Royaume-Uni : humilié, Starmer s’accroche au pouvoir malgré la déroute historique des travaillistes

Royaume-Uni : humilié, Starmer s’accroche au pouvoir malgré la déroute historique des travaillistes

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Le Premier ministre britannique refuse de démissionner après avoir perdu près de la moitié de ses sièges lors des dernières élections. Son propre camp se déchire, Nigel Farage profite de la brèche.

Bérézina. C’est le mot qui résume la séquence cauchemardesque qu’a traversée Keir Starmer ces derniers jours. Pourtant, le Premier ministre britannique campe sur ses positions : il l’assure, il ne démissionnera pas. Son bras droit, le vice-Premier ministre David Lammy, l’a martelé ce lundi sur Sky News : « Il n’y aura aucun « mentoring » pour organiser son départ. »

Autrement dit : pas de calendrier, pas de date, pas de geste. Starmer s’accroche à Downing Street comme une moule à son rocher.

Que s’est-il passé début mai ? Les élections locales en Angleterre, au pays de Galles et en Écosse ont sonné le glas de la popularité travailliste. En quelques jours, le parti au pouvoir a perdu près de la moitié de ses sièges dans les conseils municipaux anglais. Pire : au pays de Galles, bastion historique des travaillistes depuis un siècle, la défaite est cuisante.

Pendant ce temps, une force politique profite de la débâcle : Reform UK, le parti anti-UE, anti-immigration mené par l’insubmersible Nigel Farage.

Face à ce naufrage, la pression sur Starmer est devenue intenable. Non pas venant de l’opposition conservatrice, mais de son propre camp. Des ministres, des députés, des cadres du Parti travailliste lui réclament soit sa démission immédiate, soit, à minima, un calendrier clair pour passer la main.

Sur le plateau de Sky News, David Lammy a contre-attaqué, estimant que les travaillistes qui réclament le départ de Starmer ont marqué « des buts contre leur propre camp ».

Lammy a confié avoir parlé à deux reprises avec le Premier ministre la veille. « Il veut continuer. Point. »

Mais cette crise existentielle révèle aussi une fracture idéologique béante. L’ancien ministre de la Santé, Wes Streeting – pourtant proche de Starmer – a claqué la porte du gouvernement la semaine dernière. Dans un discours-programme très remarqué, il a ouvertement appelé à un changement de direction et a commis l’irréparable : il a remis sur la table l’hypothèse d’un retour dans l’Union européenne.

« Le Brexit a été une erreur catastrophique, a-t-il déclaré. Il a appauvri le pays. » Et d’ajouter, provocation ultime : « La Grande-Bretagne doit revenir un jour dans l’UE. »

Interrogé sur ce point, Lammy a botté en touche : « Ce n’est pas ma position, mais Wes a le droit d’ouvrir le débat. » Un débat que Keir Starmer, lui, a toujours fermé en bloc depuis son arrivée au pouvoir en 2024.

Starmer résiste, mais pour combien de temps ? Avec un parti qui se déchire, Farage qui consolide son assise locale, et un ancien ministre qui rêve tout haut de Bruxelles, le chef du gouvernement britannique joue son va-tout.

A Downing Street, la valise n’est pas encore dans l’entrée. Mais pour combien de nuits encore ?

Amine Sifaoui