Ils sont dans l’ombre, ils n’apparaissent que rarement sur le devant de la scène, ce sont les hauts-fonctionnaires, les conseillers des ministères, des puissants. Ils sont toute une élite vorace, qui se nourrit du système et le sert en tout. Ils sont les chevilles ouvrières du système, qui ne fonctionnent que grâce à ces gens. Comme dans tous les régimes, y compris l’Allemagne nazie, c’est grâce à leur zèle que le système « tourne », vaste machine, broyeur impitoyable de l’intérêt public, des populations françaises, hachoir de notre souveraineté et des droits premiers des citoyens.
Personne ne parle jamais d’eux, et lorsque le système s’effondrera, même si le pouvoir tente de faire croire que nous sommes arrivés au port, ces gens s’égailleront dans la masse… Ils diront qu’ils obéissaient… d’autres qu’ils savaient mais ne pouvaient rien faire, les autres rejetteront la faute sur le voisin… le chef ou une quelconque autorité. Ils ont parfois des parcours lisses, certains sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche, d’autres portent un nom, le reste a le petit doigt sur la couture du pantalon, espérant ramasser les plus grosses miettes du gâteau républicain…
Penchons nous en ce jour sur le cas de Patrick Strzoda, un haut fonctionnaire de l’institution préfectorale, qui fut bombardé conseiller d’Emmanuel Macron dès son arrivée au pouvoir. Surnommé « Monsieur Flashball », il fut un éborgneur avant l’heure, à la fin de la présidence de François Hollande. Il fut mouillé dans l’affaire de « Monsieur Matraque », le distributeur compulsif de « gnons » d’Emmanuel Macron : Alexandre Benalla. Malgré des mensonges éhontés devant les parlementaires, après avoir fait l’éloge « du formidable Benalla », il retourna sa veste et fut mis à la retraite comme fusible de la raison d’État. C’est lui qui avait donné l’autorisation au roi de la matraque d’aller au contact des manifestants comme « observateur »…
La fine équipe de barbouzes de la République est aujourd’hui au placard, mais Emmanuel Macron retint la leçon… et fit mieux que Flasball Strzoda, au moment des répressions contre les Gilets Jaunes. Mais ceci est une autre histoire, en attendant dans l’Aurore Nouvelle, voici celle de Patrick Strzoda.
Mais qui est Patrick Strzoda ? Il naquit le 5 janvier 1952 à Thann, dans le Haut-Rhin, Alsace et fit des études supérieures classiques universitaires, en anglais puis en droit. Pendant cette période il devint attaché d’administration des services universitaires et ambitionnait d’intégrer l’ENA. Il passa le concours tardivement, alors qu’il était âgé de 32 ans, promotion 1985. Il fut d’abord nommé dans des administrations, cadre du Comité d’organisation des JO d’Albertville (1992), travaillant également dans la direction des services du Conseil général de Savoie, puis à la direction de l’Office d’aménagement et de construction du département du Rhône.
Un parcours en demi-teinte, jusqu’au démarrage de sa carrière de préfet. Il fut nommé préfet des Hautes-Alpes (2002-2004), préfet des Deux-Sèvres (2004-2005), puis monta en puissance, nommé dans des préfectures plus stratégiques. Il fut d’abord préfet des Hauts-de-Seine (2009-2011), puis de Corse du Sud (2011-2013), et enfin préfet de Bretagne et préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest (2013-2016). Un premier hic intervint dans sa carrière, alors qu’il était préfet de Bretagne. En 2016, d’importantes manifestations eurent lieu contre la Loi travail au printemps, initiant des répressions violentes et sanglantes. Il fut surnommé « Monsieur Flashball », niant l’utilisation de ces projectiles par les forces de l’ordre, mais un étudiant fut éborgné dans la ville de Rennes. Il s’entêta cyniquement dans le déni.



L’homme de Macron. C’est alors qu’à la toute fin de la présidence de François Hollande, il fut nommé directeur de cabinet de Bernard Cazeneuve, d’abord au Ministère de l’Intérieur, puis à Matignon, au moment où l’apparatchik du parti socialiste fut nommé Premier ministre (décembre 2016). Considéré comme sûr par le régime, décrit comme rigoureux, « d’une grande droiture », voire comme « un grand préfet », c’est sans doute par Cazeneuve et l’appartenance de Macron au gouvernement socialiste, qu’il fut remarqué par le futur président. Son ralliement fut sans doute immédiat, car il fut nommé directeur de cabinet de l’Élysée (2017-2018), une des premières décisions de Macron.
Au cœur de l’affaire Benalla. Lorsque l’affaire éclata le 18 juillet 2018, il fut rapidement suspecté. Le journal Le Monde avait en effet révélé qu’Alexandre Benalla, chargé de mission à l’Élysée, s’était glissé dans les rangs des forces de l’ordre, pour violenter et matraquer des manifestants, à Paris, le 1er mai 2018, place de la Contrescarpe. Il se trouvait armé et muni d’un brassard de police. Les images choquèrent la France, notamment la violence extrême du personnage, les menaces, les coups, les insultes qu’il lançait. Ce fut rapidement un raz de marée médiatique, mais qui paradoxalement n’eut pas vraiment de conséquences pour le régime d’Emmanuel Macron. Pire encore, les violences devaient prendre une autre dimension, contre le mouvement des Gilets Jaunes, des milliers de blessés, encore des éborgnés, des gens aux mains arrachées et des morts. Il fut bientôt connu qu’il avait autorisé Benalla à assister à la manifestation, comme « observateur », mais les faits démontrèrent qu’il donna des ordres, entraînant les forces de l’ordre dans sa dérive. L’affaire avait d’abord éclaté en interne, puisque le conseiller de Macron décida d’une sanction, à savoir 15 jours de mise à pied sans traitement, puis transformés en 15 jours de congé (3 mai 2018). Une sanction ridicule et inadaptée, alors que le cabinet présidentiel pria sans doute pour que l’affaire ne sorte pas dans la presse. Après sa sortie, une commission d’enquête parlementaire fut organisée, provoquant des auditions des responsables. Le Ministre de l’Intérieur Gérard Collomb refusa d’assumer ses responsabilités, accusant le préfet de police Michel Delpuech, ce dernier accusant le premier. Finalement le moins « gradé », le préfet, fut sacrifié sur l’autel de l’opinion publique.



Pris en flagrant délit de mensonges éhontés. Patrick Strzoda fut entendu par la commission d’enquête sénatoriale, le 20 juillet 2018 et le 16 janvier 2019. Entre temps, le fait n’a pas été commenté, il demanda sa retraite au mois d’octobre 2018. Il est assez certain que dans les coulisses, il fut décidé de se débarrasser également de lui, ou de l’inviter à prendre rapidement sa retraite… Pendant ses auditions, il fut accusé d’avoir menti par omission sur les véritables fonctions d’Alexandre Benalla. Les sénateurs estimèrent qu’il avait : « retenu une part significative de la vérité », alors qu’il s’enferrait dans son mensonge en déclarant que Benalla : « n’avait qu’un rôle logistique », alors qu’une circulaire et note de service fut découverte. Il avait été nommé à la coordination des services de sécurité de la présidence de la République (juillet 2017). En d’autres termes, c’était le chef des services de sécurité du président Macron et il avait joué de la matraque contre des manifestants. Sa seule présence dans la manifestation était à elle seule un énorme problème. Strzoda se montra en dessous de tout, quand il fit lors de sa première audition, une éloge de Benalla :
« Alexandre Benallla était très apprécié dans la maison car c’était quelqu’un d’extrêmement disponible, extrêmement réactif, extrêmement efficace ».


Enfoncer le compère Benalla. Dans sa deuxième audition du 16 janvier 2019, déjà à la retraite, il se retourna contre Benalla et fit des révélations explosives. Il affirma que Benalla possédait des passeports diplomatiques et qu’il avait utilisé près d’une vingtaine de fois ces derniers, à partir de son licenciement (1er août 2018). Il indiqua qu’il aurait reçu ces passeports : « en usurpant un en-tête du chef de cabinet présidentiel ». Il révéla aussi que Benalla était doté d’un téléphone crypté qu’il n’avait pas restitué à son départ et qui ne fut découvert que lors d’un inventaire (4 octobre 2018). Emmanuel Macron avait en effet refusé de communiquer la fiche de poste de Benalla, qui ne le fut sous la pression des sénateurs qu’en octobre, date de l’inventaire. Cette charge « commanditée » » par son patron contre son ancien acolyte, malgré les faux témoignages mena au classement sans suite de l’enquête préliminaire du parquet de Paris (27 juin 2019). Probablement avait-il était briefé avant cette audition et autorisé à charger Benalla, alors que le scandale se noyait petit à petit dans les méandres corrosifs du temps médiatique. Mis à la retraite, ayant joué son rôle de fusible jusqu’au bout, l’enquête fut classée, les mensonges pour raison d’État oubliés et le fonctionnaire sans doute gratifié d’une poignée de mains et de remerciements par Emmanuel Macron, avec une petite larme pour le « grand préfet ». Il disparut alors totalement des médias, avec l’ordre… de mourir en emportant les secrets et dessous de cette affaire.
Épilogue, qu’est devenu Alexandre Benalla ? La barbouze d’Emmanuel Macron, le généreux distributeur de coups de matraques, avait été un fidèle parmi les fidèles de Macron. Il avait commencé « sa brillante carrière » comme militant de la Gauche Caviar. Il était déjà responsable de la sécurité de la campagne présidentiel du futur président (2017). Honneur incroyable, il accompagna Emmanuel Macron lors de sa marche « impériale » jusqu’à la Pyramide du Louvre (7 mai 2017). Il fut nommé l’un des 10 adjoints au chef de cabinet du président de la République. Il occupait les fonctions de coordinateur des services de sécurité, conseiller en sécurité, responsable de la logistique et fut même en responsabilité de l’accompagnement de l’équipe de France de football, après la victoire dans la Coupe du Monde 2018. En plus d’un énorme salaire, il avait été doté d’un logement de fonction prestigieux, quai Branly à Paris, d’une voiture avec chauffeur, d’un badge d’accès à l’Assemblée nationale, d’un téléphone crypté, de deux passeports de service et de deux passeports diplomatiques.



La société de sécurité de son ami Vincent Crase, la Société Mars qui assurait la sécurité des événements du Parti La République en Marche fut aussi impliquée dans une sombre affaire de contrats de sécurité en Russie. Vincent Crase mis en garde à vue et perquisitionné (17 décembre 2019), ferma très vite sa société, bientôt mis en examen avec Benalla. Ce dernier fut assurément encore employé un moment par la Macronie. Son demi-frère fonda une autre société de sécurité, la France Close Protection, en réalité contrôlée de bout en bout par Benalla (19 octobre 2018). Son demi-frère n’avait que 18 ans et était un simple étudiant, alors que le capital de la société fut déclaré comme étant de 100 euros. La direction en fut confiée à une autre barbouze, un ancien parachutiste, Yoann Petit, un autre compère de toujours de Benalla. La société versa à Benalla au moins deux salaires, le premier de 12 474 euros, le second de 10 000 (novembre et décembre 2018). A la même époque, il fut employé par la Macronie dans des opérations de barbouzes de la Françafrique. Il fut repéré au Maroc chez le millionnaire Vincent Miclet, puis au Congo-Brazaville, où il rencontra des proches du président Denis Sassou-Nguesso, et enfin au Tchad, à la rencontre du frère du président, Oumar Déby, quelque temps avant la visite du président Macron (décembre 2018). La société écran disparut après quelques mois d’activité et jusqu’à ce jour, les missions confiées à Benalla dans cette période n’ont pas été documentées, il s’agit toujours d’un mystère.
Lâché pour la forme par la Macronie. Lâché publiquement par la Macronie, Benalla s’épancha finalement dans un livre (fin de 2019). Il affirma « avoir le dos bien large et être un fusible utile du pouvoir ». Visé par 6 enquêtes judiciaires, il fut finalement arrêté pour ne pas avoir respecté son contrôle judiciaire et passa une nuit en prison (février 2019). Le procès s’ouvrit à Paris le 9 avril 2021, avec comme complices sur le banc des accusés, Vincent Crase, deux fonctionnaires de la préfecture de Paris et deux policiers. Il fut condamné à 3 ans de prison, dont 1 an ferme sous bracelet électronique à son domicile, 500 euros d’amende, 10 ans d’interdiction de port d’armes et 5 ans d’interdiction de toute fonction publique. Le président de la République devait faire ensuite bien pire au moment du mouvement des Gilets Jaunes, où après le carnage, les répressions, les blessés et les morts, il lança à toute la Nation française : « venez me chercher ! », derrière les rangs serrés de milliers de policiers, de barbouzes, de gardes républicains ou mobiles… Vincent Crase fut quant à lui condamné à 2 ans de prison avec sursis. Les deux policiers, Maxence Creusat et Laurent Simonin furent condamnés à 5 000 euros d’amende pour le premier, 3 mois de prison avec sursis pour le second. Benalla ne se démonta pas et fit appel de la décision judiciaire.




Des coffres-forts qui disparaissent… avec des preuves. Alexandra Benalla s’installa alors en Suisse (2021). Il travaillait officiellement « dans le secteur privé ». Le procès en appel qui devait se tenir le 27 janvier 2023, fut repoussé pour : « motifs personnels et de santé, suite à une récente sortie de l’hôpital et un arrêt médical ». Cependant, il se tint finalement la même année, le 29 septembre 2023. La cour d’appel de Paris ne put pas faire autrement que de confirmer le premier jugement. Mais Benalla fit encore durer la procédure en se pourvoyant en Cassation. La cour rejeta son pourvoi, rendant sa condamnation définitive (26 juin 2024). Fait assez comique, la cour d’appel avait aménagé sa peine… notamment la partie de prison ferme, pour qu’il n’aille pas en prison réellement. Emmanuel Macron a aussi fait bloquer plusieurs autres procédures judiciaires, qui n’aboutiront peut-être qu’après son départ… rendant inutiles d’éventuelles autres condamnations. La justice traîne déjà les pieds depuis 8 ans… Il était aussi accusé d’entrave à la justice avec la disparition de deux coffres-forts qui n’ont jamais été retrouvés. Les preuves ont certainement été nettoyées par les services de sécurité de Macron, afin de faire place nette.
Quant à Patrick Strzoda, il n’est plus jamais apparu publiquement, disparaissant totalement dans sa retraite dorée, ayant d’ailleurs une confortable bicoque dans la presqu’île de Rhuys, en Bretagne, au milieu des Bretons qu’il fit copieusement violenter. L’histoire ne dit pas s’il reçoit à déjeuner Alexandre Benalla, afin de se remémorer les bons coups du temps passé, entre Monsieur Flashball et Monsieur Matraque… Quant à Benalla, il déclarait que les passages à tabac de manifestants : « était un réflexe citoyen afin d’interpeller des agresseurs de policiers lors d’une manifestation émaillée d’incidents, il s’agissait de gestes techniques ratés ». Emmanuel Macron devait faire mieux en terme « de gestes techniques », contre les Gilets Jaunes… la méthode Benalla avait été bien retenue… Macron dira même des citoyens français : « ce sont des factieux ! », qui de fait ne méritaient que les honneurs des flashballs et des matraques…



