Corruption des politiques en France : le cas du macroniste Olivier Dussopt

Corruption des politiques en France : le cas du macroniste Olivier Dussopt

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Une rubrique sur la corruption des milieux et élites politiques, alors que depuis l’apparition des politiciens professionnels, cumulards de mandats, les affaires éclatent les unes après les autres sous la Ve République. Ces politiciens sont devenus une caste, à la manière de l’aristocratie sous l’Ancien Régime. Ils ne s’intéressent pas à l’intérêt général, ni de la France, ni du Peuple français, mais à des objectifs personnels, de carrière, d’enrichissement, de pouvoir. Ils sapent le tissu social, détruise la souveraineté de la France, pratiquent le clientélisme, vivent dans des milieux endogames et népotiques, ils viennent hélas de toutes les franges politiques et mon propos ne sera pas d’attaquer un ou plusieurs partis politiques, mais de les attaquer tous. Pour le faire une arme simple : la biographie. A travers l’étude des biographies, apparaît alors la vraie nature de ces politiciens corrompus, d’oligarques, de barons locaux et d’une faune cravatée.

C’est un mal qui ronge la République française de longue date. Mais on assiste à une accélération du phénomène. Les affaires furent plus nombreuses à partir de la présidence de Giscard d’Estaing et François Mitterrand, puis se multiplièrent jusqu’à celle d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée, le phénomène a pris une ampleur inquiétante. Nous assistons à une corruption massive des milieux politiques, le mauvais exemple étant donné au plus haut niveau de l’État. Mon propos sera de balayer un demi-siècle de corruption endémique, un état des lieux effrayant mais nécessaire.

Aujourd’hui nous aborderons un cas emblématique de cette corruption, presque un cas d’école, en la personne d’Olivier Dussopt, un ancien apparatchik de la Gauche Caviar ayant rallié précocement la macronie. Son cas est intéressant, car il illustre clairement la « République des copains » et j’ai pu pister son recyclage, après qu’il eut été condamné pour des faits de corruption et de favoritisme. Vous découvrirez toute une équipe de « chaussures pointues », un fils d’ouvrier responsable de la réforme des retraites à 64 ans, qui d’origine modeste, en passant par le PS, est devenu grâce à de nombreux « bons et très chers amis »… un consultant dans des cabinets menant à la haute finance, ou à l’oligarque Xavier Niel, ancien roi du Minitel Rose, très proche… du « bel homme » : Emmanuel Macron ! Le tout pourrait finir dans une retraite dorée, là encore grâce « aux très chers et bons amis ». Je vous laisse découvrir l’épilogue !

Mais qui est Olivier Dussopt ? Il naquit à Annonay, en Ardèche, le 16 décembre 1978, dans une famille modeste d’ouvriers et d’employés. Il fit des études supérieures et entra dans l’une des pires usines de production de créatures du système, à l’Institut d’études politiques de Lyon (Sciences Po), dont il sortit diplômé en 2000, puis intégra l’ENA, l’École nationale d’administration, promotion 2004. Il fut nommé comme administrateur territorial (2004-2017), mais dès avant sa sortie d’études, il était entré en politique, encarté dans le Parti Socialiste, la fameuse Gauche Caviar.

Il fut élu conseiller municipal à Annonay (2001) et même maire de la ville (2008), cumulant bientôt d’autres mandats. Il fut notamment élu conseiller général du canton d’Annonay (2009-2015), réélu encore à sa mairie (2014-2017) et tentant de se faire élire à l’Assemblée Nationale. Il fut effectivement élu, dans la vague rose qui porta aussi au pouvoir le triste François Hollande, dans la 2e circonscription de l’Ardèche (2012). Il resta vissé à son siège et fut l’un des tous premiers socialistes à trahir sa couleur politique pour rejoindre Emmanuel Macron (2017). C’est sous la couleur du parti En Marche, qu’il fut réélu à son siège (2017), puis de nouveau en 2022, dans les rangs du parti présidentiel Renaissance. Il avait été précédemment Président d’honneur du mouvement Territoires de Progrès (octobre 2021), qui fusionna pour former le parti Renaissance (août 2022). Les récompenses ne tardèrent pas, puisqu’il fut bombardé Ministre du Travail (2020-2024) et fut l’homme de réforme de la retraite à 64 ans… (2023). Pour un fils de simple ouvrier, il avait fait très fort

L’affaire Olivier Dussopt et les lézardes dans le parcours « citoyen ». Après ses exploits dans son ministère, il ne fut pas renouvelé dans sa fonction (janvier 2024). Il était en effet touché par un scandale que révéla le média Médiapart (février 2023), en plein débat houleux au sujet de sa réforme de la retraite. Les faits exhumés par le média étaient une affaire de favoritisme, à l’époque où il se trouvait maire de la ville d’Annonay. En 2009, ce dernier avait attribué illégalement un marché public de distribution de l’eau potable, à la société La Saur, la Société d’aménagement urbain et rural, géant français du traitement de l’eau. Le montant du contrat était de 5,6 millions d’euros, mais le plus gros problème était que l’offre de la compagnie était plus chère que celle de ses concurrents. En cachette, Olivier Dussopt avait communiqué au directeur général de La Saur, Olivier Brousse, des informations privilégiées afin de lui permettre de s’aligner (juillet 2009). Il avait lui-même influé dans la mairie, pour modifier les critères d’évaluation de l’appel d’offres, en diminuant l’importance accordée au prix dans la notation et faire remporter le contrat à La Saur. S’il reçut une enveloppe, ce qui apparaît plus que probable, la justice n’en trouva pas trace, mais elle découvrit qu’il avait reçu en cadeaux, deux lithographies du peintre Gérard Garouste, offertes par un dirigeant local de La Saur (janvier 2017).

L’affaire eut beaucoup de mal à se faire jour, mais elle était antérieure à 2023, puisque des perquisitions furent faites au domicile ardéchois de Dussopt (août 2020), suite à l’ouverture d’une enquête préliminaire par le Parquet National financier (mai 2020). Médiapart révéla la procédure en cours, alors qu’un procès en première instance se tint à Paris (novembre 2023). Il fut relaxé par le tribunal correctionnel de Paris (janvier 2024), criant déjà victoire, mais le parquet fit appel (24 janvier). En appel, la relaxe fut infirmée par la cour, puis il fut condamné pour : « favoritisme », à 15 000 euros d’amendes, dont 10 000 avec sursis… soit seulement 5 000 euros, mais son poids politique lui évita une peine de prison, même avec sursis (7 février 2025). La Saur fut par contre aussi condamnée, à une amende de 100 000 euros, pour : « recel de favoritisme ». Dans le déni le plus absolu, il nia obstinément les faits et déclara en même temps qu’un pourvoi en cassation :

« Je prends acte de la décision de la Cour d’appel de Paris, je tiens à souligner, comme cela a été dit dès le début, qu’il n’y a eu dans ce dossier aucun enrichissement ni intérêt personnel… La Cour considère qu’une erreur aurait été commise dans une procédure de passation de marché public de sous-traitance en 2009, erreur ayant pu entraîner une rupture d’égalité entre les candidats, ce que je conteste, j’ai toujours agi dans l’intérêt des Annonéens et de la ville d’Annonay ».

Le recyclage par les « bons et chers amis ». Mis sur la touche, mais accroché aux branches de la macronie. La sale affaire l’obligea à retourner à des fonctions plus modestes… mais plus rémunératrices, Emmanuel Macron préférant l’écarter du gouvernement (janvier 2024). Il avait de toute façon servi de fusible dans l’affaire de la réforme de la retraite. Il fut d’abord désigné comme secrétaire-général exécutif du Parti Renaissance. Ayant pris une torpille, il renonça également à se représenter à son siège de député à l’Assemblée Nationale et laissa la place (juin 2024). Il fut immédiatement recyclé par « les copains », recruté comme Senior Advisor au cabinet Euros/Agency, en conseil en communication stratégique et en affaires publiques… (avril 2025 à nos jours). Enfin, il fut nommé membre du Comité de surveillance de Comet, une entreprise spécialisée dans le recrutement dans le numérique.

Mais qu’est-ce qu’Euros/Agency ? C’est un cabinet de conseil en communication stratégique et en affaires publiques, en France et au niveau international et européen. Le cabinet a été fondé par un certain Matthieu Collet en 2012. C’est une autre créature du système passé par Sciences Po Grenoble (promotion 2002), mais aussi par Sciences Po Lyon, ou encore titulaire d’un DESS « en affaires européennes », obtenu en Belgique et en Pologne (Louvain et Cracovie). Le « brave » homme fut assistant parlementaire… à l’Assemblée Nationale (2001-2003), intégré dans la fonction publique, comme chargé de mission au Groupement des Autorités responsables de Transport (2003-2004), attaché parlementaire au Parlement européen (2005-2006, pour Gilles Savary, Parti Socialiste, député de 1999 à 2019), Président et rédacteur en chef d’Euros du Village, un « média en ligne indépendant sur l’Europe »… (2005-2012) autrement un lobbyiste européiste forcené. Il fut aussi lobbyiste représentant la SNCF à Bruxelles (2006-2007), membre du think thank Notre Europe de l’Institut Jacques Delors (depuis 2007, lié au Parti Socialiste, puis à la Macronie), puis consultant et enfin le fondateur du fameux cabinet (toute la fine équipe du cabinet se trouve dans ce lien).

Mais qu’est-ce que Comet ? C’est une entreprise et plateforme tech-enabled spécialisée dans la mise en relation entre indépendants du secteur IT et des grandes entreprises (fondée en 2016). Elle possède un catalogue touffu de « chers amis », pas moins de 15 000 indépendants « qualifiés » ou sensés l’être, mais surtout estampillés par les « bons et chers amis ». La clientèle cible est carrément les grands comptes du CAC 40 ou du SBF 120. La société est privée et détenue par un groupe de fonds d’investissements, dont le fonds de capital-risque DAPHNI. C’est l’investisseur historique de Comet, comprenant d’autres fonds, dont Kima Ventures, le fonds d’un certain Xavier Niel, ancien roi du porno et du Minitel rose et surtout très bon ami d’Emmanuel Macron… Les fondateurs sont Arnaud Aubry, un ancien requin de la finance, Valentin Cordier, un ancien ingénieur aéronautique ayant travaillé dans la sécurité informatique, notamment pour une entité du complexe militaro-industriel français : Safran (il a quitté ses fonctions pour : « effectuer un tour du monde », décembre 2021), Charles Thomas, autre ingénieur aéronautique et compère du précédent, qui aurait dixit : « effectué une prouesse, en génération 300 000 euros par mois de volume d’affaire, sans avoir écrit une ligne de code et sans CTO technique », défini comme un homme « de réseaux », et enfin Joseph Wiel, autre ingénieur aéronautique, freelance pour de nombreux entreprises et dernier larron.

Épilogue. Olivier Dussopt également été proposé à la présidence du groupe EMEIS, ex Orpea, groupe spécialisé dans les maisons de retraite (avril 2026). Cependant, cette nomination doit encore être entérinée par l’Assemblée générale du groupe, après le départ de l’ancien président Guillaume Pépy, qui aura lieu le 23 juin 2026. Le « très cher ami » Guillaume Pépy… était un ancien de Sciences Po et de l’ENA, et fut directeur de cabinet de Martine Aubry, Parti Socialiste, alors Ministre du Travail (1991-1993), puis patron de la SNCF. Merci aux « bons et très chers amis »… la retraite d’Olivier Dussopt sera agréable et douce car la rémunération du directeur est de 1,44 millions d’euros à l’année (2024), avec une part fixe de 760 000 euros… mais quant à son salaire de président du Conseil d’administration, ce dernier n’est pas communiqué par le groupe. Sans doute une misère…