La bombe à retardement des engrais : vos courses vont exploser en 2027

La bombe à retardement des engrais : vos courses vont exploser en 2027

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Entre les sanctions contre la Russie, la fermeture du détroit d’Ormuz et votre prochaine baguette, il y a trois étapes, des semaines d’attente… et une addition salée que l’Union européenne a contribué à préparer elle-même.

Vous n’avez encore rien vu. Chez Carrefour, Leclerc et autres enseignes de la grande distribution, les prix tiennent bon. Miracle ? Non. Simple décalage horaire entre la guerre et vos étagères.

Un calme apparent, qui précède réellement la tempête à venir. Parce que l’UE a sanctionné la Russie, l’un des géants mondiaux des engrais ; Parce que les américano-sionnistes ont déclaré la guerre, le prix des denrées de alimentaires vont encore augmenter.

Depuis 2022, Bruxelles a multiplié les trains de sanctions contre Moscou. L’objectif affiché : asphyxier l’économie russe. Résultat des courses, les Européens payent le prix fort, la trahison de leurs élites et leur asservissement à l’Etat profond américain. Parce que outre l’approvisionnement en gaz et en pétrole russe, l’UE s’est aussi coupée du premier exportateur mondial d’engrais azotés, potassiques et phosphatés… la encore, la Russie.

Résultat : bien avant la fermeture du détroit d’Ormuz, les prix des engrais flambaient déjà en Europe. Les usines européennes, dépendantes du gaz russe pour produire leur propre azote, ont vu leurs coûts s’envoler. Nombre d’entre elles, tout comme dans le secteur automobile et sidérurgique, ont dû fermer ou entamer des coupes jamais vues dans leur base salariale.

« On a sanctionné nos propres fermes sans le vouloir », estime un expert agricole sous couvert d’anonymat.

Sans le vouloir… pas si sûr. Evidemment, les citoyens lambda, eux, n’ont pas pour objectif de se tirer une balle dans le pieds. Mais la logique et les intérêts de la classe dirigeante sont tout à fait différents. On met en faillite tout un modèle, trop peu rentable pour les corrompus, et on le remplace par un autre, bien plus lucratif. Dans cette équation, la petite entreprise, tout comme la petite exploitation familiale n’a pas sa place. Et surtout, outre-Atlantique, on va rapidement se poser en alternative à la production russe, afin de gagner des parts de marché.

Puis la crise au Moyen-Orient est arrivée. Depuis que les bombardements américaines et israéliennes ont laissées place à la riposte iranienne, et à la fermeture du détroit d’Ormuz, le gaz a bondi de 59 % et certains engrais de 50 %. En UE, l’urée – l’engrais le plus utilisé – est passée d’environ 370 à 560 euros la tonne. Si l’on compare les tarifs entre avril 2025 et avril 2026, la hausse s’élève à près de 50 %. Et les prévisisions ne sont pas réjouissantes. Selon les projections des marchés, les cours de l’urée devraient se stabiliser autour de 600 euros le tonne sur les 12 prochains mois. Des tarifs très hauts et prolongés.

« La plupart des aliments actuellement en rayon ont été produits avec des intrants achetés avant la double crise – sanctions russes comprises », explique David Laborde, économiste à la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). « Ce calme reflète un effet de timing, pas une immunité. »

Le problème ? Les agriculteurs européens commencent tout juste à commander pour les semis d’automne. Et là, les comptes ne tournent plus ronds.

Par chance, les paysans avaient fait leurs stocks avant la guerre en Iran. Mais les sanctions contre la Russie les avaient déjà obligés à chercher ailleurs, plus cher, avec des engrais de substitution moins performants.

Pour les prochaines plantations, c’est la douche froide. Le blé se vend au même prix qu’avant, mais l’engrais coûte 50 % de plus. Alors les agriculteurs font des choix douloureux : moins d’azote, ou des cultures moins gourmandes. Conséquence mécanique : des moindres récoltes en 2027. C’est à ce moment-là, seulement, que les consommateurs sentiront vraiment la guerre… et les sanctions.

Certains pays n’ont même pas eu de matelas de sécurité. L’Irlande, qui ne produit quasiment pas d’engrais, achète toute l’année. Ses éleveurs paient déjà le prix fort.

En Suède, la fédération agricole estime que la double crise a déjà coûté 160 millions d’euros à ses membres – 12 % de leurs bénéfices. « Ceux qui ont encore des stocks peuvent continuer, explique Ingrid Rydberg du syndicat LRF. Les autres vont réduire, récolter moins, et répercuter. »

La Commission européenne prépare un grand plan « engrais » pour le 19 mai. Quatre piliers : moins importer, plus produire localement, des engrais verts, et aider les agriculteurs à en utiliser moins.

Mais construire une usine d’engrais, c’est trois à quatre ans. Or la production européenne a déjà chuté de 19 % en partie à cause des sanctions contre la Russie.

Et il y a un autre couac : la taxe carbone aux frontières de l’UE, connue sous le nom de CBAM, entrée en vigueur le 1er janvier. Elle vise à pénaliser les engrais importés de pays aux normes climatiques faibles… mais elle alourdit encore la facture en pleine crise. L’Italie et la France veulent la suspendre. L’Allemagne et la Pologne (gros producteurs d’azote) veulent la maintenir.

« Quand la crise au Moyen-Orient s’arrêtera, le coût du CBAM, lui, restera. Et les sanctions contre la Russie aussi », prévient Jean-Baptiste Boucher, directeur de la communication de Copa-Cogeca, le principal lobby agricole européen.

Aux États-Unis, Donald Trump – dont les frappes ont déclenché la fermeture du détroit d’Ormuz – multiplie les posts en majuscules sur les « monopoles d’engrais ». Mais ses agriculteurs, qui achètent au dernier moment, souffrent déjà : 70 % d’entre eux disent ne pas pouvoir payer tous les engrais nécessaires cette année. Le ministère américain de l’Agriculture prévoit la plus petite récolte de blé depuis… 1919.

Mais l’Amérique n’a pas sanctionné la Russie sur les engrais. L’Europe, si. Et elle en paie aujourd’hui le prix fort.

Le Brésil manquera de trois millions de tonnes de phosphates avant ses semis de soja en septembre. L’Éthiopie, qui fait transiter 90 % de ses engrais par Djibouti depuis le Golfe, n’a aucun plan B. Et les prévisions annoncent un El Niño très puissant – synonyme de sécheresses et d’inondations sur des zones déjà fragiles.

Le Programme alimentaire mondial de l’ONU vient de tirer la sonnette d’alarme : si le conflit se prolonge au-delà de mi-2026, 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans une insécurité alimentaire aiguë.

La vérité dérange, l’UE a contribué à créer cette pénurie en sanctionnant la Russie sans solution de repli. Le conflit iranien n’est que le deuxième acte d’une pièce écrite par Bruxelles et les lobbystes.

La Chine, elle, n’a pas attendu. Pékin a suspendu ses exportations de phosphate jusqu’en août, restreint ses mélanges azote-potassium en mars et annoncé un arrêt de ses exportations d’acide sulfurique à partir de mai.

Le 19 mai, la Commission européenne dévoilera son grand plan « engrais ». Une clarification très attendue. Les premiers certificats CBAM, eux, devront être payés le 1er février 2027. Entre-temps, la prochaine récolte aura été semée.

À ce moment-là, il y a fort à parier que les étiquettes chez Carrefour et Leclerc ne seront plus celles d’aujourd’hui. La bombe à retardement a été programmée à Bruxelles. Le détonateur a cliqué dans le Golfe. L’explosion, vous la verrez dans votre caddie dans les prochains mois.

Amine Sifaoui