Aujourd’hui j’aborderai le cas particulier de Jean-Michel Aulas, presque 4 décennies à la tête de l’Olympique Lyonnais, primé de nombreuses fois. En 2025, dans le cadre des élections municipales, il se lança en politique… officiellement sans étiquette politique. Mais la supercherie s’écroula bientôt, car il reçut des soutiens essentiellement macronistes, des partis Renaissance, Horizons et de l’UDI. Le fait est peu connu, mais il avait commencé sa carrière politique… sur les barricades de Mai 68… dans les rangs de la gauche radicale. Mais les temps ont changé, Aulas est devenu millionnaire et les idéaux du temps passé sont morts au fur et à mesure que les millions étaient empilés dans des paradis fiscaux. Fait presque marrant, son fils Alexandre a fait un passage à New York, dans la banque Rothschild… comme un certain Emmanuel Macron… Voici donc pour l’Aurore Nouvelle, le « parachutiste municipal » de la Macronie, l’homme aux 450 millions : Jean-Michel Aulas.



Mais qui est Jean-Michel Aulas ? Il naquit à L’Arbresle dans le Rhône, le 22 mars 1949, d’une famille de la classe moyenne, fils de professeurs de lettres et de mathématiques. Il fit des études supérieures, passant par le célèbre lycée La Martinière, à Lyon, pour un BTS en informatique, puis une licence en gestion. Durant ces années, il s’engagea dans le syndicat et union des étudiants de l’UNEF, avec lequel il participa aux émeutes et événements de Mai 68. Ancré très à gauche, cet épisode devait être bientôt oublié, pour une trajectoire le menant vers la droite libérale et le centre droit… jusqu’aux rives de la macronie.
Le sauveur de l’OL. Il fonda la CEGID, la Compagnie européenne de gestion par l’informatique décentralisée (1983), qui avait pour ambition de se spécialiser dans les logiciels de gestion et de comptabilité. Il devait rapidement faire fortune et rester à la tête de l’entreprise jusqu’en 2014. Il amassa bientôt les millions jusqu’à en empiler plus de 450 (fortune estimée en 2023). Cependant, derrière cette carrière d’homme d’affaire, c’est dans le milieu du football qu’il devait devenir célèbre. Il n’était pas à l’origine proche de ce milieu et fut un joueur de handball, jouant dans sa jeunesse en 1ère division dans le club de l’ASCEM de Lyon. C’est avec ses millions qu’il décida de reprendre le club de l’Olympique Lyonnais (1987), qui était en déshérence, végétant en 2e division et perclus de dettes. Il était alors lié à une autre célébrité des affaires et du foot, un certain Bernard Tapie.
Des titres et des millions. Le patron de l’OL devait remonter le club pour en faire l’un des plus redoutables. Le club fut champion de France 7 fois consécutivement entre 2002 et 2008, remportant aussi 2 Coupes de France, 1 Coupe de la Ligue et se qualifiant pour la Ligue des champions à de nombreuses reprises, atteignant les demi-finales en 2010 et 2020. Il lança également l’OL féminin, qui devint l’un des meilleurs clubs européens, avec 8 ligues des champions et 15 titres de championne de France. Avec d’autres oligarques, il lança et finalisa le projet du Groupama Stadium, un stade privé de 60 000 places, qui fut inauguré en 2016. Il présida dans la période le G14, l’association des plus grands clubs européens de football, mais fut aussi classé par France Football, comme : « le meilleur président de l’histoire du football français » (2021). En décembre 2022, il vendit le club à l’homme d’affaires américain John Textor, tout en restant le président de l’OL. Cependant, suite à des divergences : « sur la politique sportive », il fut contraint à quitter la présidence, malgré un contrat de 3 ans, recevant l’énorme indemnité de départ de 10 millions d’euros (8 mai 2023). La même année, il avait été nommé vice-président délégué de la FFF, chargé du développement du football féminin en France.




Un personnage clivant et qu’il ne fait pas bon contredire. Pendant très longtemps, la presse resta plutôt neutre par rapport à Aulas, de part ses succès spectaculaires avec l’OL. Cependant, il était connu pour des sorties et saisies fréquentes contre l’arbitrage, des contestations chicanières et des attaques contre les journalistes s’étant hasardés à écorner l’OL. Il s’illustra tristement dans des déclarations peu fair-play contre le rival historique du club lyonnais, celui de Saint-Étienne. Il ne faisait pas l’unanimité d’autres présidents de clubs français, par son caractère cassant, au point qu’Henri Eyraud de l’OM devait le comparer à Fidel Castro pour : « sa volonté obsessionnelle de défendre l’OL par tous les moyens ». D’autres critiques vinrent ensuite sur son omniprésence dans les médias, qu’il utilisait pour lancer des attaques personnelles, écorcher des adversaires ou régler des comptes. Après la vente de son club à l’Américain John Textor, il entra rapidement en conflit avec le nouveau propriétaire. Il porta plainte contre lui pour diffamation (août 2023) et saisit le tribunal de commerce de Lyon, afin d’obtenir le gel de 14,5 millions d’euros sur les comptes de l’OL. Cette somme correspondait au rachat d’actions appartenant à la holding de la famille Aulas. Dans le bras de fer, après avoir obtenu 10 millions d’euros d’indemnité de départ (mai 2023), il obtint le rachat des actions familiales par l’OL, ce qui ferma la procédure judiciaire (décembre 2023-janvier 2024).
Aulas et les paradis fiscaux. Mais la grande affaire fut une dénonciation du système Aulas, par le média Rue89Lyon, dans une enquête dénommée : « La famille Aulas s’envole en jet privé vers des paradis fiscaux ». Le journal expliquait les dessous des affaires d’Aulas. Il s’agissait d’une holding familiale, la Holnest, contrôlée par Jean-Michel Aulas et son fils Alexandre. Le média décrivait les investissements dans la société Embassair, spécialisée dans l’accueil de jets privés et de luxe en Floride. Il soulignait que la structure reposait sur une construction opaque de diverses sociétés enregistrées au Luxembourg, mais aussi dans le Delaware, un État américain connu pour sa fiscalité avantageuse et enfin dans le paradis fiscal des Îles Vierges britanniques. Mais la holding et Aulas firent l’erreur de porter plainte pour diffamation contre le journal : « insinuant une évasion fiscale sans preuve ». Aulas réclamait 1 euro symbolique de dommages et intérêts, ainsi qu’une publication du jugement sur le site du média. Ce dernier se défendit en indiquant avoir documenté tous les faits décrits, notamment grâce aux registres luxembourgeois et à des documents fiscaux publics. Rue89Lyon dénonça une tentative de procédure bâillon pour « museler les journalistes » et le Syndicat national des Journalistes apporta son soutien au média. Le procès se tint le 18 novembre 2025, avec jugement le 20 janvier 2026. Le journal fut relaxé pour « des propos poursuivis qui ne contiennent pas d’allégation diffamatoire », et la holding et Aulas condamnés à 3 369 euros pour frais de justice. Entêté, il annonça faire appel (jugement prévu pour le 2 juin 2026).



La grossière manœuvre macroniste pour prendre Lyon. Cette affaire venait perturber une soudaine candidature pour l’élection municipale 2026, pour la mairie de Lyon. Dans une manœuvre très grossière, indiquant faussement « être sans étiquette », Aulas s’était présenté pour emporter un mandat politique à Lyon, immédiatement soutenu par les partis macronistes Renaissance, Horizons et UDI (dont Gabriel Attal). Enfin, des personnalités corrompus, que nous avons déjà traités dans l’Aurore Nouvelle lui apportèrent un soutien, dont Laurent Wauquiez, ou encore Pierre Oliver du Parti Les Républicains. Il fonda un mouvement qu’il qualifiait : « comme un mouvement citoyen inédit dans l’histoire », dénommé Cœur Lyonnais. Il lança ce dernier à grands coups d’annonces médiatiques. La manœuvre d’Aulas n’était pas que grossière, car l’homme par son assise importante avec les puissants, bénéficiait aussi d’une popularité locale réelle par le football. Il pouvait également rallier large, à droite, au centre-droit et dans la vaste faune de la Macronie. Il réussit à passer le 1er tour, mais fut finalement battu au deuxième tour par le candidat de gauche, Grégory Doucet (50,67 % des voix contre 49,33). Mauvais joueur… comme avec les arbitres il n’accepta pas sa défaite et déclara : « que les résultats étaient très serrés et qu’il y avait des irrégularités lors du scrutin », indiquant vouloir déposer un recours en justice (23 mars 2026). Rapidement l’équipe d’Aulas affirma que : « les bulletins en faveur de Grégory Doucet imprimés avec une couleur non conforme dans certains bureaux, dans les 7e, 8e et 9e arrondissements auraient dû être considérés comme nuls », et porta effectivement un recours (27 mars 2026). Plus grave encore, il annonça son intention de saisir la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, pour s’attaquer aux comptes de campagne de Grégory Doucet. L’affaire est toujours en cours, avec heureusement peu de chances de succès. Les millions d’Aulas n’auront pas suffit à éblouir, pour cette fois.



Alexandre Aujas, le fiston qui fit ses armes… chez Rothschild, comme un certain Emmanuel Macron. Mais le plus intéressant est le parcours du fils unique de Jean-Michel Aulas, Alexandre. Né vers 1986, le fiston fit des études supérieures à ESDES, l’École Supérieure de Commerce et de Management de Lyon, obtenant un Master en finances, puis fut bombardé Directeur général de la Holnest, la holding familiale des Aulas. Avant ce poste, il était passé par la banque Rothschild, à New York, comme analyste financier en fusions-acquisitions, puis par l’Apax Partners à Paris (société d’investissements, ayant une tête britannique et une tête française, possédée par 18 associés). Il gérait en parallèle deux restaurants à Lyon et Londres, et c’est en 2011, qu’il avait rejoint la Holnest. Il initia des investissements nouveaux, dans le WyzGroup (solutions digitales pour l’automobile, dont il avait été l’un des cadres supérieurs), dans eXplain (accès simplifié aux données publiques), dans Jus Mundi (moteur de recherche juridique), ou chez Onafis By My Bacchus. Mais c’est seulement en 2018 qu’il devint le directeur général de la holding familiale, son père avançant en âge. De ce parcours d’un fils de millionnaire, il faut retenir Rothschild… où un certain Emmanuel Macron fit un séjour et la candidature paternelle du père… qui affirmait sérieusement être… sans étiquette ! Une étiquette sentant bon les millions… et la Macronie.
