Sortis du chapeau de la Macronie : le cas d’Éléonore Caroit

Sortis du chapeau de la Macronie : le cas d’Éléonore Caroit

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Personne ne les connaissaient avant qu’ils apparaissent soudainement dans les rangs de la Macronie, ils furent présentés comme « l’espoir du renouveau de la politique de la France ». Ils viennent du monde du privé, étaient frais moulus de l’université ou de grandes écoles du système, ils avaient un nom ou une famille bien connectée. Ils justifièrent difficilement la Macronie, ayant du mal à cacher ses racines politiques pourtant anciennes, notamment dans la Gauche Caviar. Ils étaient plutôt jeunes, ils avaient de l’ambition, les dents longues qui rayaient le parquet et paraissaient être des gens qui venaient de la « France réelle ».

Une première vague déboula lors de l’élection présidentielle de 2017, bientôt renforcée par des ralliés dans l’enthousiasme de la victoire, des profils intéressés par un morceau du gâteau républicain. Une seconde vague apparut lors de la seconde élection d’Emmanuel Macron, après 2022, alors que le pouvoir cherchait des « serviteurs » ne posant pas de questions, prêts à s’engager et à mouiller la chemise pour ce que j’appelle le système globalisé. Pour les connaître, un seul moyen : se plonger dans leurs biographies, car ils ne sont jamais présentés sous leur vrai visage. Les origines, les expériences professionnelles, les études supérieures, les « clubs » et think thanks parlent et éclairent leurs profils.

Aujourd’hui j’aborderai le cas d’Éléonore Anne-Marie Caroit, une créature de la Macronie au parcours atypique, mais qui n’est pas anodin : passant la France, mais aussi la République dominicaine et surtout la Suisse et les États-Unis. Elle fait partie d’une faune de courtisans qui ne sont pas forcément connus, mais occupant « les places », au plus proche du pouvoir. Elle n’existait pas pourrait-on dire avant 2022, apparaissant soudainement dans la sphère de la Macronie à l’élection législative suivant la réélection d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Elle fait partie d’une seconde vague de courtisans et serviteurs zélés du régime macroniste, alors que son élection fut annulée par le Conseil constitutionnel, un fait rare, pour des irrégularités techniques. Elle a dernièrement été sortie du chapeau de Macron, bombardée Ministre déléguée à la Francophonie, Partenariats internationaux et Français de l’étranger. Voici Éléonore que l’on pourrait aussi surnommer « Madame Mercosur ».

Mais qui est Éléonore Caroit ? Elle naquit à Paris, le 8 juillet 1985, dans une famille de la bourgeoisie, d’un père français et journaliste vivant à la République dominicaine et d’une mère dominicaine et juriste. Selon la légende, la famille de sa mère aurait combattu le régime et la dictature de Trujillo (1930-1961), mais les milieux de pouvoir comptent de trop nombreux imposteurs qui affirmaient venir d’une famille de « héros ». Ce fut le cas de Manuel Valls, se revendiquant d’une famille de républicains espagnols, en réalité liée aux partisans de Franco. C’était aussi le cas de François Rebsamen, martelant que son père était un résistant et un malgré-nous, venant d’une famille de radicaux-socialistes, alors qu’en réalité, il fut un agent de la Gestapo allemande et un spéculateur durant la Seconde Guerre mondiale. Bien que née à Paris, elle fit toute ses études au Lycée Français de Saint-Domingue, en Républicaine dominicaine. Elle intégra ensuite une usine de créatures du système, en entrant à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po, diplômée en 2008), puis passa à la Sorbonne pour poursuivre des études de droit. Enfin, elle intégra la Columbia Law School de New York, où elle fut diplômée en 2010.

Dans les officines de grands cabinets d’avocats internationaux. Elle avait entamé précocement, avant même la fin de ses études, une carrière d’avocate en droit des affaires et arbitrage international. Elle fut très vite admise aux barreaux de New York, de Paris et de Genève. Elle commença au cabinet Darrois Villey Maillot Brochier, comme juriste (2008-2009). Elle passa ensuite chez Weil Gotshal and Manges, comme avocate (2010-2012), puis chez Castaldi Mourre & Partners (2012-2015), passant dans le cabinet Lalive, à Genève, comme avocate en arbitrage international (2015-2020), puis chez MGC Activation, cette fois-ci comme avocate associée (2021), n’exerçant plus à partir de 2022. Elle avait été nommée coprésidente du Comité français de l’arbitrage 40 (2018-2022), puis se lança soudainement en politique pour les législatives de 2022.

Dans les rangs de la Macronie. Elle s’était présentée à la 2e circonscription des Français établis hors de France, couvrant 33 pays dans le monde, dont le Mexique, l’Amérique centrale, les Caraïbes et l’Amérique du Sud (juin 2022). Elle fut élue, mais le Conseil constitutionnel annula son élection, à cause d’un problème technique étant survenu en Argentine, alors que seuls 11 % des messages téléphoniques contenants les mots de passe pour voter avaient effectivement été délivrés aux électeurs (juin 2022). Le coup ayant échoué, la Macronie lui donna un prix de consolation, nommée Conseillère à l’Assemblée des Français de l’Étranger (juillet 2022). Elle intégra comme membre titulaire le conseil d’administration de l’Agence française pour le développement (octobre 2022), l’agence étant un équivalent français de l’USAID ou de la NED, liée aux services secrets et s’infiltrant dans d’autres pays, pour influer ou prétendant aider « au développement économique » de pays cibles. Elle réussie toutefois à entrer à l’Assemblée nationale, finalement élue suite à une élection partielle, avec 62,4 % des voix (avril 2023). Elle fut nommée vice-présidente de la Commission des AE, porte-parole du groupe Renaissance, les députés du parti présidentiel.

La montée en puissance de Caroit. Elle intégra encore le conseil d’administration de l’Agence Business France (mars à juillet 2024), une agence publique et étatique : « de conseil avec pour mission l’accompagnement international de l’économie française, pour aider les entreprises à l’export et pour attirer des investisseurs étrangers en France ». L’agence fut créée sous François Hollande (2015), sous tutelle du Ministre de l’Économie, des AE et de l’Aménagement du territoire. Elle est devenue une grosse boutique, enflant jusqu’à comprendre aujourd’hui 1 400 collaborateurs, œuvrant dans des réseaux dans au moins 53 pays. C’est aussi l’agence qui gère désormais le Volontariat International en Entreprise (VIE), recrutant des jeunes diplômés pour des missions dans des entreprises françaises à l’étranger. Enfin, elle fut nommée Ministre déléguée à la Francophonie, Partenariats internationaux et Français de l’étranger (12 octobre 2025), atteignant les sommets du pouvoir. Elle dut abandonner son siège de député (13 novembre) et monta très vite en « première ligne » pour défendre les positions gouvernementales. Elle intervint pour défendre le soutien à l’Ukraine du gouvernement français (17 décembre 2025), soutint l’arrestation de Nicolas Maduro et l’agression du Venezuela par les USA (6 janvier 2026), dernièrement présidente d’une réunion des ministres du Développement du G7 à Paris (29-30 avril 2026).

Taclée publiquement par la députée européenne Sarah Knafo. A peine nommée à son poste de ministre, elle déclencha un scandale qui fut rapporté par la presse. Elle posta un message sur ses réseaux sociaux : « accusant l’extrême droite de répandre sans scrupules la désinformation, à propos de critiques concernant une aide d’1,5 milliard d’euros promise par Emmanuel Macron aux pays africains de la région des Grands Lacs. Elle affirmait : « Pendant que certains préfèrent attiser la peur, la France agit pour répondre à l’une des pires crises humanitaires de notre époque ». Cependant elle fut crucifiée publiquement par une députée européenne, Sarah Knafo qui déclara : « La France est deux plus endettée que l’ensemble du continent africain, 9,8 millions de Français vivent dans la pauvreté, un Français est agressé chaque minute, notre armée manque de munitions et nos écoles tombent en ruine. Mais cette femme pense aux Grands Lacs africains et joue les humanitaires avec notre argent. Méfiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres leurs devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux ».

Une position ambiguë sur l’accord UE-Mercosur. Sur le dossier de l’accord UE-Mercosur, elle s’était positionnée comme opposée sur la forme à sa signature, mais une position en réalité de soutien, en réclamant seulement des « garanties ». En 2023, elle avait débordé ses collèges macronistes en soutenant finalement l’accord du Mercosur, tout en défendant sa position dans des interviews (2024-2025). Elle affirmait que ne pas trouver un compromis serait laisser « la place à la Chine ». Elle déclarait : « si l’Europe ne signe pas, la Chine signera à sa place » (2024). Elle lissa toutefois sa position pour défendre la ligne gouvernementale de son parti, tout en ayant de fait plaidé pour sa signature avec des aménagements. L’accord fut signé fin 2025, par la Commission européenne, contre l’avis des représentants de la France, de la Pologne, de la Hongrie, de l’Autriche et de l’Irlande. Le Parlement européen doit ensuite le ratifier ou non par un vote, qui aura lieu cette année, à une date encore non définie.

Si l’on comprend bien pourquoi la ministre possède un passeport dominicain et un autre français, une interrogation se pose sur son obtention… d’un passeport helvétique. Que doit-on déduire de ce désir d’une triple nationalité, avec des interrogations à la fois sur ses motivations, mais aussi sa fidélité. S’il est possible de s’écarteler, même parfois difficilement entre deux nationalités, une troisième devient pour le moins suspecte ! Elle était comiquement présentée comme « une ministre emblématique », par un certain Fabien Ferasson de Quental, un talon rouge également directeur de publication et rédacteur en chef du site lesfrançaiss.press… un média prétendant compiler l’information des Français de l’Étranger, soutenu par… La Caisse des Français de l’étranger (CFE), le média de propagande public, TV5Monde, et le média européiste Euractiv : « considéré comme une source de référence pour les institutions européennes, les think thanks et les professionnels du lobbying à Bruxelles »… doit-on en dire plus ?