L’histoire truculente : Charles Léon… le fils bâtard de l’Empereur

L’histoire truculente : Charles Léon… le fils bâtard de l’Empereur

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Une rubrique historique qui vient apporter un peu de légèreté dans mes propos et enquêtes dans l’Aurore Nouvelle. Mon but est d’aborder des faits cocasses de l’histoire, des mystères, des histoires improbables, des cas plus connus qui fascinent jusqu’à nos jours, des personnages truculents et aux destinées incroyables. J’essayerai de vous apporter également quelques éclairages sur des faits méconnus, tout en tentant de magnifier le roman national français, aujourd’hui victime de révisionnisme, d’oublis, de retranchements coupables ou de manipulations politiques. L’histoire est hélas devenue un vaste champ de bataille politique.

Elle a été kidnappée en France, pour des raisons idéologiques pendables, de destruction de la souveraineté de la France, et pire, elle est souvent mise en scène par un narratif francophobe du cinéma anglo-saxon, américain et britannique pour l’essentiel. Enfin, l’histoire est hélas enseignée de nos jours selon des blocs pulvérisés, sans construction chronologique et manipulée par des visions politiques, et/ou anachroniques de l’histoire. Les époques concernées et traitées sont faussement présentées, par l’oubli de l’état du monde desdites époques : les technologies, la connaissance du monde, l’état d’esprit des citoyens, les idéologiques et croyances du moment, la construction des sociétés. La liste est longue. J’essayerai également d’apporter une histoire plus légère, amusante et passionnante, celle qui fait que l’on aime l’histoire… Elle n’est pas seulement celle des dates et des batailles !

Aujourd’hui je me propose d’évoquer l’histoire d’un personnage méconnu, Charles Léon, connu sous le titre de comte Léon et qui n’était autre que le fils bâtard de Napoléon. Sa naissance provoqua un divorce qui changea l’histoire, conduisant à la naissance de l’Aiglon, le petit roi de Rome. Quant à lui, son auguste père ne lui avait légué que la moitié de son nom et sa destinée devait être celle d’un dandy, dépensier à outrance, cauchemar pour sa mère, éternel provocateur et quémandeur. Il devait terminer sa vie dans la plus sombre misère, marié à une modeste couturière, après avoir dilapidé des fortunes entières… Voici dans l’Aurore Nouvelle, l’histoire du comte Léon… une moitié de Napoléon.

Un mariage sans postérité. Il naquit le 13 décembre 1806, à Paris, fils de l’empereur Napoléon Ier et d’Éléonore Denuelle de La Plaigne. Depuis leur mariage en 1796, Napoléon Bonaparte et Joséphine de Beauharnais n’avaient pas vu leur mariage gratifié d’une progéniture. Joséphine avait été mariée jeune au vicomte de Beauharnais, donnant naissance à deux enfants, le futur prince Eugène, vice-roi d’Italie, et la future reine Hortense. Son premier époux, rallié à la république, commandant de l’armée du Rhin devait toutefois finir sa vie sous le couperet de la machine à Guillotin… Dans les salons du directoire et les mœurs dissolues de la « république des Tallien et des Barras », c’est là que le futur couple impérial se forma. Pendant les premières années, le général Bonaparte fut surtout occupé à des campagnes militaires, notamment la glorieuse campagne d’Italie (1796-1797), puis celle en demi-teinte d’Égypte (1798-1799). Nous possédons les lettres enflammées qu’il envoya à Joséphine à cette époque, mais l’épouse tant désirée ne se montrait pas très empressée auprès de son prestigieux mari et lui fut même infidèle. L’épisode est célèbre, mais prévenu de cette incartade, à son retour d’Égypte le général Bonaparte était décidé à la renvoyer. Dans le château de la Malmaison, les jeunes enfants Beauharnais que Bonaparte aimait sincèrement, se joignirent aux pleurs de leur mère… le pardon fut accordé. Les années passèrent ainsi que d’autres campagnes, Bonaparte devenant bientôt l’Empereur des Français (2 décembre 1804). Mais aucun héritier ne vint bénir cette union.

Éléonore Denuelle de la Plaigne. L’Empereur devait d’ailleurs repartir en campagne, suite aux déclarations de guerre surprise, d’abord de l’Angleterre, puis de l’Autriche, de la Russie et enfin de la Prusse. Mais dans l’intermède, le puissant personnage, n’était plus l’amoureux transi. Dans l’entourage de la princesse Caroline se trouvait de nombreuses jeunes filles de la bonne société… L’une d’elle était Éléonore Denuelle de La Plaigne (1787-1868). Elle ne venait pas malgré son nom de l’aristocratie, mais d’une famille bourgeoise, son père étant un ancien fournisseur de la cour sous l’Ancien régime. L’homme perdit tout à la Révolution, mais sa fille fut admise à la célèbre maison et institution de Madame Campan, à Saint-Germain-en-Laye, une école pour les jeunes filles de la bonne société. Elle y côtoya et devint l’amie proche de Caroline Bonaparte, la sœur de Napoléon, future reine de Naples et épouse du remuant maréchal Murat. Sa mère la poussa cependant à se marier à un obscur aventurier, se faisant passer pour un capitaine de dragons, le sieur Revel (15 janvier 1805). Il s’agissait d’un escroc… deux mois après le mariage il fut arrêté pour ses forfaits et condamné à deux ans de prison. Caroline ne fut pas insensible à se requête de secours et la fit placer à son service, comme lectrice.

Les petits complots de Caroline Bonaparte. La sœur de l’empereur, femme de caractère, ambitieuse et parfois extravagante, ne portait pas dans son cœur sa belle-sœur, l’impératrice Joséphine. Tout le clan Bonaparte conspirait par ailleurs pour évincer « la parvenue », qui par les hasards de la couronne se trouvait leur suzeraine. L’argument massue du clan Bonaparte était la stérilité de Joséphine, ne lui donnant toujours pas d’enfant, après bientôt 10 ans de mariage. Napoléon n’avait toutefois pas l’intention de se séparer de Joséphine, elle avait eu des enfants… son auguste mari non… Le problème pouvait venir de l’époux. Caroline imagina alors de placer une jeune femme, un ventre dans le lit de son frère, en espérant que cette dernière tomberait bientôt enceinte de l’Empereur. Si cela devait arriver, la stérilité de l’impératrice serait prouvée, et la fécondité de Napoléon dans le même instant. Elle présenta bien vite la jeune et jolie créature, qui fut bientôt la maîtresse de l’Empereur. La liaison commencée en février 1806 fut bientôt couronnée… de succès, la jeune femme tombant enceinte. La nouvelle fut sidérante pour Napoléon, qui croyait sincèrement à sa stérilité. L’enfant naquit le 13 décembre 1806, alors que le père se trouvait de nouveau en campagne, dans celle terrible de Pologne (1806-1807).

La moitié de mon nom lui suffira bien… Interrogé sur le prénom à donner à l’enfant, un garçon, l’Empereur eut cette réplique, qu’un bâtard ne méritait que la moitié de son prénom. Il fut alors baptisé Charles Léon. Charles le prénom du père de Napoléon, Léon, la moitié de l’Empereur. Napoléon ne devait jamais revoir Éléonore, refusant pour raison d’État de la revoir, encore moins l’enfant. Cependant cet épisode, avec la naissance d’un autre garçon de son « épouse polonaise », la comtesse Walewska (1807), acheva de prouver sa fécondité, conduisant au fameux divorce de 1809, puis vers le mariage autrichien calamiteux, avec l’archiduchesse Marie-Louis d’Autriche (1810). De cette union devait naître l’Aiglon, au destin tragique (1810-1833). Mais comme à son habitude, Napoléon généreux s’occupa de l’avenir de la mère et du petit Charles. Il organisa d’abord son mariage avec un officier, le lieutenant Pierre-Philippe de La Sauzaye, apportant lui-même une dote de 22 000 francs (4 février 1808). Mais le destin devait s’acharner sur Éléonore : son mari fut tué dans la terrible bataille de la Bérézina, le 28 novembre 1812. Veuve, elle fut placée chez une autre ancienne pensionnaire de la maison Campan, Stéphanie de Beauharnais, fille adoptive de Napoléon et qui fut mariée au grand-duc de Bade. Elle fit alors la connaissance d’un quatrième homme, le comte Charles-Auguste-Émile-Louis de Luxbourg, qu’elle épousa finalement après la défaite de Napoléon, le 23 mai 1814.

Le retour d’un fantôme et une mère dépassée par un fils ingérable. C’est alors que… le premier mari, l’escroc Revel fit sa réapparition et tenta de faire annuler leur divorce, pour invalider le mariage et récupérer la moitié de la fortune de la belle… Ayant affaire toutefois à fort parti, une famille influente en Bade et la protection de Stéphanie de Beauharnais, l’aventurier fut éconduit et cette nouvelle union devait être heureuse. Elle perdura jusqu’à la mort du comte en 1849, Éléonore s’éteignant bien plus tard, en 1868. Malgré les nuages de la fin de l’empire et la déportation de l’illustre père sur l’île de Sainte-Hélène, la vie du « comte Léon » paraissait assurée, dans le confort de la maison Luxbourg et avec la protection de la grande-duchesse de Bade. D’un caractère faible et retors, le jeune « comte » devait toutefois déjoué tous les plans. Officiellement, l’empereur lui léguait une fortune considérable de 300 000 francs, dans le fameux testament qu’il dicta à son secrétaire et peut-être assassin, le comte de Montholon. Cependant, il se montra vite un fils indiscipliné, menant une vie dissipée de dandy hâbleur. Il ne cessa d’importuner sa mère, lui réclamant sans cesse de l’argent, dépensé immédiatement en plaisirs, en parties fines et en dettes de jeu. Il alla même jusqu’à l’attaquer en justice, pour obtenir une pension… l’argent du lègue impérial ayant été dilapidé en quelques années.

Le bâtard infernal. Il défraya bientôt la chronique, dans un duel où il envoya ad patres, Charles Hesse, aide de camp du duc de Wellington, pour une dette de jeu impayée (1832). Menant grand train et dépensant sans compter, il commença une longue vie de « noceur ». Il assista dans la foule aux retours des cendres de son père (1840), dans une opération politique qui avait été voulue par Louis-Philippe Ier. Quant à lui, complètement ruiné, faisant des séjours en prison et poursuivi par de nombreux créanciers, l’espoir se présenta de nouveau lors de l’arrivée au pouvoir de son cousin… Louis-Napoléon Bonaparte (1848). Impulsif et frondeur, il s’était pourtant présenté contre lui à l’élection présidentielle, sans aucun succès. Il fit ensuite le siège de ce cousin providentiel, devenu l’empereur Napoléon III (1851), qui sous la plume acide de Victor Hugo n’était que « Napoléon le Petit ». L’empereur finira par lui céder une somme d’argent de quelques milliers de francs, mais se refusa à lui laisser porter le nom de Bonaparte, malgré d’autres demandes renouvelées. Cet argent fut englouti dans les poches percées du comte Léon. Végétant de tripots en lieux malfamés, la descente aux enfers devait le conduire bientôt dans la misère, au point qu’il fut surnommé « L’Aiglon des boulevards ». Il devait finalement épouser sur le tard, la fille de son jardinier, Françoise Fanny Jonet, une modeste couturière (1855). Elle eut le temps de lui donner plusieurs enfants, trois fils (Charles, Gaston et Fernand) et une fille (Charlotte), les autres n’ayant pas atteint l’âge adulte. De cette progéniture, il y eut une descendance, le titre improbable de « comte Léon », se transmettant de père en fils, jusqu’à Charles, 5e du nom, mort sans descendance en 1994. Cependant, par les autres branches, il existe encore des descendants… de la moitié de l’Empereur.

Charles Léon mourut le 14 avril 1881, à Pontoise, dans la misère et la précarité. N’ayant rien laissé derrière lui, il fut même inhumé dans la fosse commune du cimetière de Pontoise. Ce furent ces voisins qui se cotisèrent pour lui payer son cercueil… Ainsi se termina la vie du « bâtard infernal », la plus mauvaise moitié de l’Empereur.