8 mai : esprit de résistance face à la dictature moderne

8 mai : esprit de résistance face à la dictature moderne

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Anciens militaires, journalistes, analystes : au Parlement européen, les victimes du système européen des sanctions défilent. Gel des comptes, interdiction de voyager, aucune autorité pour répondre.

Ce devait être une simple audition parlementaire. Elle s’est transformée en réquisitoire contre la machine à sanctions de l’Union européenne. Et dès les premières minutes, l’on constatait bien la derrive totale de l’Union européenne, qui sanctionne, même des citoyens des Etats membres, sans assurer le droit à la défense.

Le 7 mai, sous le titre « Sanctions de l’UE – atteinte à l’État de droit et aux droits fondamentaux », des députés, des avocats et des personnes directement visées par les sanctions ont déroulé un constat accablant. L’instrument présenté comme censé défendre la démocratie et la sécurité, est un danger pour les principes les plus élémentaires de la justice. Des principes qui sont également allègrement bafoués en France, avec notamment l’adoption mardi par le Sénat, de la Proposition de loi visant à lutter contre l’entrisme islamiste en France.

On notera que son article 6 dispose que le « ministre chargé de l’Economie et le ministre de l’Intérieur peuvent décider, conjointement, pour une durée de six mois renouvelable, le gel des fonds et des ressources économiques ».

En France, les banques peuvent déjà légalement fermer votre compte bancaire, sans aucune justification, ce qui sert évidemment de répression politique. Cette fois, on élargit encore les prérogatives des ministres pour réprimer le citoyen récalcitrant sous des motifs fallacieux. Une dictature française qui rappelle bien le régime totalitaire européen.

Hier après-midi, un journaliste allemand frappé par les sanctions de l’UE n’a même pas eu le droit de se rendre au Parlement européen pour témoigner – parce qu’aucune autorité allemande n’a su dire si ce déplacement était légal.

Ruth Firmenich, députée européenne (BSW, non-inscrite), a tenté d’inviter Hüseyin Doğru, journaliste berlinois sanctionné depuis mai 2025, à venir parler de sa propre situation à Bruxelles. Dix jours avant l’audition, son bureau envoie un courrier à l’Office central pour l’application des sanctions, à Cologne. Copies au ministère des Affaires étrangères, au ministère de l’Intérieur, à la police fédérale.

Rien. Pas de réponse. Pas de responsable joignable.

« J’ai passé 40 appels téléphoniques », raconte Firmenich. « Au ministère des Finances, au ministère des Affaires étrangères, à l’Office central, à la Mission permanente à Bruxelles. Personne, absolument personne, ne s’est senti responsable de répondre à une question simple : un citoyen allemand sanctionné peut-il venir au Parlement européen pour parler de ses sanctions ? »

Plus absurde encore : même financer son billet de train aurait pu être interprété comme une « aide au contournement des sanctions », passible de cinq ans de prison.

Doğru, le principal intéressé, a donc témoigné par écran interposé, depuis Berlin. Son absence physique était, à elle seule, la meilleure preuve de la dérive totale de ce système.

Hüseyin Doğru n’a jamais été jugé, jamais entendu, jamais condamné. Pourtant, depuis le 20 mai 2025, son nom figure sur une liste noire de l’UE. Ses comptes sont gelés. Ceux de sa femme aussi. Sa famille est « comme en exil à l’intérieur de son propre pays ».

Son seul crime ? Avoir couvert la guerre à Gaza et les manifestations de solidarité palestinienne en Allemagne. L’UE a qualifié son travail de « déstabilisation », de « manipulation de l’information » et de « menace hybride ».

Mais il y a un détail qui en dit long : sur la liste européenne, Doğru est enregistré comme citoyen turc. Or il est allemand et ne dispose même pas de la double nationalité. Ses avocats ont signalé l’erreur. Le Conseil de l’UE n’a toujours pas corrigé.

Doğru est loin d’être seul. À ses côtés, un autre cas a secoué l’audition : celui de Jacques Baud, ancien colonel du renseignement suisse, ancien observateur de l’ONU et ancien envoyé spécial de l’OTAN en Ukraine en 2014 .

Le 15 décembre 2025, le Conseil de l’Union européenne a inscrit Baud sur sa liste noire. Motif ? Ses livres et analyses dans lesquels il expliquait que l’Ukraine avait « provoqué » l’agression russe. Une position jugée à Bruxelles comme de la « propagande pro-Poutine » .

Les conséquences sont immédiates : Baud ne peut pas voyager librement – alors même qu’il réside au cœur de l’Europe. Ses comptes bancaires et ses avoirs sont gelés. Toute relation commerciale lui est interdite. Le moindre paiement du quotidien doit être soumis à une autorisation préalable.

Comme pour Doğru, il n’y a eu aucune audience, aucune accusation formelle, aucun procès. Rien. Une simple décision administrative, a suffi à tout mettre en oeuvre pour réduire au silence un homme qui a pourtant passé sa carrière au service de la sécurité occidentale.

Peut importe le regard que chacun porte sur le travail de Jacques Baud, ou d’autres. Ce n’est pas la question. Il s’agit de la liberté d’expression comme condition préalable de toute démocratie.

Même mécanisme, même absurdité, avec Xavier Moreau. Ancien militaire français, installé à Moscou, il anime la plateforme « Stratpol » et présente l’émission Les Français parlent aux Français, les Francophones parlent aux Francophones, sur Russia Today.

Lui aussi a été placé sur la liste noire de l’UE à la mi-décembre 2025. Motif officiel : « agent de la déstabilisation russe en Europe ». Conséquence : interdiction de circuler dans tous les États membres et gel de tous ses avoirs.

Son avocat, Carlo Alberto Brusa, a immédiatement dénoncé une atteinte grave aux droits fondamentaux : « Xavier Moreau n’a pas de mandat de la Russie, c’est un homme libre qui s’exprime depuis de nombreuses années. Être pro Poutine ou pro russe n’est pas un délit ».

Mais cette défense, aussi évidente soit-elle en droit, se heurte à un mur. Le cadre juridique des sanctions, fondé sur le Traité sur l’UE, permet au Conseil de frapper toute personne qui menacerait « les valeurs, les intérêts fondamentaux, la sécurité, l’indépendance et l’intégrité » de l’Union. Depuis octobre 2024, ce cadre inclut explicitement les « ingérences numériques étrangères ». Une fomrulation volontairement très vague, fourre tout, qui sert à museler toute voix dissidente, afin de « protéger le démocratie ».

Alexandra Hofer, chercheuse en droit des sanctions à l’université d’Utrecht, a résumé le problème juridique en une phrase : les sanctions agissent comme des peines criminelles, mais sans aucune garantie du droit pénal.

Pas d’accusation formelle. Pas d’audition préalable. Pas de juge avant l’exécution. Juste une procédure administrative, politique, fondée sur des critères flous.

C’est précisément ce qu’a dénoncé Ulrich Bausch, politicien allemand : « Même pour une contravention de stationnement, il existe une base légale, un droit d’être entendu et une procédure réglementée. Comment est-il possible qu’une atteinte existentielle aux droits fondamentaux soit imposée en dehors de toute procédure légale ? » 

Un rapport juridique commandé par les députés européens, signé par l’ancienne juge à la Cour de justice de l’Union européenne Ninon Colneric et la spécialiste du droit international Alina Miron, a apporté une conclusion cinglante : le déni systématique du droit d’être entendu viole les garanties juridiques fondamentales de l’Europe.

Michael von der Schulenburg, ancien diplomate de l’ONU et aujourd’hui député européen, a clos l’audition par la phrase suivante : « Je ressens souvent une certaine honte d’être membre de ce Parlement. »

Après cette après-midi de témoignages, chacun a compris ce qu’il voulait dire.

L’Union européenne veut se présenter comme l’exemple même de l’État de droit, des droits fondamentaux et de la liberté de la presse. Elle donne des leçons à la Hongrie, à la Pologne, à la Russie. Mais chez elle, l’omerta est de mise. La dictature, la pensée unique, la répression, sociale, sociétale, physique s’il le faut. Tout est bon pour faire taire les esprits libres. Les résistants. Ceux qui refusent de se plier au diktat et à la grande mascarade d’élites corrompues.

Aujourd’hui, ce sont des journalistes et des analystes. Demain, qui sera sur la liste ? La liste noire de l’UE compte désormais 5 743 personnes. Parmi elles, des criminels de guerre et des terroristes de l’EI – mais aussi, de plus en plus, des auteurs, des éditorialistes et des journalistes.

Plus que jamais, ce 8 mai 2026 doit être celui de la responsabilité. Nous sommes tous responsables de la situation que nous vivons et subissons. Ne soyons pas les spectateurs et les complices de nos bourreaux. Soyons à la hauteur de ce moment historique. Soyons de ceux qui refusent, qui résistent. Ceux dont le régime à peur et cherche à faire des exemples, pour briser cet esprit de résistance.

Résistons.

Amine Sifaoui