Une rubrique sur la corruption des milieux et élites politiques, alors que depuis l’apparition des politiciens professionnels, cumulards de mandats, les affaires éclatent les unes après les autres sous la Ve République. Ces politiciens sont devenus une caste, à la manière de l’aristocratie sous l’Ancien Régime. Ils ne s’intéressent pas à l’intérêt général, ni de la France, ni du Peuple français, mais à des objectifs personnels, de carrière, d’enrichissement, de pouvoir. Ils sapent le tissu social, détruise la souveraineté de la France, pratiquent le clientélisme, vivent dans des milieux endogames et népotiques, ils viennent hélas de toutes les franges politiques et mon propos ne sera pas d’attaquer un ou plusieurs partis politiques, mais de les attaquer tous. Pour le faire une arme simple : la biographie. A travers l’étude des biographies, apparaît alors la vraie nature de ces politiciens corrompus, d’oligarques, de barons locaux et d’une faune cravatée.
C’est un mal qui ronge la République française de longue date. Mais on assiste à une accélération du phénomène. Les affaires furent plus nombreuses à partir de la présidence de Giscard d’Estaing et François Mitterrand, puis se multiplièrent jusqu’à celle d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée, le phénomène a pris une ampleur inquiétante. Nous assistons à une corruption massive des milieux politiques, le mauvais exemple étant donné au plus haut niveau de l’État. Mon propos sera de balayer un demi-siècle de corruption endémique, un état des lieux effrayant mais nécessaire.
Aujourd’hui j’aborderai un cas récent, celui de Guillaume Boudy, un politicien local de la macronie, mais qui longtemps fut un haut-fonctionnaire et politicien de troisième rang de la droite libérale. Il fit une longue et lucrative carrière dans la fonction publique, mais aussi de politicien local, après une lente ascension et son ralliement à la Macronie. Il était devenu entre temps par carriérisme, un client d’Édouard Philippe. Passé des Républicains au Parti Horizons, il fut dénoncé… par un autre macroniste, mais du parti présidentiel Renaissance, pour des faits de corruption, favoritisme et prise illégale d’intérêts. L’affaire est en suspens, le parquet de Nanterre n’ayant pour l’instant pas bougé d’un iota suite à cette dénonciation. Voici dans l’Aurore Nouvelle, une affaire de règlements de comptes politiques, de crocs en jambes et d’un joli contrat en millions d’euros pour le chauffage de la ville de Suresnes.
Mais qui est Guillaume Boudy ? Guillaume Boudy naquit à Monaco, le 20 juin 1964, dans une famille très aisée, son père étant avocat et sa famille comprenant Pierre Sarrazin, député-maire de Sarlat, Paul Boudy, directeur général du service forestier marocain (compagnon du maréchal Lyautey) et enfin André Cordier, le premier président de la Cour d’appel de Rabat, durant l’époque coloniale. Il fit des études prestigieuses, au Lycée Albert 1er à Monaco, puis au Lycée Masséna à Nice. Par la suite il intégra l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC) et les usines de « production » de créatures du système, d’abord Sciences Po Paris, puis l’ENA, promotion 1991-1993. Le milieu étant endogame c’est à Sciences Po qu’il rencontra son épouse, Constance Wattinne.
Avant l’ENA, sa carrière était déjà toute tracée, aussi commença-t-il comme directeur financier dans le groupe Renault, effectuant une coopération au Venezuela. Après l’ENA, il fut nommé à la Cour des comptes comme auditeur (1993-1996), mais aussi parachuté comme auditeur au Programme alimentaire mondial de l’ONU (1994-1996), effectuant des missions en Tanzanie, en Afghanistan, au Pakistan, au Vietnam ou en Angola. Il fut promu conseiller référendaire à la Cour des comptes (1996), puis conseiller maître (2009). Entre temps, il fut conseiller commercial à l’ambassade de France, à Singapour et adjoint au chef des services d’expansion économique (1998-2000).



De la droite chiraquienne à la Macronie. Proche d’Hervé Gaymard, une figure du parti présidentiel de Jacques Chirac (RPR puis UMP), il fut nommé directeur général du cabinet de Gaymard, au Conseil régional de la Savoie (2001), puis directeur adjoint dans son cabinet, alors que Gaymard avait été nommé Ministre de l’Agriculture (2002-2004). Il l’accompagna encore comme directeur adjoint de son cabinet, lorsqu’il fut nommé Ministre de l’Économie et des Finances (2004-2005). A la fin de l’ère Chirac, il fut nommé directeur général de la Cité des sciences et de l’industrie (2005-2008), puis secrétaire général au Ministère de la Culture, sous Christine Albanel et Frédérique Mitterrand, durant l’ère Nicolas Sarkozy (2008-2012). Pendant la traversée du désert de sa frange politique et la présidence de François Hollande (2012-2017), il apparut derrière un politicien des Républicains corrompu, Laurent Wauquiez, qui était président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, le nommant directeur général des services du conseil régional (2016-2017). C’est après l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée, qu’il rejoignit la Macronie et fut nommé par Édouard Philippe secrétaire général pour l’investissement (2018-2022).



De la discrète carrière politique locale à l’affaire Boudy. Il s’était engagé de longue date en politique, au niveau de la commune de La Turbie, dans les Alpes-Maritimes, où il fut élu pour la première fois conseiller municipal (2001-2007). Il fut élu au même poste pour la ville de Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, qui devait devenir son fief politique (2008-2014), puis adjoint au maire, chargé des finances (2014-2020). Il brigua ensuite la mairie et fut élu maire de Suresnes, avec 48,76 % des voix au second tour (2020-à nos jours). Cumulard de mandats, il occupa bientôt le poste de conseiller départemental et par la suite de vice-président des Hauts-de-Seine (2021 à nos jours). Son élection de maire à Suresnes s’était encore fait sous la couleur politique des Républicains (2020), mais déjà lié à la Macronie depuis plusieurs années, il rejoignit le Parti Horizons fondé par Édouard Philippe, son protecteur depuis quelques années. Quelques semaines avant la fin de son mandat de maire, il fut rattrapé par une affaire de corruption qui éclata le 20 février 2026.



L’affaire Boudy. Il fut dénoncé par un autre poisson de la Macronie, le sénateur Xavier Iacovelli, du parti présidentiel Renaissance, qui saisi le parquet de Nanterre, pour : « prise illégale d’intérêts, favoritisme et corruption passive ». La dénonciation portait sur le fait d’un marché public bidonné de 15 millions d’euros, pour le chauffage urbain de la ville de Suresnes. Le contrat avait été remporté par le société Idex Energies, contre Soclis, une filiale du groupe Dalkia. En réaction Guillaume Boudy avait immédiatement porté une plainte pour dénonciation calomnieuse contre Xavier Iacovelli. Les accusations ne visaient pas seulement Boudy, mais aussi son adjoint, Vianney Raskin, également directeur de sa campagne pour les Municipales 2026. L’affaire était avant tout politique, le Parti Renaissance briguant la mairie de Suresnes contre Guillaume Boudy, lui-même dans la Macronie, mais dans les rangs du Parti Horizons. La dénonciation n’était donc pas du fait de l’honnêteté soudaine de Xavier Iacovelli, mais dans le but de glisser une savonnette sous les pieds du maire sortant. Le signalement qui fut fait en février 2026, ne provoqua aucune enquête, ni mise en examen. Avant même le lancement d’une procédure judiciaire, la mairie de Suresnes assura avoir été transparente et que Vianney Raskin, lié à la compagnie ayant remporté l’offre : « aurait pris soin de ne pas siéger à la Commission d’appel d’offres pour éviter un conflit d’intérêts ».
Le coup ne fonctionna pas, alors que Guillaume Boudy était élu dès le premier tour, avec 53,18 % des voix, écrasant à plate couture ses adversaires, dont un certain Xavier Iacovelli, ne remportant que 26,87 % des voix. A ce jour, le parquet de Nanterre devra tout de même se prononcer, à savoir ouvrir une enquête préliminaire, classer sans suite ou encore saisir un juge d’instruction. Coup en dessous de la ceinture, ou corruption réelle ? Il est fort possible que les deux options soient envisageables…Les loups macronistes se dévorent entre eux, la fin de régime serait sans doute pathétique, lorsqu’un jour le système s’écroulera totalement.



