À Meyzieu, le lycée Arnaud Beltrame — du nom du colonnel de Gendarmerie, mort en héros le 24 mars 2018 en se substituant à un otage, incarnant le courage, le sacrifice et l’unité nationale — s’apprête à baptiser sa salle polyvalente du nom d’Imane Khelif, boxeuse algérienne médaillée d’or aux JO de Paris. À première vue, un hommage sportif. En réalité, un geste lourd de symboles, révélateur d’une dérive idéologique bien installée au cœur de l’Éducation nationale.
Nous parlons là d’une athlète dont le parcours est indissociable d’une controverse majeure sur les catégories sexuelles dans le sport. Une controverse internationale, sérieuse, complexe — et surtout profondément clivante. Était-il vraiment nécessaire d’importer ce débat explosif dans l’enceinte d’un lycée ?

Sous couvert d’égalité entre les filles et les garçons, c’est une confusion des repères qui s’installe. Une confusion entretenue, voire encouragée, par une institution qui semble avoir renoncé à sa mission première. Car le rôle de l’Éducation nationale n’est pas de diffuser une vision idéologique du monde, encore moins de servir de caisse de résonance aux combats culturels et idéologiques du moment. Son devoir est d’instruire, de transmettre des savoirs, de former des esprits libres et éclairés.
Or, c’est précisément l’inverse qui semble se produire.
À force de substituer l’adhésion à des dogmes à l’apprentissage du raisonnement, l’école ne forme plus des citoyens capables d’esprit critique : elle façonne des individus sommés d’adopter les bons réflexes intellectuels, les bonnes indignations, les bons mots d’ordre. Ce n’est pas une instruction, c’est une orientation.
Et dans ce contexte, le choix d’Imane Khelif n’a rien d’anodin. Il ne s’agit pas seulement d’honorer une sportive, mais d’inscrire dans les murs mêmes de l’établissement une lecture militante d’un débat de société brûlant. L’école prend parti — et, ce faisant, impose ce parti.
Plus grave encore : le contraste avec le nom de l’établissement. Arnaud Beltrame, figure de courage et de rassemblement, méritait mieux qu’un choix idéologique, voulu pour diviser. Il incarnait ce que la nation peut produire de plus noble. À côté, cette décision apparaît comme une provocation inutile, presque une dissonance.
Faut-il donc croire qu’il n’existe plus aucune personnalité consensuelle à honorer ? Aucun enseignant, aucun scientifique, aucun écrivain, aucun héros discret capable de rassembler plutôt que d’opposer ? Ou bien faut-il désormais que chaque décision symbolique soit pensée comme un acte militant ?
Cette affaire illustre la décadence d’une institution qui, au lieu de transmettre des repères stables, s’abandonne aux vents changeants des idéologies contemporaines. Une école qui prétend éveiller les consciences mais qui, en réalité, les oriente. Une école qui parle d’émancipation mais qui fabrique du conformisme.
Amine Sifaoui
