron étaient venus détruire ce dernier (2018). Les Iraniens devront rouler… dans des voitures chinoises !



Les investissements de la Chine en Iran. La Chine quant à elle n’a pas perdu de temps. Dans le domaine de l’automobile, dans la province de Kerman, elle a lancé un projet d’une usine automobile, pour assembler des voitures particulières. Les Chinois ont investi 90 millions de dollars, avec une création prévue de 800 emplois (août 2025). Un autre projet est en cours pour une usine de ferrochrome, à Jiroft, toujours dans la même province, pour un investissement de 21,5 millions d’euros, 500 emplois à la clef. Le même acteur chinois prévoit aussi d’autres investissements dans l’acier, les minéraux, le polyéthylène à haute densité. Enfin, la Chine est un partenaire énergétique majeur de l’Iran, lui fournissant des panneaux solaires, les deux pays ayant signé le plus grand contrat jamais signé, sur un projet de ce type avec l’Iran. Conscient de l’enjeu, Téhéran avec son fonds souverain a débloqué près de 4 milliards de dollars, pour lancer ces projets d’électricité renouvelable. L’Iran avait accepté et validé 83 projets d’investissements pour 1,5 milliards de dollars, les investisseurs étant principalement chinois, mais aussi des Émirats arabes unis, de Turquie, de Corée du Sud, etc (juin 2025). Quatorze autres projets d’investissements étrangers furent renvoyés pour des ajouts complémentaires, mais en trois réunions, Téhéran avait accepté plus de 250 projets, pour 10 milliards de dollars. Une autre réunion de cette commission iranienne avait encore approuvé un peu plus tard, 67 projets pour un investissement de 485 millions de dollars. Problème pour Trump : pas d’Américains, pas le moindre petit Texan, voire Britannique…



Les plans américains et de Trump. Les États-Unis ne s’attaquent pas seulement à l’Iran, mais également aux investisseurs. Ils ont tenté avec insuccès d’entraîner l’Azerbaïdjan dans la guerre, dans des stratégies qui furent parfois efficaces (proxy ukrainien, bosniaque, kosovar, etc.). L’enlèvement du Président Maduro au Venezuela n’avait pas d’autres buts que de tenter de sauver les pétrodollars des USA, en s’emparant de pays désignés « comme ennemis », mais dont les ressources sont en fait ardemment convoitées. Pour l’Iran, même scénario, alors que les États-Unis ont tenté de longue date de détruire ce pays. Si le coup avait réussi avec d’autres producteurs pétroliers, comme l’Irak, mais aussi la Libye ou la Syrie (2003-2025), avec l’Iran la coalition Epstein s’est attaquée à un gros morceau. L’Iran est d’ailleurs entré dans les BRICS (1er janvier 2024), dont les fondateurs principaux sont la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud. La stratégie américaine de Trump et de n’importe quel président américain reste simple frapper « un ennemi », entraîner des « amis » et éventuellement détruire les uns et les autres. Au sujet de l’Irak et de l’Iran, un haut responsable américain avait espéré que les deux pays se détruiraient… pour le plus grand profit américain (années 80).
Chine, Russie, Inde et le monde multipolaire visé par les USA à travers l’Iran. Dans le cas de l’Irak, les deux partenaires économiques majeurs qu’étaient la Russie et la France furent éjectés… remplacés par les Américains et les Britanniques. La chute espérée de l’Iran et son contrôle par Washington aurait eu les mêmes effets : contrôler les ressources de l’Iran, installer un gouvernement fantoche, l’obliger à entrer dans le système des pétrodollars, remplacer les partenaires du monde multipolaire par des firmes anglo-saxonnes, et de préférence américaines. La Chine est donc l’une des cibles visées en Iran, non moins que la Russie, également partenaire stratégique de l’Iran, ou encore l’Inde… Ce dernier pays a en effet lui aussi investi massivement en Iran. Un projet de port stratégique à Chabahar a été finalisé en août 2025, pour 120 millions de dollars (depuis un accord de principe en mai 2024 et un investissement sur 10 ans de 370 millions de dollars). Le Premier ministre Modi avait annoncé un engagement de l’Inde pour d’autres projets pour un total de 500 millions de dollars. Les USA avaient accordé à l’Inde une dérogation dans ce projet avec l’Iran, qui a expiré dernièrement (26 avril 2026). Elle n’a pas été renouvelé par Trump s’attaquant ici à l’Inde, qui prudemment n’a pas alloué de budgets pour le projet Chabahar pour l’année 2026-2027… Contrat donc temporairement rempli par Trump… Michael Kugelman, du Conseil de l’Atlantique a même déclaré presque en souriant : « un pari perdant pour l’Inde, c’est un actif endommagé ».



Azerbaïdjan dans l’œil du cyclone. L’Azerbaïdjan se trouve dans une position tout aussi inconfortable, avec comme principaux partenaires économiques l’Italie (qui importe des hydrocarbures), la Turquie, la Chine et la Russie. Le moindre conflit déclenché par l’Azerbaïdjan, en particulier contre l’Iran, détruirait l’économie de Bakou, avec un retrait probable des investisseurs et partenaires. L’Italie est la première (118,6 milliards de dollars d’échanges), suivie par la Turquie (57,2 milliards), la Chine (49 milliards) et enfin la Russie (49 milliards). Mais la Chine est devenue en 2026, le principal fournisseur en termes d’importations, avec plus d’un milliards de biens importés et devenant centrale sur le marché des biens de consommation. Mettre en danger les investissements massifs de la Chine en Azerbaïdjan serait dès lors un suicide. La Chine et les autres investisseurs ont besoin de la paix et d’une stabilité, afin de faire fructifier leurs investissements. C’est assurément la raison pour laquelle Bakou est resté jusqu’à présent discret et prudent. Un autre pays avait été poussé dans la guerre contre l’Iran, l’Irak…. L’affaire avait conduit à une guerre meurtrière (1980-1988), faisant des centaines de milliers de victimes, ruinant les économies des deux pays. L’Azerbaïdjan se sera sans doute aussi souvenu qu’au final, le dirigeant de l’Irak avait terminé sa vie sur un échafaud… après avoir été déposé par les mêmes « alliés » occidentaux et américains, dans une autre guerre dévastatrice, puis une occupation du pays (2003 à nos jours).



L’Azerbaïdjan est aussi un petit pays par rapport à l’Iran, avec 10 millions d’habitants contre 88 millions d’Iraniens, mais il est intéressant de noter que la majorité des armements fournis à Bakou viennent d’Israël, de Turquie, de Tchéquie, de Slovaquie, de Biélorussie, du Pakistan et bien sûr de Russie. Le pays devra prendre garde à ne pas devenir un second Irak… Bien que plus modeste que l’Irak du point de vue du pétrole, l’Azerbaïdjan est le 28e producteur mondial (mais 19e réserve mondiale), pour 560 000 barils par jour, dont la majorité partent pour l’Italie. Ce pétrole est sous contrôle de la compagnie étatique SOCAR, mais l’exploitation est réalisée massivement par des partenaires internationaux, dont le hongrois MOL, la compagnie canadienne Zenith Aran Oil Company et surtout par la BP, gérant 80 % de la production nationale. Cependant l’Azerbaïdjan contrôle jalousement son pétrole, via la compagnie SOCAR, sous l’autorité directe du président de la République. Pour Trump, il y a là une impossibilité d’actions, sauf à une collusion non seulement avec le Royaume-Uni, mais vous l’aurez compris aussi avec la Chine ou l’Inde. Quant aux pays européens, ils ne comptent pour rien pour Trump, à peine le niveau d’Andorre… et l’Union européenne reste une cible des Américains. L’Azerbaïdjan devra rester sur sa prudente neutralité ou subir le sort peu enviable d’autres nations immolées par l’Oncle Sam.
