Maréchal le revoilà… le 8 mai à Carpentras et Canet-en-Roussillon

Maréchal le revoilà… le 8 mai à Carpentras et Canet-en-Roussillon

Facebook
Twitter
WhatsApp

Deux communes françaises ont fait l’objet d’incidents graves et de diffusion du chant Maréchal nous Voilà, célèbre chanson des collaborateurs fascistes français, lors des célébrations du 8 mai et de la Victoire contre l’Allemagne nazie. Je dénonce depuis longtemps une banalisation et une montée en puissance des nostalgiques de l’Allemagne hitlérienne et de l’État de Vichy, alors que la situation semble même s’aggraver sous fond de soutien du gouvernement français à l’Ukraine.

Dans la journée d’hier, absent pour assister aux commémorations des 8 et 9 mai, un pétainiste a d’ailleurs posé un long discours révisionniste sur le canal, provoquant le premier bannissement sur le canal de l’Aurore Nouvelle. Le nostalgique pétainiste savait probablement ce qu’il faisait, à savoir que nous serions occupés à ces commémorations pour poser ce message qui est resté quasiment 24 heures visible sur le canal.

En France, le média étatique de propagande France Info a rapporté l’un des incidents en détails, évoquant le second brièvement, mais nous allons dans cet article de l’Aurore Nouvelle décortiquer les deux incidents en profondeur, car pour des raisons politiques, seul l’un des incidents a été largement commenté par la presse. Les faits se sont déroulés à Carpentras et Canet-en-Roussillon, alors que nous parlerons d’un autre 8 mai à Carpentras et d’une ancienne et sinistre profanation de tombes… en hommage à Adolf Hitler… Carpentras nous revoilà, avec Pétain en chanson.

Carpentras une vieille histoire pétainiste. Les deux incidents se sont déroulés dans la ville de Carpentras, dans le Vaucluse, une mairie tenue par le Parti Rassemblement National, mais aussi à Canet-en-Roussillon, dans les Pyrénées-Orientales. La presse s’est acharnée sur le premier événement à cause de la couleur politique du maire, mais que l’on parle de l’un ou l’autre cas, nous sommes face à une provocation de pétainistes parmi la population. La ville de Carpentras avait défrayé la chronique dans une sombre histoire de profanation de tombes juives, qui avait fait un énorme scandale. L’affaire avait été un fiasco judiciaire car pour d’autres raisons d’incompétences des médias, la profanation de 34 tombes dans un cimetière juif à Carpentras, le 10 mai 1990, avait été d’abord longuement attribuée à des joueurs de jeux de rôle, dans une offensive pathétique des médias contre les pacifiques passionnés de JDR.

Après 6 ans d’enquêtes et les médias ne s’excusant pas pour avoir injustement accusés les fameux joueurs de Jeux de rôles, le pot aux roses fut enfin découvert en 1996 : les criminels et profanateurs étaient 5 néonazis et skinheads de la région, Yannick Garnier, Patrick Laonegro, Jean-Claude Gros, Olivier Fimbry et Bertrand Nouveau. Arrêtés en juillet 1996, alors que le dernier était décédé précédemment en 1992, ils furent condamnés en 1997. Les ignobles personnages avaient déclaré : « avoir agi par antisémitisme et pour rendre hommage à Adolf Hitler le jour de l’anniversaire de la capitulation allemande ». La fausse piste largement diffusée par les médias français avait longtemps brouillé les pistes, permettant de jeter un voile sur les vrais criminels, mais eut aussi de très graves conséquences pour les passionnés de JDR, avec toute une série d’émissions fantasmées, sur les joueurs de jeux de rôles, entre satanisme, gourous et autres absurdités sortis des cerveaux perturbés des journalistes de l’époque. Les 4 néonazis furent condamnés à 2 ans de prison, ils avaient en plus des 34 tombes, déterré le corps de Félix Germon, qui fut empalé sur un piquet, une étoile de David apposée sur sa poitrine.

Maréchal Nous Voilà, la souillure pétainiste. Le premier incident s’est donc déroulé dans la ville de Carpentras, qui comprend environ 32 000 habitants et qui ne semble pas s’être libérée de ses démons révisionnistes, négationnistes et pétainistes. Problème, la diffusion du chant Maréchal Nous Voilà a été diffusée dans le Centre Ville via les hauts parleurs de la commune et donc de la mairie de Carpentras, vers 17 h 30. Le « prestataire » était la Radio associative RTV FM chargée de l’animation musicale. Le personnel de la radio a plaidé l’erreur humaine, alors qu’un technicien avait utilisé une liste de chansons 1938-1945, trouvée sur une plateforme sur Internet et n’avoir pas découvert que la chanson s’y trouvait. La presse s’est immédiatement emparée du sujet, alors que le maire Hervé de Lépinau, membre du RN annonçait porter plainte contre X pour malveillance et fermer le partenariat avec la Radio RTV FM. Le maire de la ville a déclaré que l’acte visait : « à salir la réputation de la nouvelle équipe municipale », ce qui est évidemment encore une possibilité, l’enquête dira peut-être s’il s’agissait d’un acte malveillant, ou simplement d’un nostalgique pétainiste comme il s’en trouve encore beaucoup en France.

Le second incident s’est déroulé dans la ville de Canet-en-Roussillon, une station balnéaire touristique prisée, comprenant environ 13 000 habitants, avec une population multipliée par quatre dans les périodes estivales et de vacances. C’est la deuxième ville du Roussillon, derrière la capitale Perpignan. La ville est tenue par un maire du Parti des Républicains, Stéphane Loda, qui a été réélu pour un second mandat en mars 2026. Il avait littéralement écrasé son opposante de gauche, la candidate Nadine Pons, avec 84,4 % des voix. Dans le cas de Canet-en-Roussillon, la diffusion du chant pétainiste fut faite par un ingénieur du son indépendant, fourni par l’office du tourisme, utilisant lui aussi une liste « années 40 », provenant d’Internet. La diffusion fut faite lors d’une reconstitution historique autour de la Libération, avant un défilé de véhicules militaires possédés par des passionnés. L’association organisatrice, la MVCG Languedoc-Roussillon a elle aussi plaidé l’erreur affirmant regretter : « un incident qui ne fait pas plaisir du tout ». Les badauds et reconstituants présents avaient alerté l’ingénieur du son qui avait coupé immédiatement la chanson. Elle avait été composée en 1941 et était l’hymne officieux de l’État de Vichy, le régime collaborationniste avec l’Allemagne nazie.

Une chanson jamais interdite. La chanson n’a jamais été interdite en France et pullule sur les plateformes en ligne… où des nostalgiques ne se gênent pas pour la propager. En Allemagne, l’hymne nazi, le Horst-Wessel-Lied est interdit, le gouvernement ayant fait le travail, avec une amende à la clef et une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 3 ans. En France, le mauvais exemple fut donné très longtemps par les présidents français, au départ dans le cadre de l’anniversaire de l’armistice de 1918. Charles de Gaulle et Valéry Giscard d’Estaing firent fleurir cette tombe, en dissociant le vainqueur de Verdun, du chef des collaborateurs avec l’Allemagne nazie (1968 et 1978). Mais François Mitterrand, ancien collaborateur et décoré de la Francisque par le maréchal Pétain ne cessa de fleurir la tombe, tous les ans entre 1986 et 1991. Il y renonça sous les pressions et l’ignominie de son geste, qui n’avait plus rien à voir avec les honneurs accordés au soldat de 14-18.

Le culte de François Mitterrand pour Pétain. Les autres présidents jusqu’à ce jour n’ont plus fleuri sa tombe. Jacques Chirac fut le premier à abandonner clairement ces pratiques honteuses. Il parla de Pétain en 2006 : « le vainqueur de Verdun, mais la honte et le déshonneur de Vichy ». En 2011, Nicolas Sarkozy déclara : « un vieux maréchal couvert de gloire à Verdun, mais couvert de honte à Vichy ». François Hollande fut le seul à éviter de l’évoquer, mais Emmanuel Macron tenta de le réhabiliter. En 2018, il qualifia Pétain : « de grand soldat », mais fit marche arrière et renonça à l’inclure dans les hommages nationaux traditionnels aux maréchaux. La France n’a toujours pas interdit les associations autour du maréchal Pétain, notamment l’Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (fondée en 1951). L’association fut condamnée pour apologie de crimes de guerre (1995), mais l’Union européenne… vient à son secours, à travers la Cour européenne des droits de l’homme qui relaxa l’association. Un musée et mémorial du maréchal Pétain existe toujours dans l’île d’Yeu, jamais interdit, alors que l’association citée envisage de créer un musée autour de la maison natale de Pétain, à Cauchy-à-la-Tour, dans le Pas-de-Calais.